InterviewEx OL

Ali Touncara : « J’ai failli arrêter le foot »

06/09/2018 à 18:07

Auteur de 15 buts en championnat (18 toutes compétitions confondues) lors de sa première saison sous le maillot du Blois Football 41 (N2), l'attaquant Ali Touncara retrace son parcours pour Actufoot. Il évoque notamment sa période lyonnaise au côté des Corentin Tolisso, Nabil Fekir ou encore Bruno Génésio. Rencontre.

Comment est née cette passion pour le ballon rond ?

J’ai débuté en 1999 un an après la Coupe du Monde, dans mon club de quartier Lyon Croix-Rousse jusqu’à ce que j’intègre le centre de formation de l’OL à mes 14 ans en 2007.

A quel moment vous vous faites remarquer par Lyon ?

Pendant les tournois inter-ligues à Clairefontaine. J’ai réussi quand même à faire partie du groupe alors que j’étais le seul joueur à évoluer en District tandis que la majorité des joueurs jouait en National. J’ai représenté la région Rhône-Alpes avec Jean-Yves Ogier, un très bon entraineur. Mes prestations ne sont pas passées inaperçues puisque Grenoble, Saint-Étienne, Rennes me lorgnaient. J’avais une préférence pour l’OM même si je n’ai jamais reçu d’appel (rire). J’ai finalement opté pour Lyon.

Quelles ont été vos premières impressions ?

C’est un autre monde là-bas ! Tu sens rapidement la différence de niveau. Néanmoins, je n’ai pas été intimidé car j’avais l’ambition d’aller jusqu’au bout. On a côtoyé la génération Benzema, Ben Arfa, Mounier, Rémy et cela nous a motivé à donner le meilleur sur le terrain. De plus, c’était la période où Lyon gagnait tout et nous étions naturellement motivés par ces succès.

Vous atteignez la N2  rapidement.

En 2010, je joue mon premier match contre Gap puis j’intègre le groupe « pro 2 » de Claude Puel. Il ne voulait pas que groupe soit assimilé avec la réserve. Alors qu’on devait se rendre à Tignes, on a décelé une drépanocytose. En dépit d’une préparation intense, je me suis fait hospitaliser durant 10 jours.

Vous pensez avoir été pénalisé ?

Oui, beaucoup même si je continuais à m’entrainer avec Bruno Genesio en CFA. Il était omniprésent au point que je me sentais parfois pris pour cible. Au final, il voulait simplement que je progresse.

Il insistait sur quels points ?

L’intensité, mettre plus de vitesse, avoir le ballon en mouvement, le déplacement… Il me disait souvent que si j’étais conscient de mes qualités, je pourrais faire beaucoup de choses dans le foot.

Vous vous remettez en question ?

Effectivement, je me demandais si j’avais les moyens d’y arriver. Lors de ma dernière année de contrat, j’ai été auteur d’une très belle saison avec 10 buts en 22 matchs.

Avoir évolué avec des grands joueurs comme Nabil Fekir, Corentin Tolisso, Clinton Njie…. est une chance

C’est surtout une fierté mais aucune amertume. Beaucoup évoluent dans les grands championnats, d’autres sont champions du monde.  Les blessures récurrentes m’ont aussi porté préjudice et m’ont indéniablement ralenti dans ma progression.

Votre expérience avec l’OL touche bientôt à sa fin.

(Long silence) On m’a proposé un contrat pro de 2 ans mais mon agent à l’époque a refusé. Malgré le désir de ma famille pour que je poursuive l’aventure à la maison, je rejoins Clermont par le biais du directeur sportif. Les blessures refont surface et à mon retour, je ne suis pas dans le groupe ligue 2. En étant sincère avec toi, j’ai vraiment mal pris le fait de rejoindre la réserve, j’ai eu tort… Il aurait fallu que je prenne sur moi. Quand tu viens de Lyon, tu te vois pas soudainement faire des matchs en CFA 2. J’ai mal géré cette situation…

Vous subissez à cet instant une grosse épreuve…

Ca m’a fait mal. Tu es à 200 kilomètres de la maison, tu es seul dans ton appartement alors que j’avais l’habitude d’être entouré. Je suis prêté à un club belge dans la foulée. Au début, les choses se déroulaient bien, on jouait devant 10 000 personnes mais la situation s’est dégradée avec les salaires impayés. C’est dommage, nous avions un bon groupe et on aurait pu monter en D1.

L’agent a sa part de responsabilité.

Il m’a délaissé par la suite, il ne répondait plus à mes appels. J’ai failli  arrêter le football à ce moment. Quand tu passes du club top niveau à celui du joueur où son agent ne désire même plus répondre, tu fais quoi ? Quand j’étais à Lyon, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner et j’étais constamment sollicité (silence). Quand je voyais ma mère se levait tous les matins pour aller au travail, à ce moment j’ai pris conscience que je ne pouvais tout stopper.

Vous faites donc des passages à Lyon-Duchère, Bourg en Bresse, Sedan, Dieppe, Villefranche..

Je voulais juste montrer mes qualités et prouver que j’avais ma place dans ces clubs respectifs.

Vous pensez à un moment avoir été impatient ?

Oui, bien sûr, je ne vais pas le nier. Aujourd’hui, je ne me projette plus comme autrefois. Je prends les choses avec philosophie.

Qu’avez-vous retenu de ces déboires?

Je suis un homme de parole et j’ai remarqué que de nombreuses personnes ne respectent pas leur engagement dans le foot. On te dit une chose aujourd’hui et le lendemain, on devient amnésique. C’est triste.

Loïc Lambert vous a appelé au bon moment…

Au début, j’ai hésité mais j’ai rapidement compris qu’il était sincère dans sa démarche et qu’il savait quel profil de joueur il lui fallait. J’ai retrouvé des sensations et surtout marquer des buts. Une bouffée d’oxygène !

Quelle est votre vision du football ?

J’ai été formé durant 5 ans à jouer au ballon et non à défendre ! Je ne suis absolument pas fan des équipes défensives.  J’aime quand le ballon circule !

Vous avez retrouvé une stabilité au Blois Foot 41?

Oui et le coach a été déterminant dans cet aspect. J’espère que l’on pourra se maintenir rapidement.

Si vous pouvez comparer l’effectif du BF41 avec les équipes où vous avez évolué ?

Sans hésiter : Lyon. Ça me fait vraiment plaisir de rejouer au « vrai » football même si on est simplement au début de saison. Nous avons la possession du ballon avec une grande maturité. Mes coéquipiers n’ont pas peur et prennent plaisir à faire vivre le ballon. Il faudra gérer l’hiver quand les terrains seront plus difficiles.

Un mot pour la fin.

Je remercie toutes personnes qui ont été sincères avec moi, qui m’ont aidé sans oublier mes coéquipiers, le coach de m’avoir redonné le plaisir à jouer.