Entretien

Daniel Yves Kamy (Ljubljana) : « Je dois avouer que ça m’a forgé mentalement »

09/04/2020 à 17:45

Après avoir débuté en Seine-Saint-Denis, le solide défenseur central de 24 ans, Daniel Yves Kamy, a pris ses valises pour une carrière à l'Est du continent européen. Actufoot vous fait découvrir le parcours de cet ex-international espoir camerounais, aujourd'hui joueur du NK Olimpija Ljubljana, qui a connu ses premiers pas de footballeur du côté d'Aulnay-sous-bois et d'Epinay-sur-Seine.

Daniel, pouvez-vous revenir sur votre parcours depuis tout jeune ?

J’ai commencé comme beaucoup en bas de chez moi, à Aulnay-sous-bois dans la cité des Gros saules. J’ai intégré le club de l’Espérance d’Aulnay à 9 ans, puis rejoint le CSC Aulnay l’année suivante. Ensuite, nous avons déménagé à Epinay-sur-Seine, j’ai donc poursuivi ma formation à l’AFE jusqu’en U17, mais rien de sérieux c’était davantage pour m’amuser et retrouver mes potes. En U19, j’ai décidé d’aller à l’Entente Sannois-Saint-Gratien, club un peu plus huppé au sein duquel j’ai effectué deux saisons. Le problème est que je savais que je n’allais pas intégrer la CFA comme c’était bouché. Mon père m’a alors demandé ce que je comptais faire de ma vie, je venais d’avoir mon Baccalauréat mais je ne savais pas vers quoi m’orienter, je lui ai donc répondu que le foot m’intéressait, il m’a dit qu’il me soutiendrait quelque soit mon choix. Via un de ses contacts, il m’a trouvé un essai en D2 Bosniaque, j’étais réticent mais d’un autre coté je ne voulais pas rester au quartier, ma famille m’a finalement convaincu d’y aller.

Comment s’est déroulée cette première expérience hors de votre pays ?

J’arrive à Visoko qui est à vingt minutes de Sarajevo, la capitale. Les trois jours d’essais se passent bien mais physiquement j’étais à la ramasse, ils décident tout de même de me conserver et je signe un an au sein du NK Visoko. Je vivais avec un joueur bosno-luxembourgeois qui parlait français, ce qui a véritablement facilité mon intégration comme j’étais loin de la famille, dans un pays étranger avec une langue étrangère, c’était difficile. Les bosniaques sont très famille, généreux et surtout loin d’être racistes contrairement à ce que je pensais, mais beaucoup n’avaient jamais vu de noirs. Dans la rue on me regardait, on m’arrêtait pour prendre des photos, me poser un tas de questions bêtes, rien de méchant mais à la longue c’était fatiguant. Sportivement, les terrains sont compliqués mais le niveau est pas mal. Ça a été une belle expérience, j’ai amélioré mon anglais et disputé une vingtaine de matchs.

La saison d’après direction le FK Decic Tuzi, pour un challenge dans un nouveau pays ?

En effet plusieurs clubs se sont manifestés à la fin de la saison, dont l’un des plus gros de Malte. Je fais ainsi un essai concluant mais qui ne se concrétise pas à cause de la commission demandée par l’agent, ça m’a mis une vraie claque. Je découvre alors cette facette cachée du football, j’étais véritablement dégoûté. J’ai deux autres sollicitations par la suite, dont une en D1 Montenegro sans essai que j’accepte, voilà comment je me retrouve au FC Decic. A ma grande surprise, là-bas aussi les gens sont supers accueillants, encore plus qu’en Bosnie. Coté football, c’est plus physique mais je déchante vite, le coach ne me fait pas confiance, heureusement pour moi il se fait remercier au bout de quelques matchs. C’est Mulalic, un entraîneur très huppé dans l’Est qui reprend les rennes et me met directement titulaire. L’équipe tourne bien, on est en course pour l’Europa League, j’enchaîne les matchs et les bonnes performances récompensées par une convocation avec la sélection espoirs du Cameroun pour le tournoi de Bakou.

