Interview exclusiveCoupe de France

Mohamed Tria (Lyon Duchère) : « Le National est le Canada Dry de la Ligue 2 »

04/01/2019 à 11:58

Cinquante-deux ans, dont dix à la tête, de Lyon Duchère AS. Mohamed Tria, le président du club dont l'équipe première est actuellement cinquième en National, a pris le temps, à deux jours de la réception de Nîmes, en 32e de finale de Coupe de France, d'évoquer sa formation. Entre la saison en cours, les difficultés du troisième niveau français ou les actions menées par ce club de quartier, le dirigeant s'est livré, avec passion et sincérité.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans la préparation de ce 32e de finale ?

C’est l’organisation du match. Recevoir une équipe de Ligue 1, ce n’est pas notre pain quotidien. Maintenant, depuis une douzaine d’années, on a un peu l’habitude de la Coupe de France, même si, un 32e de finale, ça fait sept ans qu’on n’en avait pas fait.

Quel est votre axe prioritaire ?

C’est surtout autour de la sécurité, pour accueillir les supporters de Nîmes dans de bonnes conditions. Il faut que tout ça fonctionne, que ce soit la fête du village.

« Il n’y a pas d’épopée sans exploit »

Ce 32e de finale, ça représente quoi dans la saison ?

C’était un des objectifs de la saison. L’alternance coupe-championnat a lieu jusqu’en janvier. C’était important qu’on reste en lice pour avoir un calendrier complet. La compétition est plus intéressante que les amicaux. Maintenant, il n’existe pas d’épopée sans exploit. On n’a fait que battre des équipes inférieures jusqu’à présent. On a une falaise devant nous. Si on veut écrire une page, il faut les battre. On ne retiendra pas qu’on a joué contre Nîmes, mais qu’on a battu Nîmes.

Un tel match pour démarrer l’année, ça permet de rentrer directement.

C’est pareil pour les deux. Un 32e de finale, c’est toujours un match particulier. C’est un match de reprise. On redémarre pied au plancher. C’est pareil pour Nîmes qui a eu son break.

Les 52 000 euros de gain pour participer à ces 32es de finale, c’est une aide importante ?

C’est toujours important de faire rentrer de l’argent, car on évolue dans un championnat très éprouvant. Notre championnat est le Canada Dry de la Ligue 2. C’est très compliqué. On va dans des endroits difficiles d’accès comme Concarneau ou Avranches. La Fédération nous donne 300 000 euros. En ligue 2, elle donne entre trois et cinq millions. On a vite compris qu’on n’a pas envie de rester dans ce championnat.

Vous ne profitez donc pas de l’argent gagné en Coupe de France ?

Pour l’instant, ça ne nous a pas ramené beaucoup de choses. Les recettes sont très vite passées dans les dépenses pour ce type de match, entre les frais d’organisation et de sécurité. Il suffit qu’il y ait peu de spectateurs… Cela dit, il devrait y avoir du monde, puisque c’est un horaire sympathique, une affiche face à un club de Ligue 1 dans un stade qui a fait mordre la poussière à des équipes de Ligue 1.

La montée en Ligue 2 est toujours envisageable ?

L’objectif qu’on avait était de rester groupés avec les 5-6 de tête. Le championnat est long. Il faut sortir de l’hiver, donc être au mois de mars, en restant dans les 5-6 susceptibles de monter, sachant qu’il y a deux lauréats et un au rattrapage.

Quel bilan faites-vous de la première partie ?

On a eu une attaque de feu en début de saison, qui s’est éteinte, c’est ce qui est un peu dommage. J’espère qu’ils vont retrouver la réussite rapidement, et nous porter. On en a besoin. Si on veut monter, il faut des attaquants qui marquent.

Comment l’expliquez-vous ?

Jonathan Rivas est arrivé de Pau après deux saisons là-bas. Il faut qu’il s’acclimate à un nouvel environnement. Il y a un palier à franchir entre une équipe qui jouait sa peau, et, là, une autre qui est plus ambitieuse. On a confiance en lui et en ses capacités. Cédric Tuta, on le connait, c’est un enfant de la maison, qui est dans ses hauts et ses bas en terme de réussite, qui met 8-10 buts par saison. Il est dans ses plans de marche. On avance sereinement. Le championnat est très long, avec beaucoup de péripéties. Il ne faut pas s’affoler quand on fait deux défaites d’affilée et ne pas tomber dans l’euphorie quand on enchaîne deux victoires.

« J’ai la conviction qu’on jouera en Ligue 2, la question est de savoir quand »

Pourriez-vous être actifs d’ici le 31 janvier ?

On a une-deux pistes. On a peut être une opportunité qu’on saisira.

