InterviewNational 2 (B)

Boubacar Kébé (ex-ESSG) : « J’ai décidé de ne plus laisser passer des choses »

24/09/2020 à 11:26

L'histoire entre l'ancien joueur professionnel, Boubacar Kébé (33 ans), et l'Entente Sannois Saint-Gratien se termine mal. Il avait signé son retour au club en Novembre 2019 mais s'est gravement blessé pendant la période d'avant-saison 2020-2021. L'ex-attaquant formé aux Girondins de Bordeaux a tenu à exprimer sa colère envers le club Val-d'Oisien pour une promesse non tenue.

« Je suis en colère, j’ai été résigné, j’entends tellement de choses dans le monde du foot et ça fait partie du jeu, mais j’ai décidé de ne plus laisser passer des choses et d’en parler une bonne fois pour toute ! Beaucoup de monde vont me suivre dans ce sens-là. J’ai été écœuré par la situation avec l’Entente Sannois Saint-Gratien, j’ai eu l’impression d’avoir été pris pour un « con ». J’ai été gravement blessé dans la deuxième semaine de préparation d’avant-saison. Ça n’a pas été facile psychologiquement, j’ai eu des messages du club, je ne vais pas le nier. Mais je déplore la suite. J’ai contribué au maintien du club en National 2 et j’ai tiré le groupe vers le haut. Une reconversion dans le staff était à l’étude au vu de mon expérience. »

« Après ma blessure, je prends l’initiative d’aller les voir pour leur proposer de mettre mon salaire à disposition pour prendre un attaquant. Ils ont été « choqués » par ma proposition, ils m’invitent à prendre un pot, il y a de la gentillesse, tout va bien. Il faut savoir, avant d’aller les voir, j’ai voulu en discuter avec les « anciens » et j’en ai discuté avec Jean-Marc (l’intendant) pour avoir son avis. Pour lui, mon idée était géniale avec une place dans le staff, dans l’apprentissage auprès de Didier Caignard, un mec qui a une certaine réputation dans le football. J’aurais appris avec lui, sur sa méthode. De plus, je suis respecté auprès des coéquipiers. Mon parcours a été semé d’embuches mais je me suis toujours relevé. Ça prouve ma force de caractère, qui ne lâche jamais. Je suis arrivé d’Afrique à 9 ans, et j’ai réussi à faire 20 ans dans le monde professionnel, c’est immense quand même. Je pensais avoir une légitimité. Il faut savoir que mon salaire était de 900€ par mois donc c’est énorme pour un club de la région parisienne et un comme l’Entente Sannois Saint-Gratien. Ce sont des défraiements « déguisés ». Moi j’ai joué 8 ans à l’étranger et l’argent n’est pas tabou, donc je n’ai pas peur des mots ! Tu gagnes ce que tu mérites ! »

 

« L’argent n’est pas le plus important »

« Voilà, mon opération se passe et le temps avance aussi. Pas de nouvelles du club. Je peux comprendre qu’il ait d’autres préoccupations, vu les résultats. Dès le 1er mois, le club diminue mon salaire et le coupe à partir du 2ème mois. Ma femme m’alerte sur le non-paiement du salaire me demandant si j’avais convenu un accord sur l’éventuel reconversion. Mais je le répète, l’argent n’est pas le plus important, je ne cours pas qu’après. Je vais avoir 34 ans, 4 enfants et des affaires qui marchent bien. Toutes les fois où je voyais Marc Mohamed pour lui rappeler la réunion, il me répondait « non ce n’est pas possible, le conseiller du président est absent soit il n’est pas revenu de vacances soit il est malade » alors que je l’avais vu au stade. Ensuite, j’ai appelé Marc Mohamed pour connaître la situation et il m’a répondu « que le staff n’allait pas bouger ». Pour l’argent, je lui aurais dit que je n’avais pas besoin d’argent sur un ton hautain. Je lui ai répondu qu’il avait remixer et n’ai jamais dit ça. Il est où mon intérêt de tirer un trait sur presque 10 000 euros. Je viens du bled (village), je suis venu à 9 ans, j’ai vécu d’hôtel en hôtel avec ma mère et j’ai été nourri par la Ddass (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales). 90% de ma famille est au bled. »

 

« Il faut du courage pour aller jusqu’au bout et je suis prêt »

« Au début, j’ai été résigné, pendant 3 jours, je n’ai pas dormi. J’ai tellement été déçu et pourtant, je suis fort. Suite à tout cela, j’ai été blessé 7 fois mais je me suis toujours relevé. Par conséquent, j’ai décidé de ne plus leur parler. Si je ne fais rien, je suis complice. Le monde n’est pas détruit par les méchants mais par ceux qui laissent faire sans rien dire. Trop de jeunes ont eu des problèmes, des promesses non tenues dans ce club. C’est un manque de respect. Je veux lutter contre ça. Et à force de laisser passer les choses, on devient complice. Mais en revanche, il faut du courage pour aller au bout et je suis prêt. Aujourd’hui j’ai un rôle éducatif avec des collégiens et lycéens dans un établissement privé agréé de l’éducation nationale qui me plait énormément parce qu’à travers ce rôle de responsable football, je participe à l’éducation des futurs adultes pour un monde meilleur. Ainsi, je pars du principe que les enfants nous regardent. J’ai pour valeurs, le respect, la justice. Et aujourd’hui, je vais aller jusqu’au bout et l’Entente devra parler avec mon avocat. Il faut arrêter de prendre une certaine minorité pour des cons, sans faire la victime. J’ai un sentiment de foutage de gueule, de haine. »