Entretien

Nicolas Maurice-Belay : « Je ne m’attendais pas à finir comme ça »

21/02/2020 à 16:45

À 34 ans, Nicolas Maurice-Belay a officiellement mis un point final à sa carrière de footballeur en octobre dernier. Pour Actufoot, l'ancien ailier de l'AS Monaco et des Girondins de Bordeaux, qui a porté les couleurs de Bergerac la saison passée en National 2, se livre sans concessions sur son parcours. Entretien !

Nicolas, pourquoi avoir pris la décision de raccrocher les crampons ?

Pour plusieurs raisons… Au départ, j’ai voulu effectuer un « come back » (Ndlr : après la fin de son contrat à Bordeaux en 2017 et des problèmes récurrents à un genou). Il s’est avéré que j’ai eu difficilement des offres. J’en ai eu une du Red Star en 2017-2018, mais je n’ai pas pu y répondre favorablement car je n’étais pas prêt physiquement. Après, le temps n’a pas joué en ma faveur et je n’ai pas pu jouer avec eux. Derrière, j’ai eu du mal à trouver un club de mon standing.

« Une usure mentale et physique »

Mais pourquoi l’arrêt ?

C’était une usure mentale et physique. J’ai cravaché pour revenir. Je pensais que le fait d’avoir joué 12 ans en Ligue 1 allait me permettre de trouver un club malgré mon inactivité liée à ma blessure. Il s’est avéré que cela a été tout le contraire. J’ai voulu revenir pendant les 6 mois à Bergerac (en National 2, 9 matches) pour retrouver des sensations. Mais, n’ayant pas de meilleures propositions, j’ai préféré raccrocher !

Que gardez-vous de votre expérience à Bergerac ?

De très bons souvenirs. Je connaissais déjà du monde là-bas, dont Clément Badin avec qui j’ai joué chez les Girondins de Bordeaux. Ça s’est très bien passé dès le début. Je pense que je suis quelqu’un de facile à vivre dans un vestiaire et mes coéquipiers étaient aussi des personnes faciles à vivre. Ça s’est fait naturellement. J’ai passé un bon moment avec eux, ce sont des personnes incroyables.

En tant qu’ancien joueur professionnel, le marquage était-il plus « rugueux » sur vous en N2 ?

Non pas du tout. Il y avait même parfois des sourires… Je pense qu’ils me trouvaient sympathique d’une certaine manière. Je ne suis pas le genre de mec qui redescend de 2-3 niveaux pour montrer des intentions prétentieuses. Ça a dû jouer dans le comportement défensif de l’adversaire.

Quel est votre avis sur le niveau du National 2 ?

C’était un bon niveau. On voit que les équipes de National s’entraînent plus que par le passé. Physiquement, les joueurs sont prêts. Ce n’est pas la même intensité que la Ligue 1, mais c’est très difficile car il y a des défenses serrées. Ce n’est pas forcément évident.

« Sur le terrain, il n’y a plus trop de différences »

On a vu encore beaucoup de surprises cette saison en Coupe de France. Le niveau entre le monde pro et le N2/N3 s’est-il resserré d’après-vous ?

Oui, il s’est resserré pour plusieurs raisons. Aujourd’hui, les clubs de National prennent de plus en plus de jeunes joueurs qui ne sont pas prêts pour jouer au niveau Ligue 1 et Ligue 2.  Sur le terrain, il n’y a plus trop de différences.

En Coupe de France, quand une Ligue 1 rencontre une équipe de National, y a-t-il un excès de confiance ?

Oui, inconsciemment… Certains vont vous dire que c’est une faute professionnelle, mais c’est plus humain qu’autre chose. Vous n’aurez jamais la même envie contre le PSG que contre Pau ou d’autres équipes. Dans ce genre de match, le coach de l’équipe de niveau National n’a même pas besoin de faire de causerie.

Revenons à vos débuts à Boissy-Saint-Léger, puis à Créteil. Quels en sont vos souvenirs ?

C’est à Créteil que l’on m’a appris à jouer dès le plus jeune âge , à 5-6 ans. On m’a donné de très bonnes bases et ça m’a aidé tout au long de ma carrière, en passant ensuite par l’INF Clairefontaine et l’AS Monaco. D’avoir des éducateurs aussi compétents que les miens à Créteil à l’époque, je crois que ce n’est pas donné à tout le monde et ça a été très très grande chance pour moi !

