InterviewNational 3

Julien Gout (Blanc-Mesnil) : « A défaut de gagner des matchs, nous avons gagné des joueurs »

31/03/2021 à 10:41

On poursuit aujourd’hui notre rubrique un jour-un club avec non pas un entraîneur mais le Directeur technique du Blanc-Mesnil SF, Julien Gout. Avec lui, nous allons passer en revue tous les sujets qui touchent de près ou de loin les clubs amateurs en cette saison si particulière.

Julien Gout, quelle est votre opinion sur l’annonce de la saison blanche ?

Au-delà de la décision de déclarer une saison blanche en N3, on a été très attentif sur la déclaration de la saison blanche pour la totalité de nos effectifs, notamment l’ensemble des catégories de jeunes. Il n’y a pas eu plus de réactions et d’émotions que ça dans le sens où c’est totalement logique après cinq mois où les compétitions et les matchs amicaux étaient interdits. C’était impossible de reprendre sur une compétition qui aurait été très intense avec des enjeux monstrueux sur très peu de matchs, que ce soit en N3 ou dans toutes les catégories. Il y aurait eu un réel risque pour les joueurs.

Seriez-vous partant pour approfondir les compétitions amicales ?

Nous y sommes favorables bien sûr. Celui qui est sur le terrain, c’est un joueur de foot et par définition il aime s’entraîner mais il aime surtout jouer. C’est important d’avoir ce type de compétitions amicales, de rencontres entre différents clubs. D’ailleurs, ce que l’on aurait souhaité, et c’est l’idée qui avait émergé lors de réunions avec les clubs de N3 et R1 Ile de France, c’était de pouvoir faire les matchs prévus dans le calendrier sans toutefois tenir compte des classements finaux, lorsque l’on aurait pu rejouer bien entendu.

Comment votre club dans son ensemble s’est adapté à cette saison 2020-21 ?

Pour nos jeunes, nous n’avons jamais complètement coupé grâce aux sections sportives scolaires qui ont permis à nos catégories U12 à U18, de s’entraîner tout au long de la saison 3 à 4 fois par semaine, et ce malgré le couvre feu vu que les entraînements sont en journée. En seniors on a coupé un mois et demi, de fin octobre au 15 décembre et puis on a pu reprendre 3 séances par semaine le mercredi en journée et le week-end, à chaque fois en journée. Mais pour être honnête, chez nous, au Blanc-Mesnil, on a fait le constat, collectivement, au niveau du club que cette année, certes difficile, nous a permis d’apprendre à voir les choses autrement et on est tous d’accord pour dire qu’à défaut de gagner des matchs, on a gagné des joueurs.

Comme ce n’était pas un contexte de compétition, on s’est entraîné avec d’autres préoccupations, plus centrées sur les progrès du joueur, on a plus pris le temps avec certains joueurs, que ce soit en pré-formation et en formation, voire même en post-formation. On n’a pas pu se comparer à d’autres équipes mais on a comparé nos joueurs et nos équipes entre elles à différents moments de la saison. Cela a été une compétition avec nous-mêmes, en prenant le temps de vraiment travailler. Nous avons en réalité gagné du temps et des joueurs pour nos équipes seniors à l’avenir, j’en suis persuadé.

Vous avez donc profité de cette situation au final ?

Nous avons essayé. Au niveau du club, on a eu la chance d’avoir 2 éducateurs sur la formation BEF et deux éducateurs sur la formation BMF, en plus de moi au niveau DESJEPS. Ces personnes là étaient répartis entre la Préformation et les Seniors. C’était vraiment une chance d’avoir autant d’éducateurs en même temps sur le cursus qu’on fait de formation et de pouvoir ainsi travailler via des réunions régulières sur le contenu de ce qu’on proposait. Cela a été une grande richesse pour nous d’avoir le temps d’échanger.

« Les entraînements de 18h à 20h, pas le meilleur moment pour apprendre »Julien Gout

Pouvez-vous nous parler de l’importance d’avoir une section sportive ?

Pour nous, c’est un outil très intéressant. Nous constatons que finalement lorsque l’on regarde l’organisation des centres de formation, il n’y a personne qui s’entraîne de 18h à 20h. Ce n’est pas le meilleur moment pour apprendre. Par exemple, on sait qu’avec l’excitation corporelle, on ne va pas dormir avant 23h-minuit et le temps de sommeil est important. De plus, après une journée de travail, le jeune joueur est fatigué.

Dans le cadre de la réflexion du Projet Club, le constat que nous avons fait est que sur la totalité des sections sportives Lycée – Jean Leroy , 88% ont des clubs partenaires dans des équipes évoluant au minimum au niveau national. Ce sont par conséquent des structures qui doivent permettre de sortir des joueurs de niveau N2, N3.

