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Ottman Dadoune, itinéraire d’un maçon-charpentier aux portes du monde pro

09/05/2019 à 11:45

Il y a tout juste un an et demi, Ottman Dadoune partageait son temps entre la maçonnerie-charpenterie et sa passion pour le football du côté de Bourgoin-Jallieu. Après une saison exceptionnelle sous le maillot du FC Chambly en National 1, dans un rôle de joker de luxe, le buteur algérien se présente à 24 ans aux portes du monde professionnel. Retour sur l'itinéraire incroyable d'un joueur qui a toujours cru en ses rêves, même en District...

Pour commencer Ottman, que retenez-vous de cette saison couronnée par une montée en Ligue 2 ?

C’est une très belle saison ! Collectivement, on a réussi à atteindre l’objectif qui était d’accéder à l’échelon supérieur. C’est chose faite avant la fin du championnat. Le contrat est rempli et tout le monde est heureux.

« J’ai choisi le football alors que j’étais moins doué qu’en boxe »

C’est une belle récompense au vu de votre parcours ?

Oui en effet je viens de loin, j’ai pas mal galéré et ça finit par payer… Le FC Chambly m’a donné ma chance et j’ai su la saisir. À chaque fois que le coach a fait appel à moi, j’ai su répondre présent. Je goûte au haut niveau et je suis très content. Comme quoi le travail finit toujours par payer.

Votre passion pour le ballon rond, elle vient d’où ?

Dès que j’ai commencé à 10-11 ans. Le football m’a tout de suite plu et je me suis plongé là-dedans. Je suis quelqu’un qui se donne à fond dans un projet. Je ne vais pas me lancer dans quelque chose, que ce soit dans le sport ou la vie de tous les jours, si ce n’est pas pour être à fond. Au début, j’étais en retard, j’avais de grosses lacunes mais je n’ai pas lâché. Même à 14 ans, lorsque j’ai fait de la boxe en même temps que le foot, j’étais bon dans les 2 sports. Un jour mon entraîneur à la boxe a parlé avec ma mère pour lui dire que j’étais doué et que j’allais faire des combats, mais j’ai préféré choisir le football alors que j’étais moins doué qu’en boxe.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

J’aimais beaucoup plus le football que la boxe, tout simplement. Je me suis plongé à fond dans le foot, et en U17 j’ai explosé à Nivolas-Vermelle. J’étais vraiment au-dessus du lot. Lorsque je suis arrivé à Bourgoin-Jallieu en dernière année U19, j’ai confirmé mes performances à un niveau supérieur au District.

« Mes potes et ma mère me disaient d’arrêter de rêver »

 

Vous avez voulu faire du foot votre métier très tôt ?

Oui, c’est ça qui est marrant. Même lorsque j’étais en District, j’ai toujours voulu en faire mon métier. Je me rappelle avec mes copains d’enfance à Nivolas, lors la rentrée au collège, j’écrivais toujours la même chose sur le bout de papier : footballeur professionnel. Mes potes étaient morts de rire et ils me disaient d’arrêter de rêver, comme ma mère… Dans ma tête, j’étais persuadé qu’en District on allait venir me chercher. Après j’ai pris de l’âge, j’ai découvert les aléas du football.

Lors de votre période à Bourgoin-Jallieu (CFA2), vous avez concilié le foot avec un autre travail. Racontez-nous…

Au lycée, j’ai passé un bac pro en maintenance, spécialisé dans les ascenseurs. Il y avait beaucoup de déplacements à faire. Ça me faisait rater des semaines complètes de football. J’ai donc décidé de tout arrêter. Mon oncle avait une boîte de maçonnerie-charpente et il m’a embauché. Pendant des années, j’ai travaillé à ses côtés en parallèle du foot.

Ces journées à rallonge ne vous fatiguaient pas trop ?

C’est le mental, ça a été ma force depuis tout jeune. J’ai résisté aux deux car j’étais très motivé, déterminé. Des journées ont été dures. J’ai connu des moments difficiles en période hivernale. Le soir, je finissais à 18h et j’enchaînais avec le football. J’étais épuisé en en terminant ma journée à 22h, mais ça m’a forgé un gros mental. Le plus dur n’a pas été de concilier les deux… À mes débuts à Bourgoin, j’ai été mis à la cave en DHR. Je ne faisais pas partie de l’équipe fanion en CFA2. Cette période a été dure mentalement car j’ai fait des concessions et le football ne voulait pas me sourire. Je plantais en réserve mais on ne me donnait pas ma chance. Aujourd’hui, ça m’a rendu plus fort ! Je ne regrette pas du tout et je suis fier de mon parcours. Bourgoin-Jallieu c’est là où j’ai grandi, où j’ai connu mes vrais amis. C’est un passage particulier pour moi.