À l’INF Clairefontaine, est-ce à ce moment-là que vous avez voulu devenir pro ?

Je ne sais pas si ça a été un déclic, mais au moment où j’ai fait les détections du Val-de-Marne, qui vous amènent ensuite à faire les tests pour Clairefontaine, a été important. Monaco est venu me superviser et j’ai signé à l’ASM avant d’aller à Clairefontaine. À ce moment-là, j’étais dans un objectif différent.

Comment avez-vous géré cette décision de partir à Monaco ?

Mon père croyait beaucoup en moi, mes parents m’ont beaucoup suivi dès le plus jeune âge. Quand l’opportunité s’est présentée et que le club m’a porté un intérêt, on a signé rapidement. Le football n’était pas démocratisé comme maintenant. On ne savait que très peu de choses du monde professionnel surtout lorsque l’on vient des banlieues. On était en terrain inconnu et une opportunité comme celle de l’ASM ne pouvait pas se refuser.

Qu’avez-vous ressenti au moment d’intégrer le centre de formation de l’AS Monaco ?

J’y ai signé avant d’aller à Clairefontaine et je savais que je devais d’abord finir mon cursus à l’INF pour rejoindre Monaco. Je me rappelle du mois de juillet où je me suis déplacé sur le Rocher pour faire connaissances. J’ai commencé à créer des liens au fur et à mesure et lorsque je suis arrivé en Principauté, l’adaptation n’a pas été facile, mais j’ai été très bien accueilli.

« Le traumatisme a été long »

Un moment à part dans votre carrière ?

Oui, c’était un moment à part car j’ai quitté l’INF après 3 années là-bas. On vivait ensemble dans le même bâtiment. Le fait de les quitter a été compliqué car je quittais aussi la région parisienne. Le traumatisme a été long, ça n’a pas été évident. Une fois cette période digérée, tout a roulé.

Sur cette période d’adaption qui vous a accompagné ?

De l’aide, on en a toujours forcément. J’étais assez mature dans ce que je faisais. Je savais pourquoi j’étais venu au centre de formation de Monaco. Je n’allais pas forcément m’égarer. Après, il y a toujours des périodes de doutes car parfois on va enchaîner des mauvais matches ou entraînements. Il y a une gestion différente en centre de formation : tu es là pour progresser, avoir un certain niveau de jeu. Dès que tu as un moment de doute, tu te rattaches à tes proches, à tous ceux qui croient en toi pour te rebooster.

Après votre premier but avec Sochaux face au PSG à quoi avez-vous pensé ?

« Enfin », car pendant toute ma carrière on m’a reproché de ne pas marquer beaucoup de buts. Quand on parle de stats, tu es toujours content de marquer même si ça n’a jamais été mon délire d’être un buteur. Je m’en rappelle très bien car j’avais marqué du pied droit !

Vous avez remporté la Coupe de France 2013 avec les Girondins de Bordeaux. Est-ce un titre à part ?

Ça a été un moment magique ! C’était une année très difficile pour nous, il y avait la Coupe d’Europe et on a eu du mal de gérer tous les tableaux. Finir la saison par cette victoire sans oublier que Bordeaux avait gagné la Coupe Gambardella aussi en 2013, c’était une très belle journée pour l’Aquitaine et pour tout le club.

Que retenez-vous de ces expériences ?

Chaque club avait ses caractéristiques. Autour de Monaco et de Bordeaux, il y avait une ferveur et une pression pour leur passé historique. Sochaux aussi, mais pour d’autres raisons. À Sedan, malgré la descente, j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer car il y avait beaucoup de jeu offensif. La différence se fait dans les objectifs…

Avez-vous eu des contacts avec l’étranger ?

Oui, j’en ai eu en Turquie, en Allemagne et en Suisse (Bâle). Il y a eu des opportunités, mais les conditions n’étaient pas réunies donc je ne voulais pas prendre trop de risques. Mais c’est un regret de ne pas avoir goûté à l’étranger.