Vous vous étiez fixés une montée au bout de trois ans, vous êtes dans cette troisième saison. Ne pas parvenir en Ligue 2, ce serait un échec ?

Ce sera échec, car on n’aurait pas réussi dans notre ambition. On redoublera, on en a l’habitude. On a fait sept ans en CFA avant de monter. On a l’habitude de redoubler. Ce qui marche, c’est la persévérance. J’ai la conviction qu’on jouera en Ligue 2. Le débat n’est pas de savoir si on y jouera, mais quand. Il ne faut pas lâcher.

Ce championnat de National peut vous faire mal ?

Ce qui est fondamental, c’est d’en sortir. Il est très éprouvant financièrement, avec une visibilité assez moyenne. Les équipes qui restent 6-7 ans finissent en dépôt de bilan. Ca ne marche pas à tous les coups.

On parle de la Ligue 3, vous en voulez ?

Ce championnat est déjà professionnel. Il n’y a que l’appellation qui ne l’est pas. Les joueurs sont salariés du club, on fait des déplacements dans toute la France, on part la veille comme les pros. Si nous ne sommes pas pros, c’est pour une raison pécuniaire. La Ligue 1 et la Ligue 2 veulent se réserver le pognon. C’est dégueulasse, mais c’est comme ça. Ils ne veulent pas partager avec 18 autres équipes.

Vous regrettez que la Ligue et la Fédération aient remis le sujet à plus long terme ?

C’est un faux sujet, je n’attends rien, tant qu’on sera dans l’égoïsme et qu’on ne reconnaitra pas ces niveaux intermédiaires, avec des clubs qui se servent allégrement, car on n’est pas pros. Si on l’est, on aura des droits de transferts et des droits d’images. Je le redis, la position de la Ligue 1 et de la Ligue 2 est très égoïste. Nous, on est les galériens.

Parlons de Lyon Duchère. Qu’est-ce qui représente votre formation ?

On est un club atypique. Sur 2,3 millions d’euros, on met 30 % de notre budget dans des actions sociales. Ce serait plus facile de les mettre dans deux buteurs de Ligue 2. Mais on veut gagner à notre façon, en respectant notre identité. Il n’y a pas beaucoup de clubs qui consacrent 600-700 000 euros dans des actions sociales.

« On est en train de démontrer que le social peut être un formidable outil d’excellence »

Quelles sont ces actions ?

On travaille autour de quatre thématiques : l’école, la santé, la citoyenneté et le comportement, ainsi que l’emploi. Sur la partie scolaire, on peut mettre en place du soutien scolaire, payer des profs stagiaires qui aident nos jeunes. Sur la santé, c’est les accompagner sur la nutrition et le rythme de vie. Pour ce qui est de la citoyenneté, c’est développer la citoyenneté européenne, avec des tournois internationaux, voir ce qu’est l’Europe. On travaille sur la découverte des métiers, également en partenariat avec l’association « entreprendre pour apprendre ». On a mis en place l’action « ton métier, c’est ton but », avec des entreprises qui viennent dans le quartier de la Duchère pour un forum et un job dating. On met beaucoup de moyens financiers pour des actions qui aboutissent. Il faut se servir du prétexte de foot, cette passion, pour amener nos joueurs à franchir cette barrière de la connaissance qui est compliquée dans les quartiers.

Lyon Duchère sans ces actions ?

Ce ne serait pas le même et on serait déjà en Ligue 2. Mais c’est notre identité, on veut gagner avec nos valeurs. On associe souvent le social avec la médiocrité, on est en train de démontrer que ça peut être un formidable outil d’excellence.

Un mot sur vos équipes jeunes ?

Elles sont au plus haut niveau des équipes régionales. On a l’ambition de faire monter les U17 au niveau National. C’est un niveau charnière, car on offre une perspective à l’école de foot et on peut attirer des joueurs qui peuvent jouer ensuite en N3 ou en N1.

Plusieurs clubs du Rhône réussissent, comme le FC Lyon en U17 Nationaux, ou, en seniors, Villefranche, MDA Foot et Saint-Priest, en plus de vous et de l’OL…

Je fais une vraie différence entre les clubs intra-muros et ceux de la Métropole. Intra-muros, il y a une perspective économique intéressante. A Villefranche, ils sont excentrés, sur un territoire moins fort économiquement. C’est donc plus compliqué de se développer que pour les clubs situés dans Lyon. C’est d’autant plus fort ce qu’ils arrivent à faire, comme Chasselay qui est en N2, avec 7 000 habitants.

Vous êtes à la tête de Lyon Duchère AS depuis dix ans. Qu’espérez-vous pour les dix années qui viennent ?

Le voir le plus haut possible, avec la conservation de nos valeurs et de ne pas oublier d’où on vient.

Propos recueillis par Tom Mollaret

Crédit : Lyon Duchère AS