InterviewElections District

Mahrez Benhadj : « La société a évolué, pas nos instances. »

07/10/2020 à 13:00

Président du club de Villeurbanne United et élu de la République, Mahrez Benhadj s'est lancé un défi fou en prenant la tête de la liste d'opposition "Le District Géré par les Clubs" : ravir l'institution à l'actuelle majorité en place, dont il dénonce les pratiques, ce samedi lors des élections du District de Lyon et du Rhône. Pour ce faire, il compte sur le soutien de clubs d'envergure, parmi lesquels l'AS Saint-Priest de Patrick Gonzalez, particulièrement en vue au moment de dénoncer les décisions prises concernant la gestion de la crise sanitaire. Entretien.

Pourquoi avoir monté cette liste d’opposition ?

Pour la première fois dans l’histoire du District de Lyon et du Rhône, il y aura une liste concurrente. C’est historique. C’est une liste composée uniquement de dirigeants de clubs, donc des personnes qui connaissent parfaitement le terrain et les difficultés de chaque clubs. C’est une liste très diversifiée, on retrouve l’ES Genas-Azieu, la Trinité, Montchat ou Villeurbanne United par exemple. Ces dirigeants disent : « Aujourd’hui, nous voulons du changement ». Avec la validation de notre liste par la Commission de Surveillance du District et par le CNOSF : la démocratie peut enfin s’exprimer.

« Nos instances sont à mille lieux de la réalité des terrains ! »

Pourquoi l’avoir intitulée « Le District Géré par les Clubs » ?

Parce que nous estimons que les clubs sont trop souvent mis de coté par le District aujourd’hui. Or qui fait vivre le District ? Ce sont les clubs ! Qui fait, vivre le football amateur ? Les clubs également. En réalité, toutes nos instances, dont la FFF, la Ligue ou le District, qui est censé être le plus proche des clubs, sont à mille lieux de la réalité des terrains ! A mille lieux des difficultés que rencontrent tous les dirigeants et les bénévoles qui sacrifient leur famille pour vivre ce sport. Il n’y a aucune considération pour ces gens-là, pourtant sans eux, ni la Fédération, ni la Ligue, ni le District n’existeraient.

« Le District a eu une gestion calamiteuse de cette période. Combien de clubs ont failli mettre la clé sous la porte ? »

La fronde s’est organisée en pleine crise sanitaire, quels constats tirez-vous de cette période ?

Nous avons été livrés à nous-mêmes en réalité : les clubs ont du s’adapter alors que c’est précisément dans ces moments-là que nous aurions eu besoin d’avoir un District fort à nos côtés. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Donc aujourd’hui, les clubs font ce qu’ils peuvent dans ce contexte sanitaire difficile conjugué à une terrible crise financière qui les frappe de plein fouet avec le manque à gagner des buvettes etc… Malgré cela, nos instances continuent de nous prélever. Le District a eu une gestion calamiteuse de cette période. Combien de clubs ont failli mettre la clé sous la porte ?

Que comptez-vous faire si la liste est élue ?

La priorité est de remettre de l’humain au cœur du football. Nous souhaitons impliquer davantage les clubs dans les décisions du District. Un exemple : si nous sommes élus, nous inviterons les présidents de clubs à assister au Conseil d’Administration ou au Bureau pour prendre des décisions avec nous. Contrairement au Bureau très fermé que nous connaissons aujourd’hui.

« J’ai été stupéfait d’entendre de la part de certains dirigeants qu’ils aimeraient nous soutenir mais qu’ils ne peuvent pas le faire ouvertement par peur des représailles. »

Quels sont les principaux axes d’amélioration selon vous ?

Lorsque j’ai candidaté à l’Assemblée Générale, j’ai été stupéfait d’entendre de la part de certains dirigeants qu’ils aimeraient nous soutenir mais qu’ils ne peuvent pas le faire ouvertement par peur des représailles. Mais dans quel siècle vit-on ?! Sommes-nous dans démocratie ou dans une dictature ? Il va falloir m’expliquer. Les clubs financent le District, ils ont le droit de s’exprimer. Nos instances prennent des décisions dans une époque révolue et ont un mode de fonctionnement archaïque. Nous voulons dire stop à tout ça. Les clubs en payent le prix fort actuellement, il faut être concilient.

Qu’attendez-vous du scrutin de samedi ?

Un choix historique s’apprête à être fait. Ce sera la première fois dans l’existence de ce District centenaire que deux listes seront confrontées. Les clubs auront le choix entre deux listes : une liste qui vit avec le passé, et une liste qui espère un avenir meilleur pour les clubs. Le monde et la société ont évolué, pas nos instances.