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Mickaël Bertansetti, l’homme orchestre de Linas-Montlhéry

06/12/2019 à 12:22

Dernier représentant de l’Essonne en Coupe de France, Linas-Montlhéry (R1) va disputer, dimanche à domicile contre Evreux (N3), le premier 8e tour de son histoire. Une consécration pour son dirigeant multicarte et fidèle à ses couleurs depuis 35 ans.

Jardinier le matin, entraîneur l’après-midi et président le soir ! Guy Roux peut aller se rhabiller. Question omniprésence et dévouement, Mickaël Bertansetti fait plus fort que l’ancien gourou de l’AJ Auxerre. A 42 ans et depuis sa première licence signée à 7 ans, il a tout connu avec l’Entente Sportive et Athlétique de Linas-Montlhéry. Joueur, capitaine, éducateur (chez les jeunes), entraîneur-joueur (avec les séniors), président (depuis 2015) et enfin président-co-entraîneur de l’équipe première cette saison (un nouveau concept !), Mickaël a coiffé toutes les casquettes possibles au sein du club essonnien.

« Juste une histoire de passion, sans calcul »

Egalement gardien du stade Paul-Desgouillons de Montlhéry, théâtre de ce 8e tour, c’est même lui qui tond la pelouse ! Salarié de la mairie depuis 2004 et bénéficiant (avec son épouse et leurs quatre enfants) d’un logement de fonction situé dans l’enceinte sportive, « Micka » respire football 24 heures sur 24 et ne regrette pas d’avoir lâché son travail de nuit à la Poste. A quoi donc carbure cet ancien milieu offensif qui n’a jamais quitté son fief malgré de nombreuses sollicitations ? « C’est juste une histoire de passion et sans calcul, répond-il. Je ne fais pas ça pour la gloriole, mais par amour. Pour faire évoluer un club, il faut l’aimer. » Une formidable déclaration d’amour d’un dirigeant pour un club qui lui a tout donné et inversement. Mickaël Bertansetti ne l’avouera pas, mais si l’ESA Linas-Montlhéry est à 90 minutes (ou 120 !) d’un 32e de finale de Coupe de France historique et d’un immense bonheur, elle le lui doit beaucoup.

Retour sur cette folle complicité. Encore joueur, l’envie d’entraîner titille déjà Mickaël. Il va se faire les dents avec les jeunes et pige vite que la progression du club passera forcément par la formation. Son principal fait d’arme ? La montée au niveau national de l’équipe U14. C’est l’époque où Nordine Baaroun (son compagnon de route) et lui prospectent dans les cités de l’Essonne à la recherche de pépites. « Les gamins qui signaient, on allait les récupérer chez eux pour les emmener à l’entraînement, se souvient Mickaël. Certains dormaient parfois même chez nous. On a donné beaucoup de notre temps et de notre argent. » Le recrutement s’opère notamment à Grigny, dans le quartier de la Grande Borne, mais aussi à Epinay-sous-Sénart.

Bonne pioche ! Plusieurs garçons, passés par Montlhéry, sont ainsi devenus pros : William Rémy (Légia de Varsovie, Pologne), Yoane Wissa (Lorient), Paul Bernardoni (Nîmes), Chris Gadi (Petrojet FC, Egypte) et bien sûr Tanguy Ndombélé (Tottenham). Le gros transfert de ce dernier de Lyon en Angleterre (60 M€ + 10 M€ de bonus) va ainsi faire entrer 300 000€ (lissés sur 5 ans, soit 50 000€ versés chaque année) dans les caisses du club. « Notre budget va être plus confortable et on va pouvoir investir », indique Bertansetti. Mais l’argent n’est pas une obsession. Ce qui l’intéresse, c’est de voir son club continuer à progresser dans la hiérarchie régionale: « On a longtemps végété en PH, mais après trois montées, on obtient aujourd’hui une forme de reconnaissance. La Coupe de France est une étape de plus. » Mais à l’écouter, accéder au National 3 n’est pas un objectif déclaré, malgré une actuelle première place en championnat (à égalité avec l’Espérance Aulnaysienne) : «J ouer en Régional 1, c’est déjà bien. » Cette réussite, il la partage avec Stéphane Cabrelli, de retour sur le banc des séniors après un intermède chez les jeunes. Un ticket gagnant. « Entre nous, il n’y a aucune concurrence, précise le président-entraîneur. Stéph, c’est plus qu’un coach, c’est un ami. Tout se fait naturellement. »

« Ils auraient aimé être là »

Dimanche, Linas-Montlhéry peut donc basculer dans une autre dimension. Mickaël Bertansetti en est conscient et compte sur ses joueurs pour y parvenir : « Ils possèdent des valeurs morales et du caractère. Je suis surpris qu’on parvienne à concilier coupe et championnat. Mais je ne vais pas faire de langue de bois. On a vraiment à cœur de passer. Après avoir gagné chez une équipe de National 3 (3-2 contre La Flèche), il n’y a pas de raison de ne pas éliminer une autre N3 chez nous. Mais je veux surtout que la fête soit belle et que nous donnions une image positive du club. » Au coup d’envoi, il aura également une pensée pour deux figures emblématiques du club, aujourd’hui disparues : son oncle (par alliance) Augusto Correia et Jean-Pierre Delaforterie. « Ils auraient aimé être là », avoue-t-il.

L’engouement est tel dans les deux communes (Linas et Montlhéry) que les 450 places de la tribune d’honneur sont en passe d’être vendues. Au total, le club attend 1 500 spectateurs. « On vit un petit rêve, confie Bertansetti. En ville, les commerçants ne parlent que de ce match. Ce parcours donne vraiment un coup de projecteur au club. Je remercie la Ligue de Paris qui nous a aidés à préparer ce match et le maire de Montlhéry qui a compris que le foot pouvait être un vrai facteur social. » Une municipalité qui va offrir un beau cadeau au club en 2020. L’herbe fatiguée du terrain d’honneur se prépare, en effet, à laisser la place à une pelouse synthétique dernier cri. C’est Mickaël Bertansetti, cet étonnant président-jardinier, qui va être content…

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