Interview

Mickaël Citony : « Le monde professionnel est plus respectueux que le monde amateur »

10/07/2020 à 12:02

Mickaël Citony (39 ans) compte 121 matchs de Ligue 2 à son actif avec Cannes, Laval ou encore Créteil. Le natif de Villiers-le-Bel a aussi joué 9 rencontres en Ligue 1, notamment du côté de Rennes. L'ancien attaquant, champion de France de L2 avec Saint-Etienne en 2004 et finaliste de la Coupe de France en 2005 sous les couleurs de Sedan, revient sur son parcours et sa reconversion pour Actufoot !

Mickaël, quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Je pense comme tout le monde qu’il y a des côtés positifs et des côtés négatifs. Mais, dans l’ensemble, j’aurais pu et j’aurais dû faire mieux. Cependant, je n’ai aucun regret car à la base mon objectif était de connaître le monde professionnel et j’ai réussi pendant plusieurs années. J’ai été pro de 1998 à 2008 jusqu’à mon expérience en Belgique au FC Brussels. Après, ce sont surtout des choix de carrière et avoir de la chance également. Faire les bons choix. J’ai plus été dégoûté par la fin de ma carrière. Je pense que je n’aurais pas dû mettre les pieds dans le monde amateur. J’aurais dû rester en Ligue 1 ou en Ligue 2, et ne pas partir dans ces championnats comme le National ou le CFA. On ne peut pas le savoir à l’avance. Mon plus grand regret, c’est d’être descendu de niveau.

Avez-vous un regret sur votre passage au Stade Rennais ?

Oui et non. Oui, car si j’avais été plus patient et attendu mon tour bien gentiment, je pense que j’aurais pu m’imposer un peu plus. Et, non, car à l’époque où j’étais au Stade Rennais, il n’y avait que des grands joueurs dans le secteur offensif. J’ai plus eu la chance de côtoyer de très grands joueurs. J’aurais pu dans les premières années être un peu plus sérieux. Je dois avouer que j’étais un peu jeune, un peu immature et je ne comprenais pas la chose de la même façon qu’aujourd’hui.

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l’US Créteil lors de la saison 2005-2006 ?

Créteil c’était un club assez spécial parce qu’il était en région parisienne. L’année où j’y ai joué a été la meilleure saison du club en Ligue 2 : on termine 8e. À l’époque, j’étais parti là-bas pour essayer de monter en Ligue 1 parce que je n’avais pas de club. Des mauvais choix et je me suis retrouvé sur le carreau… Cela a été une bonne expérience quand même.

Vous avez joué à l’étranger (Belgique, Suisse et Maroc), était-ce une volonté de découvrir d’autres championnats ?

J’aurais dû partir plus tôt à l’étranger et arrêter de m’accrocher à tout prix à l’idée d’exister en Ligue 1. Après, je ne sais pas quel pays aurait pu me convenir. Quand je suis arrivé en Belgique au FC Brussels, j’avais de bonnes stats avec 3 buts inscrits en 5 matches et des passes décisives. Des clubs comme Anderlecht ou le Standard de Liège étaient sur moi. Cela faisait des années que l’on me voyait en Ligue 1 et en Ligue 2, j’étais champion de France avec l’ASSE et pourtant aller jouer en Ligue 1 c’était compliqué. Au-delà de jouer à l’étranger, c’est une bonne solution pour un jeune ou moins jeune qui n’a pas la chance de jouer à un niveau où il doit être. Une carrière se joue à de petits détails comme celui-là.

Quels souvenirs gardez-vous du monde amateur où vous avez évolué au Pontet, à Chambly, mais aussi en D3 belge…

J’ai connu de gros pépins physiques durant ma carrière à un mauvais moment. Je me suis retrouvé sur le carreau et il fallait prendre une décision : jouer plus bas ou bien arrêter tout simplement. Je suis allé en National, à l’AS Beauvais, car j’avais des contacts et des amis dans ce championnat. L’entraîneur de l’équipe à cette époque est la première personne qui m’a dégoûté du National. Il m’avait dit que ma carrière était terminée avec mes blessures. Cela m’a fait très mal. J’ai pu rejouer au foot après en étant suivi par le médecin de l’équipe de France que je connaissais depuis très jeune. Il m’a soigné et m’a dit que j’allais pouvoir rejouer. Beauvais a essayé de me faire partir, ma femme était enceinte de sept mois et je n’avais pas joué de l’année.

Qu’avez-vous fait ?

Je ne pouvais rester sur cet épisode. Serge Romano que j’ai côtoyé à Sedan, un super entraîneur et un homme très humain, avait pris en charge l’équipe de Gueugnon et il m’a tendu la main. Il voulait me refaire jouer. J’ai fait 9 matches. C’était compliqué parce que je n’étais pas à 100%, mais cela a été une bonne expérience car j’ai pu rejouer tout simplement.

Et quelle a été la suite ?

Après le dépôt de bilan du club, je suis parti à Liège en 3ème division belge. Cela a été une bonne expérience aussi. C’est une division très médiatisée. Le week-end, je jouais devant 5000 personnes. Je voulais alors revenir en France et regarder vers l’avenir vers les clubs de niveau CFA. Au Pontet, j’ai fait une saison assez correcte et j’ai marqué pas mal de buts (5 en 22 matches de CFA). Je ne pouvais plus trop rebondir par rapport à mon âge, alors je suis allé pas loin de la maison : j’ai signé à Chambly (CFA). Je tiens à féliciter le président Luzi pour tout ce qu’il a fait.

Que faites-vous actuellement et comment s’est déroulée votre reconversion ?

À la base, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur. J’ai connu le milieu amateur et j’ai rencontré des coachs qui pour moi n’auraient pas dû l’être. Certains ne connaissaient rien au football. C’est aussi ce qui m’a dégoûté. Mais, malheureusement, ce sont eux qui ont les clefs. À Valois Multien, par exemple, le club n’avait aucun projet pour moi qui comptait entraîner après avoir joué au club. J’ai prévenu le président et je suis parti. Je suis déçu du monde amateur. Le monde professionnel est plus respectueux que le monde amateur. Pourtant, je pensais le contraire. Aujourd’hui, je suis à la recherche de pleins de projets. Si je retourne en amateur, ça ne sera qu’avec des gens que je connais, des anciens pros qui ont la même logique. Au niveau professionnel, j’ai monté une société de transports il y a 4 ans « Prestige Cito », avec laquelle tout se passe bien. Je n’étais pas destiné à aller dans ce domaine, mais par rapport à tout ce que j’ai vécu, je me suis débrouillé tout seul. J’avais un peu d’argent, des connaissances qui m’ont proposé des projets et je me suis lancé. Avec la crise sanitaire c’est un peu difficile, je ne sais pas comment cela va repartir. Mais depuis quatre ans, je vis bien mais je suis un peu malheureux… Je ne fais plus partie du foot actuellement. Il me manque quelque chose.

Propos recueillis par Nicolas Cotten.

Crédit Photo : Emmanuel Arnaud / US Le Pontet