TOP 10Licenciés

Houilles AC, la vie d’un club de 1300 licenciés sans directeur technique

14/02/2020 à 13:00

Avec 1304 licenciés comptabilisés lors de notre recensement début janvier, le Houilles AC figure au 7ème rang national des plus gros clubs pour la saison 2019-2020. Les Ovillois continuent de tracer leur route, d'année en année, et sont la preuve que l'on peut réussir loin des sentiers battus.

Au Houilles Athlétic Club on ne fait pas les choses comme les autres. À commencer par son président, Xavier Blot, arrivé aux manettes un peu par hasard… « Mon prédécesseur est mort d’une rupture d’anévrisme sur le terrain lors d’un match en vétérans. Le HAC s’est trouvé sans personne pour le gérer pendant quelques mois, on m’a alors demandé de prendre les rênes et j’ai accepté. »

Et, si la plupart des présidents de club sont patrons d’une PME, Xavier Blot vient lui de la fonction publique et n’a pas de « fortune personnelle ». Cet ancien footballeur et entraîneur, passé notamment par l’Italie, a pris le parti de faire tourner son club sans directeur technique ! « C’est un choix, lance le patron du HAC. Chez nous, chaque entraîneur d’une équipe A est le responsable de sa catégorie. Nous avons donc des responsables en U10, U11, etc.. et cela jusqu’aux U18. De U10 à U16, ils ont tous 4 équipes à charge. Certains responsables de ligne ont 25 ans, cela ne me pose pas de problème. La valeur n’attend pas le nombre des années. C’est un organigramme un peu diffèrent en effet. C’est une voie économique d’abord, car un directeur technique coûte cher, et je ne suis pas convaincu du fait qu’il soit nécessaire… »

« L’idée d’un football exclusivement réservé à la banlieue est une erreur funeste »

Si le président Blot fêtera ses 20 à la tête du Houilles AC en avril 2021, lui et sa fidèle équipe dirigeante n’ont pas toujours connu pareille affluence sur les terrains ovillois. « Il y a 20 ans, on était 200. 10 ans après nous étions 400 et on a franchi le cap des 1000 il y a seulement 3 ans. Chaque saison, on récupère 70 à 80 à licenciés. » Pour 2019-2020, Houilles a vu son nombre d’adhérents augmenter de 6% quand la Ligue de Paris observait une baisse générale de l’ordre de 5%. Le président yvelinois explique ce phénomène. « On est dans un bassin à très forte augmentation du nombre d’habitants. Carrières-sur-Seine, Houilles, Sartrouville, Bezons : ce sont des villes très attractives et bien desservies par les transports pour les jeunes couples souhaitant travailler à la Défense ou à Paris Saint-Lazare. Aussi, dans notre secteur, le football n’a pas toujours été très vivace. On a su profiter de ce bassin d’environ 150 000 habitants pour créer un club attractif chez les jeunes d’abord, et aujourd’hui également en séniors. »

Pour attirer autant de monde, Houilles a dû convaincre et fidéliser ses joueurs en proposant un modèle familial, mais surtout affranchi de toute barrière. « Ma vision du foot n’est pas très proche de celle de la FFF, explique Xavier Blot. L’idée d’un football exclusivement réservé à une classe sociale pauvre ou à la banlieue est une erreur funeste. Je préfère les modèles allemands ou italiens. Houilles est un vrai club à mixité sociale, c’est important. Chez nous en 14 ans, un enfant de cité peut jouer avec le fils d’un pilote de ligne et il n’y a aucun problème. En revanche, le renferment social dans le foot français me pose problème. On ne veut pas donner de leçons, chaque club a sa réalité, mais ça a fonctionné chez nous. Bien sûr on a aussi des difficultés, mais à d’autres niveaux… »

« J’ai honte pour notre voisinage »