Comment créer un tel partenariat ?

A la base, c’est nous qui avons fait la démarche de chercher un partenaire. Au départ c’est vraiment la rencontre entre un club et un établissement scolaire autour d’un projet sportif et pédagogique commun. Ensuite, nous sommes soutenus par la FFF et la Ligue Paris Ile de France.

Plus généralement, quel regard portez-vous sur le foot amateur dans son ensemble ?

Je crois que le foot amateur est en difficulté parce qu’il fonctionne de la même façon que le football professionnel. On peut se demander pourquoi a-t-il perdu des licenciés cette saison, car au final, si on regarde réellement, les enfants, dans le cadre des clubs, n’ont été privés de football en réalité que sur un mois, celui de novembre qui est un mois d’hiver par ailleurs. Ce n’est donc pas si important que ça.

Par contre, ce qui s’est arrêté, ce sont les compétitions. Moi ce qui m’interpelle, c’est qu’on puisse dire que puisqu’elles se sont arrêtées, on serait en difficulté financièrement. Ça veut dire que ce qui intéresse les financeurs, ce sont les compétitions. Hors, à mon sens, ce sont les projets qui doivent les intéresser, mais pour que cela arrive, il faut que les clubs amateurs cessent de mettre en avant leur résultats en compétitions et commencent à travailler sur des projets. Cela doit nous servir de leçon.

« Blanc-Mesnil va faire un geste pour le renouvellement des licences »Julien Gout

Avez-vous constaté une baisse de licenciés dans votre club et est-ce qu’un remboursement des licences est à l’étude ?

En ce qui concerne la baisse des licenciés, honnêtement non. Quant au remboursement, nous avons eu un comité directeur là-dessus et notre position est très claire. On va faire un geste pour le renouvellement des licences de la saison prochaine mais c’est uniquement le fait d’une prise en compte de la crise économique qui nous attend, et encore plus particulièrement dans notre département qui va être très touché. Par ailleurs, suite au mois de coupure sur les jeunes en novembre, le club a ajouté un équipement (coupe vent) qui n’était pas prévu au moment où l’enfant a pris sa licence.

Avez-vous déjà une réflexion sur les tournois de fin d’année ?

Tout ce qui sera autorisé d’ici à la fin de l’année, nous souhaitons y participer. Chez nous, a lieu chaque année au mois de juin, la Yanis Cup et l’on aimerait la réaliser, surtout que nous n’avons pas pu organiser notre autre temps fort de la saison, la BMSF Futsal Cup en février. Mais ce qui est important à dire c’est qu’aujourd’hui les tournois se réalisent également grâce aux partenaires et aux soutiens financiers, ce qui nécessite en amont une organisation très importante en terme de logistique. On a d’ores et déjà tiré un trait dessus par rapport au même format que les années précédentes. Par contre, on n’est pas contre organiser un événement à plus petite échelle, afin de revenir un petit peu à la vie d’avant.

Par la suite, pourquoi ne pas faire un stage sur les deux premières semaines de juillet, à l’image de ce que l’on a fait à l’automne, qui a eu un grand succès, où l’on alternait les temps de football, futsal et jeu de société. Mais il ne faut pas cacher que cette situation, qui dure depuis un an maintenant, a été compliquée pour tout le monde et que si les gens ont la possibilité de s’évader un petit peu cet été et de couper, cela sera une bonne chose.

« Notre club est autant masculin que féminin »Julien Gout

Quel regard portez-vous sur le football féminin ?

C’est un football encore en construction. Au Blanc-Mesnil, on est entrain de passer un cap. On a redémarré de zéro il y a 3 ans. Il y a une part de licenciées qui est importante et nous commençons à organiser tout ça de la même façon que la section masculine. Un travail basé sur la formation, avec des équipes élites. D’ailleurs, la semaine dernière nous avons effectué des détections avec 50 candidates collégiennes et 50 candidates lycéennes pour la section sport-étude. Notre club est autant masculin que féminin, le football aussi et c’est important que ça le devienne de plus en plus.

Je vous laisse le mot de la fin.

Tout d’abord, je voudrais vous remercier de prendre l’avis des clubs amateurs et de nous donner la parole. Sinon, plus généralement, j’aimerais souhaiter à tous que la situation redevienne plus exploitable pour nous en termes d’organisation d’évènements et qu’on puisse se retrouver et se recroiser bientôt sur les terrains parce que c’est vrai que nos adversaires nous manquent. On est adversaire d’un jour mais en réalité on est tous des partenaires.

Propos recueillis par Reynald Trunsard