En tête à tête avec… Mathieu DELAHAIGUE (CS Neuville) : « J’ai vécu mon rêve de jouer en pro pendant une saison à Singapour »

21/05/2015 à 0:00

Mathieu Delahaigue est un baroudeur des terrains. Que ce soit avec son premier club au Point du Jour, en passant par Sainte Foy, Tassin, Vénissieux et maintenant Neuville, le portier en a vu des pelouses. Mais sa plus grande expérience est surtout sa saison à l’Etoile FC, dans le championnat singapourien. Retour sur une carrière déjà bien remplie.

>> Mathieu Delahaigue, comment avez-vous débuté le football ?
« Mon père a toujours joué, et c’est en le suivant que je m’y suis intéressé. J’ai commencé dans son club du Point du Jour, le FCCB. J’y étais de sept à neuf ans. Après, j’ai décidé d’arrêter et de me mettre au basket. Je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs. Je crois que je voulais essayer autre chose. Dans la cour d’école, j’entendais parler de cet autre sport, et je m’y suis mis. Ça a duré jusqu’à mes treize ans, puis je suis revenu à mon premier amour : le football ».

>> Vous arrivez donc au FC Sainte Foy les Lyon… Et vous enfilez directement les gants de gardien ?
« Oui, j’ai commencé à être à la cage là-bas. J’aimais bien me rouler par terre, et le basket m’avait donné le goût de jouer avec les mains. Alors j’ai choisi d’être à la cage (rires). J’ai fait trois saisons là-bas avec mon frère et mon meilleur ami. Quand eux sont passés en dix-huit ans, j’étais seul en U15, j’ai donc décidé de changer d’air et d’aller à Tassin. Après avoir fini ma formation, j’ai fait deux années en sénior. Je trouvais que j’avais fait le tour, alors je suis parti à l’US Vénissieux. Et là, au bout de six mois, je reçois une offre incroyable… ».

>> Qu’est-ce que c’était ?
« Mon ancien coach à Tassin, Nicolas Posetti, me contacte et me demande si je souhaite faire des détections pour intégrer l’Etoile FC, un club français créé à Singapour où il est devenu adjoint. L’aventure m’a intéressé, alors j’ai décidé de tenter ma chance. Les sélections se sont déroulées au Pontet, vers Avignon. Le niveau des joueurs allait de régional à Ligue 2. Ça s’est plutôt bien passé pour moi, puisqu’on me propose de signer un contrat pro d’un an ».

« j’ai joué avec Matthias Verschave et Khaled Kharroubi, deux joueurs pros »

>> Comment ça s’est déroulé là-bas ?
« Au niveau sportif, j’ai fait quelques matchs de coupe et amicaux. Notamment un contre la sélection de Singapour, où on a joué devant six mille personnes ! Je n’ai pas plus joué, car dans la hiérarchie, j’étais troisième derrière Yohann Lacroix, un cador (ndlr : formé à l’AJ Auxerre et qui joue maintenant en Irlande du Nord, au FC Crusaders), et Brice Morandini qui joue maintenant à Limonest. Je n’ai que des bons souvenirs. J’ai beaucoup appris à côté de ces deux grands gardiens, notamment pour gérer un match. C’était une formation accélérée pour moi. Merci à Johann Gouttefangeas, le président de l’Etoile FC de m’avoir donné l’opportunité de vivre cela, je lui en suis très reconnaissant ».

>> Comment viviez-vous sur place ?
« On était vingt-deux mecs super biens, et droits. On vivait tous dans une résidence, logée par le club, à deux ou trois dans des appartements de 110 m2, avec piscine. On était tout le temps ensemble. Les recruteurs ont eu du flair pour nous trouver. Il y avait des gars comme Matthias Verschave et Khaled Kharroubi (ndlr : des anciens joueurs pros) qui portaient l’équipe. C’est aussi pour ça qu’on a pu remporter la League Cup (ndlr : équivalent de la coupe de la Ligue en France), et le championnat de Singapour ».