Après une bonne saison et demi avec la CFA2, vous rejoignez en janvier 2018 pour Louhans-Cuiseaux. Un choix purement sportif ?

Un peu sportif, un peu financier… Je suis parti à la trêve, j’avais prévenu mon oncle que je voulais me concentrer sur le football. Je m’étais mis d’accord avec Bourgoin pour viser plus haut. Malheureusement, l’accord a tardé et n’a pas été respecté. J’étais le meilleur buteur du championnat et sélectionné en sélection Rhône-Alpes. J’ai été irréprochable, mais les engagements n’ont pas été tenus. Le club ne m’a pas pris au sérieux lorsque j’ai eu des sollicitations. Il pensait peut-être que j’étais un joueur acquis. Louhans-Cuiseaux m’a fait une offre intéressante. J’ai visité leurs infrastructures, et c’est ce que je recherchais : un club proche du professionnel. Le rythme de vie changeait avec des entraînements le matin. Pour moi, et j’en avais parlé à des amis, je n’étais que de passage à Louhans. Je voulais faire 4 mois pour viser encore plus haut. Je m’étais donné ce pari pour avancer. J’ai eu un peu de chance et de réussite.

Malgré ce départ précipité gardez-vous de bons contact avec Bourgoin ?

Avec les joueurs bien sûr. Je suis très proche d’eux. Lorsque je redescends, on se revoit avec plaisir. On va manger un morceau ensemble. Je n’ai jamais été proche avec la direction. J’étais sûr de moi et ça a finit par payer. Ça reste un bon club ! Je pense que tout le monde est content pour moi.

« J’arrive en fin de contrat »

La prestation la plus aboutie d’Ottman Dadoune cette saison selon l’intéressé. « Un but et un match plein avec la victoire au bout. »

Vous êtes au FC Chambly depuis juin 2018. Quels arguments vous ont poussé à venir ?

C’est un club que je suivais avec notamment leur parcours en Coupe de France. Lorsque j’ai eu la possibilité de m’engager avec Chambly, j’en ai discuté autour de moi. On ne m’en a dit que du bien. Leur projet m’a séduit et jouer les premiers rôles en National, ça ne se refuse pas. J’avais l’occasion d’évoluer et ce n’était pas rien, de passer du National 3 au National. Je me suis laissé tenter et je ne regrette pas du tout. On m’avait parlé d’un club familial et c’est ce que je recherchais. J’en avais besoin pour passer des paliers.

Vous avez effectué 28 apparitions cette saison en National, dont 9 titularisations, pour 6 buts marqués. Aujourd’hui, votre volonté est de rester à Chambly la saison prochaine ?

Le ratio est pas mal et j’en suis content. J’arrive en fin de contrat, les discussions ont commencé. Évoluer avec Chambly en Ligue 2 est un souhait. On va discuter tranquillement avec le club.

C’est quoi le profil d’un attaquant de National ?

Il est grand, costaud, il garde les ballons et doit sentir les coups. À ce niveau-là, il aura 2 occasions maximum et il faudra être efficace, tueur. Moi, je n’ai pas ce profil physique. Je suis grand mais j’aime prendre les espaces et la profondeur. Le championnat de National est un championnat physique, c’est peut-être moche à regarder mais je vous assure que sur le terrain, c’est très athlétique, pas facile du tout.

Quelles sont vos relations avec le coach Luzi ?

Tout se passe très bien. C’est quelqu’un de simple, qui aime discuter et rigoler avec ses joueurs. Le coach a su bien me cerner. Je pense qu’il aime ma personnalité, l’homme que je suis et c’est réciproque.

Qu’est-ce qui va être le plus dur l’année prochaine en Ligue 2 selon vous ?

Il va falloir se faire au nouveau statut. L’intensité va changer aussi. On va arriver sur la pointe des pieds. Sur le terrain, il faudra faire ce qu’il faut pour être performant et tirer l’équipe vers le haut. On va viser le maintien, mais dans le football tout peut aller vite dans un sens comme dans l’autre. Le club reste prudent sur cette montée.

Il y a des chances que retrouviez votre ami Yanis Merdji de l’AJ Auxerre en Ligue 2. Êtes-vous pressé ?

Oui franchement, ça me fera très plaisir de le retrouver. C’est un ami avec qui je suis resté en contacts. J’ai été amené à aller chez lui à Auxerre. Je serais très content de le rencontrer sur le terrain et pourquoi pas, échanger nos maillots à la fin du match.

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit photo : Eric Crémois - FC Chambly-Oise

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