InterviewEx-OL

Yoann Martelat (ex-OL) : « Jouer en professionnel ? Je n’y pense plus »

23/01/2020 à 17:15

En 2017, Yoann Martelat (23 ans) signait son premier contrat professionnel d'un an avec l'OL. Le milieu de terrain s'est finalement retrouvé sans club à la fin de son contrat jusqu'à une expérience courte durée dans le championnat de Bosnie (D1, Sloboda Tuzla). Pour Actufoot, le Lyonnais de la génération 97, passé par les clubs de l'AS Saint-Priest et du FC Charvieu-Chavagneux, se confie sur son parcours à l'OL, ses mésaventures en Bosnie et son avenir qu'il voit davantage au sein du milieu amateur.

Où en êtes-vous de votre carrière de footballeur ?

Je suis rentré fin novembre de Bosnie. J’ai eu quelques projets mais j’ai vite compris que ça n’avançait pas. Aujourd’hui, dans ma tête, je n’ai plus trop envie de faire ça, du foot professionnel. Dans quelques temps, je n’aurai plus de revenus et il faut aussi que je me mette à l’abri. J’ai envie de passer à autre chose.

Pourquoi avoir fait le choix de la Bosnie quelques mois après votre départ de l’OL ? N’aviez vous pas d’autres sollicitations, en France notamment ?

De base, je devais signer en National. J’étais en vacances, et finalement, les contacts pataugeaient un peu. Cela faisait un an que je ne jouais pas et on m’a proposé la Bosnie. Il y avait un coach là-bas qui parlait français et je me suis dit que c’était une opportunité, l’occasion de découvrir autre chose. Honnêtement, ça ne s’est pas très bien passé.

Pourquoi ?

Moi, je jouais mes matches, sportivement, ça se passait assez bien. Mais les conditions dans lesquelles on évolue, l’organisation… ce n’est pas du tout comme ici. C’est même une catastrophe.

A quels niveaux ?

Au niveau des structures déjà. Il n’y a rien ! Tu as un vestiaire et un stade où parfois tu ne t’entraînes même pas. Tu dois aller t’entraîner dans des clubs un peu en dessous donc c’est très compliqué. Quand tu arrives là-bas aussi, personne ne s’occupe de toi. Je suis resté un mois à l’hôtel, on ne m’a pas aidé à trouver un appartement. J’ai aussi été blessé début octobre et personne ne m’a pris en, charge, je n’ai pas passé d’IRM, rien.

Pas facile pour s’intégrer…

Non. Les gens du club étaient accueillants, mais au niveau des joueurs, tu sentais qu’ils n’étaient pas très avenants et ne voulaient pas trop t’intégrer. En plus, ils ne parlent pas trop anglais. C’était compliqué pour communiquer.

« Le coach a réussi à m’avoir un mois de salaire »

Avez-vous rencontré des problèmes sur le plan financier ?

Il y a eu des problèmes, oui. Quand je suis arrivé là-bas, déjà, on m’a dit que mon salaire était moins élevé que ce que je devais avoir de base. Je me suis dit que ce n’était pas grave, que j’y allais pour jouer au foot et me faire connaître. Au bout d’un mois, j’ai compris qu’il y avait aussi des soucis de paiement. Le coach a réussi à m’avoir un mois de salaire, après j’ai eu un mois de retard puis deux… On a commencé avec le groupe à faire grève des entraînements. Même les gens qui travaillaient ici n’étaient pas payés. D’après ce que j’ai compris par la suite, le président piquait dans les caisses et le club était endetté de beaucoup d’argent.

Travaillez-vous aujourd’hui avec un agent ?

Je suis avec quelqu’un mais ça n’avance pas. Je pense que je vais essayer de trouver un club moins élevé pour continuer à gagner ma vie et me dire que je n’ai pas fourni autant d’efforts dans le foot pour rien. Jouer dans le monde professionnel, c’est une chose à laquelle je ne pense plus.

Vous gardez la forme en ce moment ?

Bien sûr. Je joue au foot avec des potes, je vais courir et je vais à la salle avec un ancien de l’OL aussi.

Avec le recul, c’est un regret d’avoir rallié la Bosnie ?

Non parce que si je n’y étais pas allé, je l’aurais regretté. J’ai tenté quelque chose, ça n’a pas marché. J’ai beaucoup pris sur moi là-bas, j’ai été patient et ça m’a fait grandir aussi. Je garde le positif.

Quand on est dans votre situation, on pense à rebondir à un bon niveau amateur ?

Oui, les niveaux N2, N3 voire R1 m’intéressent. Ce sont aussi des championnats où tu peux gagner ta vie. J’ai des contacts avec un club de N3 et un de R1. Les effectifs commencent à être remplis, on va voir ce qu’on peut faire. Mon agent ne s’occupe pas de ça car le niveau est trop bas donc je suis avec quelqu’un qui m’aide un peu avec les clubs, à prendre contact. Mon objectif est d’en retrouver un rapidement.

Pour évoquer l’OL, vous aviez signé un contrat pro d’un an. Dur de se projeter à l’époque ?

Je n’ai signé qu’un an pro, et quand tu signes un an, ça ne sent pas très bon déjà. C’est compliqué pour réussir à Lyon, tu sens que le club te laisse un peu de côté au fur et à mesure de l’année. Des petits jeunes te passent devant, tu sens les choses, que ça va mal se passer, donc il faut préparer l’avenir. A mon départ, j’ai eu quelques agents avec qui ça ne s’est pas bien passé non plus et tout ça m’a un peu emmené dans la « merde ».

La concurrence était rude à Lyon ?

Déjà, Bruno Genesio n’était pas un grand fan de moi donc c’était compliqué. Je n’avais pas non plus des relations incroyables avec Cris, mon coach en réserve. Ils préféraient faire jouer les jeunes à la fin.

Que pensez-vous aujourd’hui de l’émergence de joueurs comme Maxence Caqueret ou Rayan Cherki ?

Je n’ai pas connu Cherki, il était très jeune. Avec Maxence, on a joué ensemble. Il a connu les sélections de jeune en équipe de France, il a été capitaine. Cette saison, il était toujours dans le groupe pro même s’il ne jouait pas et ce qui lui arrive est une suite logique. Comme dit Mbappé, le talent n’a pas d’âge !

Crédit photo : Coeur de Gone