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Ghislain Anselmini : « Ce qui est frustrant, c’est de ne pas pouvoir faire son métier »

08/09/2020 à 17:30

Alors qu'il devait s'engager avec Chartres pour être adjoint de Jean-Pierre Papin sur le groupe National 2, Ghislain Anselmini se retrouve aujourd'hui sur le carreau. L'entraîneur lyonnais explique à Actufoot pourquoi il n'a pas rejoint l'ancien Ballon d'Or et évoque sa situation personnelle et ses projets.

Jean-Pierre Papin vous avait choisi comme adjoint à Chartres (N2). Il l’avait même annoncé dans les médias (Var-Matin). Finalement, ça ne s’est pas fait. Pourquoi ?

En effet, il a annoncé ma venue le 21 juin. J’ai même reçu un mail du manager général le 19 juin concernant ma place dans l’organigramme, avec en copie Jean-Pierre et le président. Quelques jours plus tard on m’a dit de patienter en raison d’un problème d’effectifs. Depuis, plus rien.

Quels sentiments prédominent aujourd’hui ?

Une grande déception d’abord car tout était actée. Avant que même que Jean-Pierre (Papin) communique sur ma venue, je suis monté visiter des appartements, voir les infrastructures. J’ai organisé le premier match amical contre Rumilly. Le stage démarrant début juillet, on m’a même demandé de faire le test Covid avec résultat pour le 3 juillet. Je l’ai effectué… Maintenant je souhaite que Jean-Pierre réussisse dans ce projet car il le mérite. On s’appelle, on s’envoie des messages deux à trois fois par semaines. Il est déterminé et Chartres est un bon club ambitieux, structuré et bien organisé. Je suis surtout déçu pour ma famille, mes amis qui étaient heureux de me voir rebondir sur un beau projet. Mais pas de rancune envers le club.

Cela doit quand même vous mettre en difficulté dans vos projets professionnels…

J’ai refusé des propositions en effet. Mais je ne vais pas me laisser abattre et en profiter pour continuer à me former.

Chatres fait le choix de travailler sans entraîneur adjoint attitré sur son groupe N2 depuis plusieurs saisons. Est-ce essentiel dans le football moderne ? Encore plus lorsque l’on travaille dans un club ambitieux avec des joueurs qui font du foot leur métier ?

Un entraîneur adjoint n’est pas essentiel, il fait partie d’un staff au sein duquel chaque personne compte. Du coach principal, à l’adjoint, l’entraîneur des gardiens, l’analyste vidéo, le préparateur physique, les kinés, intendants, etc. Evidemment quand vous intégrez un club ambitieux de N2 qui doit monter en N1, le staff doit être structuré, élargi. On ne peut pas et on ne doit pas laisser passer le moindre détail et sans adjoint ou autres personnes citées ci-dessus, il manquera toujours quelque chose. Sur les deux dernières saisons, Jean-Guy Wallemme n’avait pas d’adjoint sur les séances à Chartres et il a manqué de peu la montée. C’est un détail mais un détail qui a peut être compté…

Quelle est votre vision de ce rôle ? Comment auriez-vous travailler avec Jean-Pierre Papin ?

Un adjoint doit être à l’écoute des demandes et besoins du coach. Il doit même les anticiper ! Il n’est pas le numéro 1 mais plutôt la béquille sur laquelle le coach principal peut et doit s’appuyer si nécessaire. Adjoint ou assistant, il se mue en relais du vestiaire comme le sont les kinés et intendants. Avec Jean-Pierre, en plus du travail quotidien sur les séances et matchs, on avait fixé de façon logique que lui prenait les aspects offensifs et moi le défensif spécifiquement. En échangeant bien sûr sur ce qu’il souhaitait mettre en place, des animations aux différents systèmes, les coups de pied arrêtés, les transitions offensives/défensives, etc.

N’est-ce pas frustrant parfois d’être dans l’ombre du coach principal ?