>> Quel était le niveau ?
« C’était très hétérogène. Ça allait pour les meilleurs, de bonnes équipes de CFA à bon groupe de DH pour les moins bons. Mais c’est tout de même difficilement comparable, notamment à cause du climat. Il fait très chaud et humide. Le rythme donne l’impression de ne pas avancer, mais en fait, c’est bien plus dur que ce qu’on peut imaginer ».

>> Cela n’a duré qu’un an ?
« Oui, j’avais signé pour cette durée. À la fin, comme je n’avais pas beaucoup joué, on a discuté. Pour aller là-bas, j’avais mis entre parenthèses mes études, il fallait que je fasse un choix. Ce n’était pas évident, car je venais de vivre mon rêve pendant une saison. Mais, n’ayant jamais été bercé dans un centre de formation, je n’étais pas forcément fait pour ça en termes de travail et d’implication au quotidien. J’ai choisi de rentrer en France pour continuer mes études. Je n’ai pas de regrets d’avoir fait ce choix d’ailleurs ».

« eric delorme a réussi à faire des miracles cette saison »

>> Le retour n’a-t-il pas été trop dur ?
« C’est vrai que ce n’était pas non plus facile. D’ailleurs, quand je suis revenu, je n’ai pas vraiment cherché de club et je n’ai pas répondu aux sollicitations. J’ai de nouveau signé à l’US Vénissieux du coup. Le club était en galère, et puis je leur devais bien ça vu que j’étais parti en milieu de saison. J’y suis resté une saison, avant d’aller au CS Neuville. J’y suis maintenant depuis trois ans, et tout se passe très bien ».

>> Vous venez d’obtenir votre montée en HR, quel œil jetez-vous sur cette saison ?
« Notre coach, Majid Hassaine, a réussi à faire des miracles ! Avec le groupe qu’il avait, et tout un tas d’éléments pas forcément favorables, il a réussi à faire quelque chose de vraiment incroyable. Sachant qu’en plus, c’était sa première année en tant qu’entraîneur. En termes de gestion d’effectif, il m’a vraiment impressionné. Il ne faut pas que je le dise trop fort, sinon il va croire que je fais ça pour être sûr d’avoir ma place (rires) ».

>> Quelle est votre vision de votre poste de gardien de but ?
« Pour moi, le goal n’est pas vraiment un gardien, je dis que c’est le onzième joueur de champ. Il n’est pas scotché à la cage, il sort de son but, sait recevoir le ballon et participer au jeu, comme fait Manuel Neuer. C’est ma vision du poste. D’ailleurs, Saïd Nouri, qui était le coach précédent à Neuville, m’a beaucoup apporté là-dessus. Il m’a donné confiance en moi dans mon jeu au pied. Je pense que c’est une de mes grandes qualités, et il m’a aidé à la développer. Saïd m’a fait comprendre que ça ne servait à rien de dégager sur les côtés, que la première relance se fait dans l’axe, pour après écarter. Tactiquement, je n’ai pratiquement jamais connu mieux que lui ».

>> D’une façon plus générale, quel style de football aimez-vous ?
« Je prône un football de possession, comme celui du Barça, ou du PSG à une autre échelle. J’aime faire courir l’adversaire, jouer dans les intervalles, faire bouger le ballon et s’appuyer sur la notion de collectif pour réussir. À Neuville, c’est complètement notre philosophie de jeu. C’est aussi ça qui nous permet d’avoir nos résultats d’aujourd’hui. Tout le monde adhère, car tout le monde est concerné par le jeu et prend du plaisir. C’est ce que j’aime dans ce sport ».

Propos recueillis par David Dufour

Mathieu Delahaigue digest
Né le 31 décembre 1987 à Sainte-Foy-lès-Lyon
Profession : professeur d’histoire
Poste : gardien de but
Parcours en jeunes : Point du Jour, FC Sainte-Foy-lès-Lyon, UODL Tassin
Parcours en seniors : UODL Tassin, US Vénissieux, Etoile FC (Singapour), US Vénissieux, CS Neuville