Interview décaléeFoot Amateur

L’interview décalée de… Samir Chaibeddra !

01/04/2020 à 11:45

C'est Samir Chaibeddra qui s'est collé à l'exercice de l'interview décalée cette semaine. On a notamment questionné l'entraîneur des U16 R1 de Lyon-Duchère AS sur sa vision du métier d'entraîneur et ses sources d'inspiration au haut niveau. Lecture !

« Rayan Cherki est le joueur qui m’a le plus impressionné »

L’entraîneur qui vous inspire ?

Arrigo Sacchi (ex-Milan AC). C’est lui qui a un peu inventé le foot moderne et ouvert avec des joueurs qui ne courent pas n’importe comment et n’importe où sur un terrain. Surtout, il avait réussi à mettre en place une organisation offensive qui permet d’être tout autant au point sur l’organisation défensive. C’est le type de coach qui part du principe que l’équipe est plus importante que l’individu, qu’il n’y a pas de stars. Sur les coaches en activité, mes références sont Ancelotti et Zizou.

Celui que vous n’appréciez pas.

C’est difficile comme question (sourire). J’ai beaucoup kiffé José Mourinho et je me suis inspiré de lui pour mon BE à l’époque. C’était mon exemple en termes de management. Avec le temps, il a un peu changé sa façon d’entraîner et de jouer aussi. Je l’aime encore beaucoup, il est toujours dans la périodisation tactique et c’est ce qui me parle, mais…

Il vous inspire un peu moins en fait ?

Oui c’est ça.

Quel « crack » dans le foot actuel vous impressionne ?

Rayan Cherki. J’ai une anecdote sur lui. On était dans la poule U14 de l’OL avec Saint-Genis et on jouait les premiers rôles pour monter en élite. J’avais eu des infos sur le match aller à Lyon comme quoi Cherki ne devait pas jouer parce qu’il avait la maladie d’Osgood. Il se trouve finalement qu’il est numéro 14 sur la feuille de match. De nôtre côté, on fait une bonne première mi-temps qui nous permet de mener (1-0). Ça se passait super bien. A la mi-temps, ils ont décidé de le faire rentrer et on a perdu le match (4-1). Il avait inscrit un triplé et fait une passe décisive. Il était intenable et nous avait tout fait ce jour-là. C’était incroyable, on n’avait rien pu faire.

Du coup on connait probablement la réponse à la prochaine question. Rayan Cherki ou Eduardo Camavinga ?

Cherki. Mais c’est aussi parce que je l’ai vu jouer, grandir depuis les U12 et le Tournoi des futures étoiles de Saint-Genis. On s’est souvent affrontés depuis et c’est le joueur qui m’a le plus impressionné. Avant lui, c’était Houssem Aouar. Camavinga, je ne l’ai pas encore assez vu. D’ailleurs, je ne regarde pas forcément la Ligue 1, je suis plus Liga, Premier League voire Serie A.

La France possède-t-elle le meilleur vivier de jeunes au monde selon vous ?

Je dirais oui mais est-ce que la rigueur et l’aspect mental suivent par rapport à d’autres cultures, je ne sais pas. Je sais par contre un peu comment ça se passe en Allemagne et c’est vrai que ce qu’ils font en termes de travail intrinsèque, c’est au-dessus. En France, on met les jeunes rapidement sur un piédestal. A Dortmund, par exemple, on demande aux jeunes de laver les chaussures des pros. Ça travaille l’humilité. On a probablement le meilleur vivier mais il faut faire un peu attention à la « feignantise ».

Un rituel avant chaque match ?

A J-1 je me mets dans le match vers 22h-22h30, c’est à ce moment que je prépare ma causerie. Le jour J, je n’ai pas spécialement de rituel. Quand les gamins sortent à l’échauffement, j’ai mes deux, trois minutes où je tourne un peu dans le vestiaire. C’est plus des habitudes que des rituels (sourire).

Votre expression favorite sur le banc ?

Je demande toujours aux joueurs de travailler, de « continuer à travailler ». Même à trois ou quatre à zéro, ils doivent continuer à bosser, à faire des courses… Je ne les lâche pas.

Quelle est la plus grosse difficulté quand on entraîne des jeunes ?

On est dans une phase d’apprentissage, et la plupart des joueurs ont quelqu’un dans leur entourage proche qui a connu le foot. Cette personne est souvent moins objective avec eux, et ce qui est difficile pour nous, c’est de faire comprendre aux jeunes qu’on les aime tous autant qu’ils sont mais qu’on doit faire des choix. Il faut leur expliquer qu’on est là pour les faire progresser et pas pour les défavoriser. Certains ont pu avoir des « statuts » en U13 jusqu’en U15, et ils se retrouvent un peu perturbés quand ils sont sur le banc en U16 ou en U17. Ce n’est pas une sanction mais tu as l’impression de devenir le méchant pour eux. C’est de la formation, il faut faire passer le message aux gamins et ce n’est pas quelque chose de simple à faire.

Vous combattez plutôt la chicha ou le jeu vidéo Fortnite ?

Nos joueurs ne sont pas trop là-dedans. Ils sont plus FIFA 20 et on les entend toujours se charrier. D’ailleurs, pendant le confinement, on a organisé un tournoi jusqu’au 12 avril. Ils passent leur temps à se chambrer mais les résultats du tournoi vont bientôt tomber et il n’y aura bientôt plus de place pour les débats entre eux !

Saison blanche, ce serait nul ou complètement nul pour votre équipe ?

Complètement, complètement nul ! Cela voudrait dire pas de montée en 17 nationaux et puis tous les sacrifices, le travail des éducateurs, des joueurs ne seraient pas pris en compte. Ce serait catastrophique.

Samir Chaibeddra sera coach d’une équipe seniors dans plus ou moins de 5 ans ?

Moins de 5 ans !

1-0, 80è minute. Quelle tactique adoptez-vous ? Vous bétonnez, ou vous laissez votre équipe sans modification ?

Je suis en général dans un système en 4-3-3 assez bien équilibré. Si on sent que c’est compliqué, on passe éventuellement à deux six plutôt qu’a à une seule pointe basse. Si je ne suis pas trop embêté, je ne change rien ! En plus, je trouve que la 80e c’est tôt pour faire un changement défensif. Si je dois faire rentrer un défenseur, j’attends encore un peu.

Complétez la phrase. Actufoot, c’est…

La classe du football amateur, c’est top !

☟ CONTINUEZ VOTRE LECTURE ☟