Pas du tout. J’ai été coach principal aussi. En tant qu’adjoint, je suis toujours resté à ma place, l’ambition du poste ne m’intéresse pas. Travailler avec un staff, un groupe et le faire progresser, là oui ça m’intéresse. Ce qui est frustrant, c’est de ne pas pouvoir faire son métier.

Et les bancs disponibles à ce moment de la saison n’existent pas ou peu…

Pour pouvoir intégrer un staff, il faut qu’il y ai de la place ou une place vacante. Je ne souhaite à personne d’être remercié, qui plus est dans la région Rhône-Alpes ou des collègues font du très bon travail. Je pense notamment à Lionel Bah (Saint-Priest), Ludo Assemoassa et Jordan Gonzalez au SC Lyon.

Vous pourriez donc aussi briguer un poste d’entraîneur principal ?

Oui. J’ai mon DESJEPS donc je peux entraîner jusqu’en National 2 maintenant. Comme je l’ai dit, adjoint ou coach principal, l’important est d’être sur le terrain.

Comment optimisez-vous votre temps ces dernières semaines ?

J’ai suivi une formation de préparateur mental et passé l’examen. J’attends le résultat pour le 24 septembre. J’ai mis à jour toutes mes séances sur mon ordinateur et je vais certainement commencer la formation analyste vidéo. Enfin je vais aussi certainement intervenir sur les formations de cadre, PPF et tutorat pour le district du Rhône.

Vous travailliez avec Laurent Roussey la saison dernière au SC Lyon (ex-Lyon-Duchère AS). Une reconstitution du duo est-elle possible ?

Evidemment. On a failli le reformer pour le SC Toulon. Il y a tellement à faire là-bas avec des supporters extraordinaires, un président qui fait et a fait énormément pour le club. Une mairie qui répond présente et un engouement autour de ce club qui est exceptionnel. Malheureusement, cela ne s’est pas fait. Mais je souhaite à Claude (Joye), « Fefe » (Jean-Marc Ferreri) et Luigi (Alfano) de réussir l’objectif de remontée en N1.

Le limogeage de Laurent Roussey fut-il une surprise pour vous alors que l’équipe pouvait encore croire à la montée en Ligue 2, via les barrages notamment ?

Nous étions dans les clous pour l’objectif malgré les deux dernières défaites. Mais je crois qu’on était seulement à 4/5 points du barragiste, chez qui nous devions nous rendre avant le confinement. On ne saura jamais ce que ça aurait donné par contre, ce que je sais c’est que nous avons terminé avec 31 points à la trêve. Et personne dans le club n’a réussi à le faire jusqu’à maintenant. C’est pas mal pour un staff de District (sourire).

Qu’est-ce qui fait selon vous que la mayonnaise ne prenne pas au SC Lyon en ce début de saison ?

Je ne suis pas là pour juger mais je suis certain qu’ils vont redresser la barre et enfin entamer enfin leur saison. Du président à l’actionnaire, en passant par le directeur sportif, manager général, intendants et administratifs, ils méritent de monter. Je ne suis pas donneur de leçon au contraire même, j’adore voir, écouter et apprendre de tout le monde. Mais pour moi, on est tous différents dans nos manières de manager, de gérer un groupe. Je trouve qu’on ne peut pas se cacher et dire :  » J’ai rectifié les choses, j’ai changé et j’ai gagné ou égalisé  » quand ça va bien et  »mes joueurs ont lâché, ils n’ont pas d’état d’esprit, ils ont perdu » du moment ou cela ne va pas. On se doit de prendre les coups, d’assumer et de trouver les moyens pour réussir et ne faire qu’un avec le groupe… Quand ça va et qu’il y a résultat, ce sont les joueurs. Quand ça ne va pas ou moins bien, il faut que le coach assume et prenne sur lui pour aider, soulager le groupe. Enfin c’est mon avis !

Propos recueillis par Thomas Gucciardi