PortraitLigue 2

D’ « éternel espoir » à titulaire en Ligue 2 avec Clermont : l’odyssée de Sofyan Chader

27/11/2020 à 17:10

Décisif avec le Clermont Foot 63 depuis le début de saison (7 matches, 3 passes décisives), Sofyan Chader s'est bien acclimaté en Auvergne et démontre l'étendue de son talent chaque week-end sur les pelouses de Ligue 2. Pourtant, le milieu offensif de 20 ans aurait pu garder l'étiquette d’éternelle promesse si il n’avait pas fait les bonnes rencontres. Portrait.

L’odyssée de Sofyan Chader débute il y a 20 ans à Villeurbanne, où il grandit dans le quartier des Buers. Après une première licence signée avec Belley (Ain) puis chez lui, à l’ASVEL en U12, son attrait pour le ballon rond le pousse à frapper à la porte du grand OL dès l’age de 13 ans. Non-conservé après deux saisons avec les équipes jeunes, il rentre au bercail, de nouveau à l’ASVEL. Son talent saute aux yeux et très vite il quitte Villeurbanne pour rejoindre le 9ème arrondissement lyonnais et le Sporting Club de Lyon, ex-La Duchère, pour se frotter au haut niveau.

Son entraîneur avec la réserve N3, Ludovic Assemoassa, se souvient d’« un joueur très talentueux qui était capable de faire des choses incroyables mais qui faisait peu d’effort pour le collectif. » Avec le maillot sang & or, le milieu offensif fait des différences mais reste en proie à ses démons : « On l’avait fait débuter en Coupe du Rhône senior quand il avait 18 ans et il avait été décisif. On l’avait intégré dans le groupe N3 l’année d’après. Il a montré l’étendu de son potentiel. Cependant, il n avait pas intégré la rigueur et l’exigence qu’on doit avoir pour accéder au très haut niveau. »

Saïd Mehamha, la bonne étoile

Une rencontre va tout changer : celle avec l’entraîneur du FC Vaulx-en-Velin et ancien joueur de l’OL, Saïd Mehamha : « J’étais venu à L’Isle d’Abeau avec des joueurs U15 de mon académie pour une détection organisée par le FC Nantes. J’étais resté ensuite pour regarder le match des U17 où Sofyan jouait. Je l’avais trouvé vraiment très fort et je l’avais donc attendu à la fin pour lui parler. Il était à La Duchère à cette époque-là et c’était un peu compliqué pour lui. Donc j’ai proposé de lui donner un coup de main. » 

Mehamha croit en Chader. Très vite, il lui propose des séances d’entraînement individuelles puis l’envoie à l’essai au SCO d’Angers. Le club constate ses qualités mais ne lui propose pas de contrat dans l’immédiat. « Alors j’ai parlé de lui au directeur sportif du FC Vaulx, Abdel Belarbi et nous sommes rapidement tombés d’accord sur la nécessité de le faire signer chez nous. J’étais adjoint en première avec Jamal Alioui et le joueur avait déjà confiance en moi, le projet lui a plu. » Avec le maillot rouge et noir sur les épaules, le jeune technicien se sent comme chez lui : « Dès qu’il est arrivé chez nous, on s’est rendu compte très vite qu’il avait quelque chose de plus que les autres. Jamal, qui ne le connaissait pas, m’a dit « Saïd c’est vraiment un phénomène. » Alors, on a commencé à réaliser un gros travail avec lui sur l’état d’esprit notamment. » Les deux entraîneurs identifient rapidement ce qui freinait le développement du joueur jusqu’à présent :« Si on écoute à droite à gauche on va entendre qu’il est difficile à gérer. Mais ce n’est pas vrai. Il n’avait juste pas conscience de ses énormes qualités, il s’en foutait presque. »

« Soit tu continues à faire tes livraisons en scooter dans le froid, et tu resteras un éternel espoir du foot, soit tu comprends que tu peux faire quelques chose »

Car le diamant reste à polir. Alioui et Mehamha le savent : « On essayait de le pousser à bout, on ne le lâchait pas. Je me souviens d’une séance où je l’avais carrément viré de l’entraînement pour lui faire comprendre que si il voulait passer un cap, il fallait qu’il s’y mette. Il fallait qu’il prenne conscience de son potentiel. A l’époque, il faisait aussi des livraisons en parallèle et on l’attrapait tous les soirs après les entraînements avec Jamal pour lui dire : « T’as deux solutions maintenant : soit tu continues à faire tes livraisons en scooter dans le froid, et tu resteras un éternel espoir du foot, soit tu comprends que tu peux faire quelques chose. » Et une fois qu’il a compris que tout était possible et qu’il devait se mettre au travail pour y arriver, il est passé du N3 à la Ligue 2 en quatre mois. »

En une anecdote, l’entraîneur vaudais résume le « style » Sofyan Chader : « Je me souviens d’un match de Coupe de France. Sofyan était blessé et il vient nous voir juste avant la mi-temps pour nous dire « Je ne sais pas si ça va tenir », je lui réponds « Fais nous gagner et tu sortiras à la mi-temps ». En cinq minutes, il prend le ballon il part tout seul et il change le match. » 

Clermont : la confirmation

12 matches et 3 buts en championnat de N3 plus tard, le gamin de 19 ans tape dans l’œil des recruteurs du Clermont Foot 63 et paraphe, dès la trève hivernale, un contrat de deux ans et demi avec la formation auvergnate. Conscient du potentiel de sa recrue, le club ne brûle pas les étapes et Chader doit d’abord faire ses preuves en équipe réserve avant de se frotter au monde pro. Mais ses entrées remarquées en amical avec l’équipe-fanion, comme face à Béziers le 4 janvier dernier, confirment tout le bien que l’on pense de lui.

L’arrêt prématuré de la saison 2019-2020 ne freine pas la progression du jeune lyonnais, qui a profité de l’intersaison pour prendre ses marques avec le groupe clermontois. A Auxerre, lors de la 3ème journée de Ligue 2, son entraîneur Pascal Gastien le fait entrer à 10 minutes de la fin et comprend vite qu’il a fait le bon choix. 84ème minute de jeu : Sofyan Chader récupère le ballon au milieu de terrain, élimine son vis-à-vis d’un crochet court et délivre une merveille de passe décisive pour son attaquant, Dossou. Victoire de Clermont à l’Abbé-Deschamps, 1-0. La machine est lancée.

Depuis le début de saison, le n°18 clermontois a disputé 7 matches, dont 3 dans le onze de départ, délivré 3 passes décisives et décroché une nomination dans l’équipe-type de Ligue 2. Des stats qui auraient même pu grimper si la Covid ne lui avait pas fait manquer deux rencontres face à Valenciennes et Ajaccio les 24 et 31 octobre derniers. Son ange gardien Saïd Mehamha n’est pas surpris de sa dynamique actuelle : « Soso c’est un diesel, il ne va pas tout montrer tout de suite. Il a besoin de la confiance du club et du coach pour s’exprimer pleinement. Mais si il sent cette confiance là où il est, il peut aller très loin. Et je ne le vois pas s’arrêter en Ligue 2, je le vois jouer bien plus haut. » Vous l’aurez compris, il faudra garder un œil sur Sofyan Chader cette saison.

Simon Marachian