ITW D2 Futsal

Arnaud D’Anchise : « Mourir debout plutôt que vivre à genoux ! »

28/06/2017 à 18:30

La semaine dernière, Arnaud D'Anchise, le désormais ex président de Lyon Footzik, est venu confirmer la rumeur selon laquelle le club se désengageait de toutes les compétitions possibles, rendant également son tablier de président. Il s'est confié plus largemnt sur les raisons qui l'ont poussé à prendre ces décisions. Interview.

Mr D’anchise, vous nous avez annoncé mercredi que Lyon Footzik se désengageait de toute compétition et que vous rendiez votre tablier de président. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le club et vous-même en êtes arrivés là ?

« Malheureusement, la raison est simple et peut s’adapter aux deux contextes, personnel et associatif, les « politiques » ont eu raison de la passion ! Vous mes direz « aveu de faiblesse », je vous répondrais, malheureusement, « triste constat… » ! Pour ma part, cela dure depuis prêt de 15 ans, et cette discipline me passionne depuis 25 ans. Footzik fait partie des clubs futsal pionniers dans le département et y possède l’un des palmarès les plus importants. Après plus de 10 ans au plus haut niveau de la discipline, nous ne fonctionnions qu’avec nos deux séances hebdomadaires pour tous les groupes. Nous avons donc du restreindre nos nombres de catégorie et d’équipes ! De ce fait, nous n’étions plus en capacité de répondre aux sollicitations des parents et joueurs souhaitant intégrer le club. A noter qu’il y a trois saisons nous étions plus de 170 licenciés (jeunes, féminines,….) et que cette dernière saison, il n’en restait plus qu’une quarantaine »

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ? Avez-vous connu des moments difficiles cette saison ?

« Depuis l’annonce aux joueurs et staff, je suis bien plus tranquille… Les seuls moments difficiles cette saison furent de constater, à nouveau, que rien n’évoluait et que les clivages étaient toujours présents. Toute volonté d’émancipation était noyée dans l’indifférence à laquelle nous faisions face depuis plus d’une décennie. Par conséquent, si moments difficiles il avait du y avoir, ce n’est certainement pas au niveau sportif, où les joueurs, malgré leurs conditions sommaires, ont toujours réussi à maintenir leur niveau de jeu et de compétitivité »

Comment annonce-t-on une telle nouvelle à ses licenciés, ses dirigeants ?

« N’étant pas du genre à me défiler, j’ai procédé comme à l’habitude, avec honnêteté et sincérité. Par respect pour toutes ces personnes avec qui je collabore,pour certains, depuis plus d’une décennie, il ne pouvait en être autrement…. Les valeurs du club ont toujours concilié la compétitivité et le respect. Dans notre cas de figure, même si nous abandonnions l’axe principal, nous ne pouvions nous départir du second »

Comment elle a été vécue ?

« Bien évidemment, une « nouvelle » de ce genre ne laisse pas insensible et elle n’a pas été acceptée de la même manière par tous les membres. Je souhaite qu’avec le temps certains comprennent la décision qui a été prise. Même si elle paraît brutale, elle était ineluctable compte tenu du contexte auquel nous étions confronté depuis des années. Et quoi que puissent en penser certains détracteurs, cette décision n’a pas été prise au hasard et est le fruit d’une réflexion bien plus vaste que ce qu’il n’y paraît. Et comme dans toute situation de ce genre, après les phases de déni et de colère, vient la phase d’acceptation… »

Est-ce un énorme coup dur, qui plus est compte tenu du retour des Minguettes en D2 ? Au final, le futsal lyonnais termine la saison sur une mauvaise note ?

« Ce n’est pas mon sentiment en ce qui concerne le Futsal Rhodanien, car parler de Futsal Lyonnais me paraît réducteur lorsque l’on considère l’indifférence de la ville pour notre discipline. J’ai plutôt le sentiment que le niveau et le nombre d’adhérents dans le département ne cesse de s’accroître. Pour preuve, les résultats des équipes rhodaniennes cette saison (Minguettes, Caluire en coupe nationale…). Pour notre équipe Élite, et je tiens encore à remercier tous les joueurs, nous finissons une nouvelle fois sur le podium et sortons de la coupe nationale chez le finaliste du championnat L1 de la saison précédente (Toulon EF). Le vivier que possède notre département est très qualitatif mais aucun moyen n’est mis en œuvre pour pousser le développement (dernier exemple en date, l’OFS Collonges….) »

On vous sent un peu désabusé par le monde et le fonctionnement du futsal.Qu’est-ce qui vous déplaît ? Qu’est-ce qui vous fait dire que vous ne voulez plus être lié avec le futsal ?

« Je pense que le contexte est bien plus complexe que cela et nous renvoi malheureusement aux failles de notre société actuelle. En 1998, l’équipe nationale devient Championne du monde sur des valeurs de mixité (black, blanc, beur), et 20 ans après, nous n’avons toujours pas capitalisé. Le sport véhicule des valeurs de mixité et d’échange, mais on y oppose de nombreux clivages (ethnique, social,….) qui nuisent au développement de tous. Pour résumer, je dirais que d’une discipline fédératrice et porteuses de nombreux espoirs, notre société y voit une discipline communautaire et segmentant. C’est triste pour notre société qui ne mesure pas, selon moi, la richesse de notre mixité et qui, plutôt que de prôner la collaboration, prône l’exclusion ! »

Désormais, quid de l’avenir de Lyon FOOTZIK, quelles possibilités s’offrent au club ?

« De nombreuses propositions ont été étudiées pour trouver une issue différente, mais pour les différentes raisons évoquées précédemment, aucune n’a été retenue, malgré l’intérêt de certains projets. Par conséquent, nous avons opter pour une «fin » à notre « convenance ». La symbolique de notre décision peut se résumer par le leitmotiv suivant : « Mourir debout plutôt que de vivre à genoux » »

Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure à la présidence du club ?

« Pour les souvenirs, je ne garderai que le bon, j’ai passé plusieurs années au sein du club, rencontré de nombreux acteurs (joueurs, dirigeants, arbitres, délégués,…) avec qui des liens se sont crées. Je continuerais à faire le tour des salles pour assister aux rencontres dans la région, car nous avons la chance de pouvoir assister à de très belles affiches au cours des saisons. En conclusion, je souhaiterais tout de même remercier tous les acteurs de cette discipline pour les moments passés ces quinze dernières années. Je souhaiterais adresser un remerciement particulier à Mr SAADI Rafael, fondateur du club, qui a été un modèle d’investissement et de dévouement pour son club et cette discipline ».