Interview

Amine Talal (US Orléans) : « En DH, on a le temps de se retourner, pas en Ligue 2 »

05/12/2019 à 17:53

Actufoot est allé à la rencontre du prometteur milieu de l'US Orléans, Amine Talal (23 ans) qui évolue aujourd’hui en Ligue 2 après avoir fait la majeure partie de sa formation au Maroc du côté du Raja Casablanca et au Wydad Athletic Club. Entretien !

Amine, à quel âge avez-vous commencé le football et dans quel club ?

J’ai commencé le football très tôt. En club, j’ai dû commencer vers l’âge de 7 ans au Raja Casablanca au Maroc.

Combien d’années êtes-vous resté là-bas ?

J’ai fait toute ma formation dans ce club et je l’ai quitté après les U17 Nationaux. J’ai eu quelques soucis avec la direction sur l’organisation de mon emploi du temps scolaire. Je tenais absolument à continuer mes études et j’ai dû quitter le club.

Ensuite, quel a été votre parcours ?

Je suis parti chez le rival, le Wydad Athletic Club, où j’ai joué un an et demi avant d’arriver en France.

Pourquoi ces choix ?

Ce sont les 2 plus grands clubs du Maroc. Pour Raja où j’ai commencé, c’est mon club de cœur, en plus, ce n’était pas très loin de chez moi. Malheureusement, j’ai eu des problèmes avec la direction. Ensuite pour continuer à progresser et jouer à un bon niveau, je n’avais pas d’autres choix que d’aller dans le club rival. Je connaissais le directeur technique de Wydad, il connaissait mes qualités, ma personnalité. Il n’a pas hésité à m’appeler pour me faire venir.

Avez-vous eu l’occasion de jouer contre votre ancien club pour jouer un derby ?

Oui, d’ailleurs je me rappelle d’une anecdote. Quand nous étions jeunes, on n’avait jamais perdu un derby Raja contre Wydad. Et, comme par hasard, l’année où je change de club, Wydad remporte ce match (2-1) et je marque le but de la victoire. C’était un très beau derby !

Qu’aviez-vous ressenti contre vos anciens coéquipiers ?

Sentiment un peu bizarre, c’est vrai. J’avais grandi avec eux, ce sont tous mes potes. Se retrouver de l’autre du côté du terrain lors du match, c’était bizarre. Après, j’avais un peu de fierté vis-à-vis des anciens dirigeants et j’ai démontré qu’ils avaient torts de me laisser partir. Je devais prouver que je méritais mieux.

Vous atterrissez ensuite à Orléans. Pourquoi cette destination ?

Au début je ne viens en France que pour mes études, j’avais décidé de mettre le football entre parenthèses. Avec mon Bac, j’ai postulé à la Fac d’Orléans et j’ai été accepté. Après, j’ai cherché un club pas très loin de la fac pour garder la forme.

Finalement, la passion revient au galop ?

La première année, je n’ai joué qu’en U19 DH et aucun match en U19 Nationaux. J’étais le seul joueur conservé de la DH. J’ai joué un an et demi avec la réserve. Au début, c’était un peu compliqué. Les 3-4 premiers mois, je ne jouais pas avec la réserve. Mais je n’ai pas lâché, j’ai gagné ma place et je l’ai conservé. Ensuite, je suis monté avec les pros et je suis resté avec eux.

Passer de niveau DH à la Ligue 2, qu’est-ce qui est le plus dur ?

C’est surtout l’intensité, ce n’est pas le même niveau. En DH, on a le temps, on peut se retourner. En pro, les efforts ne sont pas les mêmes, ce n’est pas le même rythme. Voilà ce sont beaucoup de petits détails qui comptent. Sur le terrain, c’est vraiment différent.

Les premières semaines ont-elles été compliquées ?

Oui, oui, le début a été compliqué, mais je suis quelqu’un d’endurant. Du coup, j’ai pu résister. J’ai connu quelques mecs qui sont montés avec moi et qui n’ont pas réussi à suivre la cadence.

Aujourd’hui, Orléans est lanterne rouge. Le club peut-il se sauver ?