Ce qui devait être une véritable fierté pour vous, racontez-nous vos débuts ?

J’arrive à Yaoundé pour rejoindre les lionceaux indomptables, je passe de -5 à 35 degrés, ce n’était pas évident mais j’ai serré les dents. Il y avait des joueurs de la réserve du Barca, de l’Atletico pour vous dire que le niveau était très bon au sein de ce groupe. On sort en demi-finale de la compétition durant laquelle j’honore ma première sélection, une réelle fierté pour ma famille. Il s’en suit un match amical à Créteil contre l’équipe de France espoirs, mes proches mais aussi plusieurs agents sont venus me voir, dont un qui devait m’emmener en série B mais malheureusement je n’ai pas joué.

« C’était le feu avec un derby très chaud »

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Pour revenir au parcours en club, direction donc la première division en Finlande ?

L’inter Turku me proposait un essai, il y avait dans ce pays Faubert et Taiwo, cela m’a vraiment motivé, d’ailleurs ils m’ont énormément conseillé une fois au club. En Finlande c’est encore une autre mentalité, les gens sont très calmes et réservés, l’hiver il fait jusqu’à -20 et l’été il fait jour 24h/24. Une fois je me suis réveillé en sursaut pour l’entrainement, je me presse et en sortant de chez moi je regarde mon téléphone et il était 3 heures du matin. Mais c’est cette saison ou j’explose, même si j’ai été ralenti par une grosse blessure à l’œil, j’ai beaucoup joué. Le coach était italien, tactiquement il m’a énormément appris au niveau possession de balle notamment, ça jouait vraiment bien au ballon. J’y ai appris le poste d’arrière gauche, on remporte la coupe en fin de saison en se qualifiant pour l’Europa League. En fin de saison, j’avais de bonnes offres mais ça n’a pas abouti pour des petits détails, je prolonge donc à l’Inter Turku au dernier moment, ce qui leur a fortement déplu. La seconde saison a donc été galère, je joue beaucoup moins, le nouveau coach ne me parle quasiment pas, ils ont même voulu m’envoyer avec la réserve. J’étais démotivé, une nouvelle fois dégoûté du foot mais j’ai pris sur moi. Je dois avouer que ça m’a forgé mentalement.

Cette mésaventure vous amène finalement en Slovénie, toujours l’Est européen ?

A la fin de cette année galère, j’étais en partance pour le FC Sheriif Trivaspol qui est le plus gros club Moldave jouant souvent l’Europe, finalement on m’appelle pour rejoindre l’Olimpija Ljubljana qui était en stage en Turquie. J’ai disputé quelques match amicaux notamment contre le Dynamo Kiev, le Shakhtar Donetsk et clairement c’était un autre football de haut niveau. Je signe deux ans et dispute mon premier match contre Maribor, l’autre grosse équipe du championnat qui joue souvent la Ligue des champions d’ailleurs. C’était le feu avec un derby très chaud, ça allait vite, tu sens bien que ce sont deux équipes européennes. J’ai bien enchaîné par la suite mais le championnat ici aussi est arrêté actuellement.

Peux-t-on revenir sur les joueurs du département avec qui vous êtes en relation ?

Il y a plusieurs joueurs d’Épinay-sur-Seine avec qui je suis encore en contact comme Kevin Kouang qui est en N3 à Raon l’Etape, Aboubacar Diakhaby en N3 à Blanc Mesnil, Sosa Maluvunu en N2 à Sedan. Je suis aussi en contact avec Vamara Sanogo du Legia Varsovie, Erwin Koffi de l’Olympiakos Nicosie à Chypre qui étaient aussi à Epinay mais ils ont un an de plus, je n’ai donc pas joué avec eux. J’ai aussi régulièrement des nouvelles du club spinassien via Arsène, mon ancien coach en U17, qui est pour sa part toujours au club.

Propos recueillis par Farid A.

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