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Jean-Michel Badiane : « Le président Ferracci avait trouvé ma démarche assez étonnante »

13/08/2020 à 17:16

Rencontre avec Jean-Michel Badiane (37 ans), l'ancien défenseur du PSG, du CS Sedan Ardennes, du Paris FC ou encore de l'AS Neauville-sur-Oise. Le natif de la capitale, comptant 7 sélections avec les Espoirs, revient sur son parcours et sa reconversion.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Elle aurait pu être toute autre si je n’avais pas connu autant de blessures. Surtout une blessure qui m’a handicapé tout au long de mon parcours. Néanmoins, je suis aussi reconnaissant car quand je discute avec certains, ce n’est pas le cas de tout le monde d’avoir connu un grand club, des entraîneurs qui comptent mais aussi de très grands joueurs avec qui j’ai joué ou je me suis entraîné. J’aurais voulu que ma carrière soit plus longue en termes de longévité (il a terminé sa carrière au PFC à 30 ans, en 2013, NDLR). Je ne peux pas avoir de regrets sur la notion de travail, sur l’ambition que j’avais et le fait d’avoir respecté ce maillot. Je suis Parisien et né à Paris. Supporter du Paris Saint-Germain, formé au PSG… Alors jouer pour l’équipe première, c’était un objectif non pas personnel mais familial !

Quels souvenirs gardez-vous justement de votre passage au PSG de 1994 à 2006 ?

Un très bon souvenir. Je suis l’un des rares joueurs formés au club qui ait joué pour l’équipe première et qui ait tout connu. Je suis arrivé à l’âge de 8 ans et demi et j’en suis reparti à presque 24 ! J’ai connu les catégories U11, U13, U15 les dernières équipes où il fallait s’accrocher. Tout n’a pas été simple. Quand je reviens au club, ce qui n’arrive pas souvent car mes activités professionnelles m’occupent beaucoup, je suis très bien reçu. Et cela veut dire que je me suis toujours très bien comporté avec ce maillot sur les épaules.

Un mot sur votre premier match de Ligue 1 contre Toulouse ?

Cela faisait deux ans que je m’entraînais tous les jours avec les pros. Que ce soit sous Philippe Bergeroo ou Luis Fernandez, je m’entraînais très régulièrement avec l’équipe première. C’est venu tout naturellement dans le sens où j’ai eu une discussion avec Vahid Halilhodžić en début de saison qui me demandait ce que je voulais faire, si je voulais être prêté car il entendait des bruits comme quoi on me conseillait de quitter le club. Je lui ai dit que les deux personnes les plus importantes pour prendre la décision c’était lui et moi. De mon côté, ma décision était claire : rester au club pour profiter de cette expérience pendant au moins six mois et après on ferait un point. Il était d’accord avec moi et il m’a dit que j’aurais ma chance. Il a tenu parole. C’est arrivé très vite et avec la conjoncture de blessures, je débute à Toulouse. Ce n’était pas une grande période pour nous collectivement mais j’étais très content de débuter en Ligue 1. C’est une première étape qui doit en appeler d’autres. En plus, j’avais quelques amis en face à Toulouse. Ce fut un clin d’œil sympa pour mon premier match.

Et votre première rencontre de Ligue des Champions contre le CSKA Moscou ?

La force de Vahid était de tout rationaliser. Il me demandait comment je me sentais. J’allais bien et j’étais prêt à jouer et à me mettre au niveau. Du côté de Moscou, c’est un match où je me suis plutôt montré à mon avantage. C’était aussi le but d’envoyer un message au vestiaire et au staff qu’ils pouvaient compter sur moi. Pas dans une position de titulaire car on me l’a jamais promis mais j’étais là !

Et que retenez-vous de votre passage à Sedan (2006-2009) ?

L’ambition est totalement différente. Je suis passé d’un PSG avec beaucoup d’exigence à un autre club où on ne voit pas les choses de la même façon. Il a fallu aussi s’adapter. Je ne peux pas garder de très bons souvenirs de Sedan même si j’ai continué à jouer en Ligue 1 car cela se résume à une histoire de personnes. Il y a eu une incompatibilité avec certaines personnes là-bas. Pas avec les joueurs car, notamment en Ligue 1, il y avait un très bon groupe et une très belle ambiance, mais avec la direction : le président, le directeur sportif de l’époque… Les relations n’étaient pas bonnes du tout. J’ai un gros regret d’être parti là-bas. Je sors du championnat d’Europe avec les Espoirs en 2006 et il y a pas mal de clubs où les contacts sont avancés et je prends des renseignements sur le club, le système tactique du coach… Mais l’offre de Sedan arrive et elle convient au PSG, c’est le seul club où je n’ai pas pris de renseignement. Tous ces paramètres il faut les valider avant de signer.

Et au Paris FC de 2011 à 2013 ?

J’y suis arrivé dans une tout autre dynamique. J’y vais car j’ai beaucoup d’amis là-bas qui y jouent. C’est un retour à Paris et je sors de deux saisons sans club. Je propose au Président Pierre Ferracci pour la première saison de jouer gratuitement. J’estimais ne pas être là pour voler qui que ce soit. Si après la saison, moi et le club estimions que mon apport correspondait à nos espérances alors on ferait un contrat et dans le cas contraire, je m’en irais. Le président a trouvé ma démarche assez étonnante car c’était la première fois qu’un ancien joueur de Ligue 1 et de Ligue 2 lui proposait de venir jouer gratuitement. J’ai passé une saison en jouant et en ne percevant rien jusqu’à ma rupture du tendon d’Achille. Le temps que je revienne on était en septembre et le président a tenu sa parole et je me suis engagé contractuellement avec eux. Mon passage au Paris FC reste une très belle expérience malgré ma blessure. J’avais une très bonne relation avec le président Ferracci.

Comment s’est amorcée votre reconversion ?

Paradoxalement, j’ai eu beaucoup de propositions après le Paris FC, principalement des championnats exotiques. Même si j’aime bien le côté voyage, je voulais devenir entraîneur et j’en ai profité pour voyager et voir comment on voyait le foot dans le monde. Je suis allé en Asie et en Afrique, mais aussi en Angleterre, en Belgique ou en Espagne. Même quand je jouais, je me voyais déjà dans l’après-football. J’ai beaucoup conversé avec des entraîneurs et des directeurs sportifs pour avoir un maximum de bagages. J’ai été consultant pendant 4 saisons sur RMC Sport. J’ai mis fin à ma mission il y a quelques semaines. Nous n’avons pas trouvé d’accord pour une possible suite. Je voulais me rapprocher très vite de ce que je veux faire à terme, à savoir entraîner dans un club professionnel. Contribuer à une ambition c’est important pour moi. Je gère également une société de conseils qui me prend beaucoup de temps.

Propos recueillis par Julien Guibet.