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Lionel Bah : « Ronaldinho ? Je me fais encore chambrer 17 ans après »

20/03/2020 à 19:30

Actuellement coach de l'équipe N2 de l'AS Saint-Priest, Lionel Bah a accepté de revenir sur certains moments marquants de sa carrière professionnelle. Et l'ex-international ivoirien ne nous a pas déçus...

Quel est votre meilleur souvenir foot ?

C’est mon premier but marqué en Ligue 1 au Vélodrome contre l’OM (voir vidéo dessous). En plus, derrière, on gagne le match (0-2) devant 45 000 spectateurs.

Le pire ?

C’est la saison suivante avec Guingamp en Ligue 1. On joue le dernier match sur ce même stade et on descend en Ligue 2. Cette fois-ci, c’était dur à encaisser.

Le joueur le plus fort que vous avez côtoyé ?

Je vais en citer deux. Didier Drogba et Florent Malouda. Florent était très jeune et savait dès le début où il voulait aller. Il avait déjà une hygiène de vie irréprochable à son âge et était doté d’une grosse puissance athlétique. Techniquement, il était aussi au-dessus. Didier est arrivé du Mans à Guingamp à 24 ans. C’était un bon joueur, mais on n’aurait pas pensé qu’il allait faire une telle carrière. C’était un acharné du travail. Aux entraînements, il faisait toujours du rab. On restait souvent pour lui faire des centres, le gardien restait aussi pour qu’il puisse frapper au but. Il est allé chercher lui-même son destin. Athlétiquement, c’était aussi du costaud, on l’a vu en Angleterre où il bougeait tous les défenseurs.

Didier Drogba, Florent Malouda et Lionel Bah après un but du goleador ivoirien

Qui vous donné le plus de fil à retordre sur un terrain ?

Ronaldinho. Je faisais mes premiers pas en Ligue 1 au Roudourou et on jouait dans la même zone du terrain. Ca m’a marqué et mis dans le bain du très haut niveau tout de suite. Il avait marqué un but exceptionnel (voir vidéo dessous) ce jour là, et 17 ans après, je me fais encore chambrer sur ça. Il m’a fait mal (rires). Au final, on avait quand même gagné (3-2) après avoir été menés (0-2) avec un doublé de Drogba.

Le joueur le plus fou que vous ayez rencontré ?

Hakim Saci, mon ex-coéquipier à l’EAG. Il avait un gros, gros caractère, un tempérament dur à gérer. Mais il avait surtout de grosses qualités footballistiques. Sans ses blessures, il aurait fait une autre autre carrière. Humainement, c’est une superbe personne et je suis toujours en contacts avec lui.

Quelqu’un avec qui vous avez eu du mal à vous comprendre ?

Mon dernier coach à Andrézieux, Jean-Philippe Forêt. Ça ne s’est pas forcément bien passé entre nous. Il me gérait un peu comme les jeunes de 18 ans et on s’attend quand même à un autre traitement quand on termine sa carrière. Je ne suis pas quelqu’un de rancunier et si ça se trouve on se recroisera sur les terrains puisqu’il entraîne encore actuellement.

Une personne du monde du foot que vous n’avez pas vu depuis longtemps et que vous reverriez avec plaisir ?

Noel Le Graët. Il était mon président pendant plusieurs années à Guingamp. C’est une personne que j’appréciais beaucoup. J’ai un grand respect par rapport à ce qu’il a fait dans cette ville de 7000 habitants. Il avait de la prestance, du charisme. Quand il venait nous parler dans les vestiaires, tout le monde l’écoutait attentivement. Je ne suis pas étonné qu’il ait pris les rênes de la Fédération Française de Football. Aussi, il était toujours là pour nous et nos familles quand on avait besoin de quelque chose.

Le coach qui vous a marqué ?

Guy Lacombe. Je ne l’ai pas eu très longtemps à l’EAG parce que c’était l’époque où je montais dans le groupe pro et derrière, il est parti. C’était un coach très rigoureux tactiquement, il m’a beaucoup appris à ce sujet. Il était très sérieux et j’ai ouvert les yeux sur le haut niveau grâce à lui. En plus, il avait vocation à faire jouer les jeunes et cela fait aussi partie de ma conception du foot aujourd’hui.

Le coup de fil qui vous a scotché ?

Ils me scotchent encore ! Ce sont ceux des agents, enfin… des faux agents. Je reçois encore beaucoup d’appels de gens qui me proposent des joueurs. C’est un peu rigolo parce qu’ils t’appellent mais ils ne savent même pas si tu joues en N2 ou en N3. Ils te proposent un gars « polyvalent » qui peut jouer trois ou quatre postes et ce n’est pas toujours représentatif d’un bon joueur. Enfin, ils dépassent leur fonction parfois en voulant t’apprendre le foot. Il faut faire attention.

L’anecdote sympa à raconter pour les lecteurs d’Actufoot ?

C’est quand je pars de Louhans-Cuiseaux pour faire un essai à Guingamp avec mon ami Fabrice Pancrate. C’est vrai que j’étais un milieu de terrain assez rugueux, et lors de l’essai, je mets un gros tacle « assassin » à Farid Talhaoui. Je me retourne et je vois le directeur du centre qui se lève et qui crie « lui, tu le touche pas ! ». J’ai compris que c’était la petite pépite du club. Aujourd’hui, on est encore amis et on se voit souvent sur Lyon vu qu’il joue à Vénissieux. On a passé de nombreuses années ensemble à Guingamp. Le jour du tacle, je me suis quand même dit que je venais de me cramer (rires).

Lionel Bah a vécu un véritable baptême du feu en Ligue 1 face au génie brésilien Ronaldinho le 22 février 2003 (Photo : DR).