À Houilles, les problématiques s’étendent au fur et à mesure des nouvelles inscriptions. « Ce n’est pas parce qu’on a plus de licenciés qu’on a plus d’argent, commente le président. Il y a énormément de frais de fonctionnement avec nos 37 éducateurs, le matériel, etc… À l’arrivée, on est très juste au niveau des finances. Nous n’avons pas de subvention de la ville à titre social, l’autofinancement est donc très important chez nous. C’est un modèle rare. Le financement public ne dépasse pas 10% de notre budget, alors que dans certains clubs c’est 50%, voire plus ! »

Et, avec seulement deux terrains pour les entraînements et deux terrains pour les matches, le club du 78 se trouve de plus en plus à l’étroit avec ses près de 1300 licenciés. Mais, plus que des terrains supplémentaires, le HAC espère voir son complexe rénové prochainement. « Les installations ? C’est l’une des grosses priorités. Le stade, l’accueil, le nombre de vestiaires, le parking : tout est à revoir car tout est saturé chez nous ! J’ai honte pour notre voisinage qui le mardi et le samedi est obligé de se garer à plus d’un kilomètre tellement il y a de monde. Quand on reçoit 250-300 débutants, ça commence à être un peu serré… L’une des grandes questions est : est-ce qu’on passe l’honneur en synthétique pour faire plus de créneaux ? Quoi qu’il en soit, un chantier pharaonique nous attend… »

Autant de questions qui deviennent de plus en plus pressantes à l’heure où le nombre d’adhérents ovillois pourrait encore augmenter dans les années à venir… « Un club voisin vient de voir plusieurs de ses équipes fermer, un autre a perdu l’un de ses deux terrains, alors on s’attend à plus !, explique Xavier Blot. L’équation est simple : on pourrait dépasser la barre des 1500 prochainement. »

« Avec le PSG, on a un regard bienveillant l’un sur l’autre »

Alors que de plus en plus de clubs amateurs de la région parisienne s’associent à des clubs professionnels, le Houilles Athlétic Club n’a pour le moment pas trouvé chaussure à son pied. « Ce qu’on nous a proposé ne nous a pas vraiment enchantés, lance le patron du HAC. On aimerait d’autres échanges que faire partir nos meilleurs jeunes contre des places VIP pour un match… En revanche,  on a depuis 2-3 ans des accords à l’amiable avec le Paris Saint-Germain. On a par exemple organisé leurs détections U11-U12 sur nos installations. On a un regard bienveillant l’un sur l’autre, mais pas de contrat ferme. »

Et, si le club du 78 n’a pas encore sorti de sa formation un grand nom à résonance nationale, ou internationale, cela ne pourrait être qu’une question de temps. « Le niveau va s’élever, nous avons actuellement de très bons jeunes en école de foot. L’espoir et qu’ils restent pour faire grimper nos équipes U14, U16 et U18 (Ndlr : respectivement à ce jour en R3, D1 et R2). On a actuellement de très bonnes générations de 8 à 14 ans. » Dernièrement, Noah Boutin (2003), qui est passé par Houilles, a signé à Bournemouth. Wilfried Domoraud, lui aussi un ancien de la maison qui a  joué à Arles-Avignon également, mène une carrière professionnelle à l’étranger (Angleterre, Autriche, Danemark, Malte).

Au club, une réflexion se pose également sur les séniors Régional 2. Forts de leur 32ème de finale de Coupe de France en 2018 contre Concarneau, les Yvelinois pourraient aspirer à évoluer plus haut. « La question est en suspens, commente Xavier Blot. Est-ce qu’on décide de s’arrêter-là ou bien de franchir le pas ? C’est une question importante de budget et de terrain. On sait en tout cas qu’on jouerait devant énormément de monde : 300-400 personnes environ. Sur certains matches U14, il nous arrive de faire 400 secateurs, mais la problématique reste toujours la même : il va falloir rajouter du budget et des bénévoles… »

Crédit Photo : Houilles AC