Interview

Frantz Bertin : « Grâce à la sélection, j’ai pu découvrir mon pays : Haïti »

06/07/2020 à 14:04

Formé à Montfermeil et au Red Star, Frantz Bertin (37 ans) a connu une riche carrière de joueur à l'international. Le défenseur passé par la Juventus Turin, et aujourd’hui de retour au sein du club montfermeillois, revient sur son parcours pour Actufoot !

Frantz, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Elle avait bien commencé car comme pour beaucoup on commence près de chez soi. Le but recherché est de se démarquer et devenir un footballeur professionnel. Mon rêve était d’aller au Red Star ou bien au Paris Saint-Germain. Ils étaient les deux plus importants clubs en Ile-de-France. Je suis finalement allé au Red Star où j’ai fait trois saisons. Un jour, un agent italien est venu me récupérer pour aller faire un essai à la Juventus Turin avec un autre joueur, un attaquant : Abou Fofana. J’ai joué avec la Primavera et j’ai fait des entraînements avec les pros : il y avait déjà Zidane, Trezeguet, Thuram. Je n’ai pas participé à un match officiel avec eux, mais ce fut une bonne expérience !

Vous avez ensuite découvert les championnats espagnols, et notamment la Liga, de 2003 à 2008…

J’ai atterri à 20 ans au Racing de Santander, où j’ai commencé avec la réserve. Le coach de l’équipe première a eu un œil sur moi et je suis monté pour jouer en Liga. Cela a été une belle période pour moi. Après avoir joué en Liga, j’ai pris un chemin qui a conditionné la suite de ma carrière. Tenerife, qui était en deuxième division est venu me récupérer. Ils me voulaient absolument. MA carrière était bien partie, mais mes choix m’ont fait prendre une autre direction…

Expliquez-nous…

À Tenerife cela a été compliqué donc j’ai rejoint la réserve de l’Atletico Madrid. Ils avaient besoin d’un défenseur. Cela s’est très bien passé avec eux. J’ai ensuite signé à Benidorm, puis dans le championnat suisse (FC Lucerne) et en Grèce également, où j’ai affronté l’Olympiakos, le PAOK et le Panathinaïkos. J’ai beaucoup aimé le cadre de vie et j’ai été bien accueilli là-bas (OFI Crète, PAE Veria, Panachaïkí Patras, Apollon Kalamarias, PAE Aiginiakos). Entre-temps, je suis arrivé en sélection d’Haïti où je suis devenu un cadre important et j’ai joué la Gold Cup plusieurs fois.

Vos sélections avec Haïti, des moments forts ?

Grâce à la sélection, j’ai pu découvrir mon pays car avant je n’ai pas pu aller en Haïti. C’est très compliqué d’aller là-bas, il y a pas mal de problèmes, de misère, mais je me suis fait un nom là-bas. J’ai découvert des joueurs de talent comme Jean-Jacques Pierre ou Jeff Louis. En 2007, on m’a demandé de ramener des joueurs français. J’ai été une sorte de recruteur. J’ai vu comment cela se passait. Il y avait des difficultés, mais cela pouvait s’améliorer dans le sens où je ramenais des joueurs expatriés à l’image de Jean-Eudes Maurice. Au fur et à mesure, on a construit un groupe solide. Au départ, il y avait des joueurs de District, mais le niveau est devenu très élevé.

Dans quels autres pays avez-vous évolué ?

J’ai fait aussi le championnat de Chypre (Alki Larnaca) et d’Inde (Mumbai City). Ma fin de carrière approchait et on m’a proposé ce challenge en Indian Super League. Nicolas Anelka avait apprécié mon profil et je suis parti là-bas. J’y ai côtoyé Selim Benachour ou Frédéric Piquionne. Ce fut une très belle expérience pour moi en plus d’être coaché par Anelka, un joueur qui a fait une très belle carrière.

Un dernier mot sur votre reconversion ?

On me demandait ce que j’allais faire après ma carrière. Je me suis posé la question… J’ai souvent été capitaine. Je l’ai été plus par mes qualités de joueur que par mon tempérament, donner de la voix ce n’était pas trop mon truc. Je ne me voyais pas être entraîneur. En second choix ce qui vient souvent c’est le métier d’agent, et comme j’ai joué dans beaucoup de clubs et connu pas mal de situations pour signer des contrats… C’est un monde très cruel. Je ne me vois pas côtoyer des gens qui peuvent te tourner le dos du jour au lendemain avec un contrat. Aujourd’hui, je suis chauffeur privé, j’adore conduire et je continue à faire du sport à côté. J’ai réintégré l’équipe où tout a commencé pour moi : le FC Montfermeil, où je joue avec les vétérans. J’ai quitté très tôt mes amis et je les ai retrouvés. Pour eux, c’est une fierté de jouer avec moi, ils ont suivi toute ma carrière.

Propos recueillis par Nicolas Cotten.