« Je ne sais pas si le joueur français moyen a les capacités pour jouer tous les 3 jours »

Vous avez connu la Coupe d’Europe en 2006 avec Monaco. Pourquoi les équipes françaises ont du mal à aller loin d’après-vous ?

Je pense que les clubs français ne se mettent pas dans les meilleures conditions pour aborder ces compétitions. Le championnat, notre gagne-pain, est le principal objectif d’une saison. Pour la Coupe d’Europe, c’est très rare d’aller au bout. On peut comprendre la question des médias et des supporteurs sur le choix des clubs de ne pas jouer à fond cette compétition. Le manque de richesse d’effectif peut expliquer aussi ce mal français. Je ne sais pas non plus si le joueur français moyen a les capacités pour jouer tous les 3 jours.

Une blessure récurrente à un genou vous a poussé vers la sortie. Avez-vous trop joué selon vous ?

Non, je ne pense pas avoir trop joué. On ne m’a pas orienté vers des préventions nécessaires très tôt dans ma carrière.

Si vous deviez donner un conseil ?

Pour jouer au football à un certain niveau, demandant une forte intensité, il faut faire attention à son alimentation et à son sommeil. C’est clair que ce n’est pas très glamour, mais si vous voulez durer avec des ambitions : vous n’avez pas le choix ! Vous pouvez jeter une pièce en l’air et vous aurez peut-être de la chance, mais juste à un certain niveau. La routine du travail, de récupération est primordiale pour viser le haut niveau. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Il y-a-t-il beaucoup de contraintes dans le football professionnel ?

Non, quand je vois mes concitoyens français, « gilets jaunes », qui se battent pour leurs droits, en comparaison au football c’est une belle vie avec des voyages dans toute la France et en Europe. C’est difficile, mais je n’appelle pas ça des contraintes.

Vers la fin de votre carrière, la motivation était-elle la même ? C’était dur ?

Non, ce n’était que les blessures qui me faisaient mal. Il y a eu des périodes, à partir de janvier, où nous étions encore qualifiés en Coupe d’Europe et en Coupe de France, et où le rythme était dense entre hôtel-terrain-hôtel. Je me disais : comment font les joueurs tels que Neymar, Zlatan, etc…Dans ces périodes, il faut redoubler d’efforts dans l’alimentation et le sommeil pour encaisser tout ça, sinon c’est impossible !

« Lorsque vous êtes en dehors du circuit, vous êtes vite oublié »

Entre Bordeaux et Bergerac, il y a eu une période sans foot. Qu’est-ce qui a été le plus dur ?

D’encaisser la probabilité d’une fin de carrière et de finir sur une blessure. J’ai eu du mal à l’encaisser et je ne m’attendais pas à finir comme ça. Les opérations n’ont pas atténué mes souffrances.

Les Girondins de Bordeaux ont-ils continué à prendre de vos nouvelles ?

Dans le football, lorsque vous êtes en dehors du circuit, vous êtes vite oublié. Mais certaines personnes ont pris de mes nouvelles.

L’adaptation du monde pro vers le monde amateur est-elle simple  ?

Ce n’est pas évident, il faut s’adapter rapidement. Moi, je revenais de tellement loin avec mes blessures, j’étais surtout content de retrouver les terrains.

Quel joueur vous a le plus impressionné durant votre carrière ?

Il y en a tellement, Jussiê était un vrai talent brésilien avec des éclairs de génie. Stéphane Dalmat m’a aussi impressionné : il savait tout faire à un très haut niveau. Il y a aussi Christian Vieri, Patrice Evra, Fernando Morientes… Du beau monde avec un talent hors norme !

Aujourd’hui, quels sont vos projets ?

J’aimerais bien être coach pour les plus jeunes. J’ai l’occasion de suivre mon fils qui a 11 ans. J’ai vu son évolution dès le plus jeune âge. Je vais passer mes diplômes et je vais m’y mettre dès cet été. Je n’ai pas d’ambition pour l’instant. C’est juste une volonté.

Le football, c’est vraiment fini ?

Oui, le football est vraiment fini. Je n’ai pas envie de retaper dans le ballon aujourd’hui, mais je pense m’y remettre dès cet été dans des Five !

Propos recueillis par Farid Rouas. 

Crédit Photo : Girondins de Bordeaux