Bien sûr qu’Orléans peut se sauver. Si vous regardez nos matches, l’équipe est certes jeune mais joueuse. Depuis le début de saison, on ne s’est pas fait malmener. Notre manque d’expérience et d’efficacité nous est préjudiciable et nous fait défaut. On paie cash nos erreurs. Sauf contre le RC Lens, où on explose et on perd 4-1 alors que l’on a mené 1-0. Il nous manque des cadres mais ce n’est pas une excuse. On a besoin de temps mais il va falloir se réveiller le plus vite possible au niveau des résultats.

Le conflit avec le manager général Anthar Yahia a-t-il joué dans les têtes ?

Non je n’en suis pas sûr. Ce conflit ne touche pas le vestiaire. Le coach essaye de laisser ce problème avec la direction. Yahia a été remercié, je ne sais pas si ça va arranger quelque chose entre le staff technique et la direction. Anthar Yahia a beaucoup aidé Orléans pour créer une équipe compétitive mais ce conflit ne nous concerne pas.

Dans la presse, on parle d’un recrutement raté, qu’en pensez-vous ?

Les joueurs recrutés, je les côtoie au quotidien et je sais qu’ils ont de la qualité. Ce sont des joueurs qui manquent d’expérience comme moi. Ces joueurs ont tous évolué dans des clubs de Ligue 2.

L’ex-international algérien Karim Ziani qui est à Orléans depuis 2016, vous donne-t-il des conseils dans la gestion de votre carrière ?

Oui, auparavant lorsqu’il était dans le vestiaire. Maintenant, il prépare ses diplômes et il est coach-adjoint avec la réserve. On le voit de moins en moins. Karim a fait une grande carrière, il a joué la Coupe du Monde, la Coupe d’Afrique, la Ligue des Champions, en Ligue 1. Il faut être à l’écoute de ce type de joueur.

Dans quel domaine devez-vous encore progresser ?

Je pense que je dois progresser dans la puissance. Le championnat de Ligue 2 est physique, athlétique, puissant. C’est un secteur que je dois bosser un peu plus.

Être dans le monde professionnel, qu’est-ce que ça implique comme responsabilités ?

Ça dépend des attitudes du joueur. Si le joueur est professionnel, ce joueur a des responsabilités envers le club, envers l’équipe. Il faut se prendre en charge pour avancer et monter les échelons. Le footballeur est dans un projet collectif. Ça ne se voit pas mais il y a énormément de responsabilités sur les épaules d’un joueur professionnel.

Votre poste est milieu de terrain. Quel est votre profil ?

Cette année, j’ai joué à tous les postes du milieu de terrain. Je suis un joueur avec un bagage technique et surtout, je suis quelqu’un qui aime se projeter. Je suis un « box-to-box ».

A quel moment avez-vous eu le déclic, de devenir professionnel ?

C’est un peu tôt pour dire si j’ai eu un déclic car je ne suis qu’au début de ma carrière professionnelle. Mais avant d’être pro, je me rappelle le jour où je me suis entraîné pour la première fois avec les pros. Nous étions 2 ou 3 à monter. L’effectif pro n’était pas au complet pendant la trêve. J’avais fait deux séances et le lendemain, il y avait un match amical contre Romorantin (N2). J’ai été convoqué pour compléter l’effectif et j’ai joué 15 minutes de jeu. J’ai fait une rentrée pas mal. Mes coéquipiers m’ont félicité et le coach m’avait trouvé intéressant. Après ce retour, je me suis dis que je pouvais y croire, que je pouvais faire quelque chose.

De quel match êtes-vous le plus fier ?

Aujourd’hui, il n’y a aucun match pour lequel je suis satisfait. Je suis énormément exigeant vis-à-vis de moi-même.

Quel est l’apport de l’agence FW-Sports dans votre carrière, dans votre quotidien ?

Pour moi, c’est comme une famille, comme des grands-frères. La relation est particulière, directe. Ça dépasse la relation classique entre un joueur et une agence de joueurs. Ils essaient toujours de tirer le meilleur de ce que je peux pour me faire avancer.

Votre père est journaliste sportif et commentateur au Maroc. Vient-il vous voir ?

Il est venu 1 ou 2 fois. Il était venu me voir contre Guingamp en Coupe de la Ligue. Après, il vient me voir pendant les vacances. Il a un œil attentif sur ma carrière. Il me conseille tout le temps.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour 2020 ?

Beaucoup de réussite, un maintien avec mon club et être le plus performant sur les terrains.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit : Peron Photographie

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