Interview

Samir Malcuit : « Avec un agent de confiance, je serais certainement en Ligue 1 »

17/03/2020 à 12:02

Samir Malcuit a signé son retour cette saison dans le club de ses débuts : l'USA Clichy, en Départemental 2 dans les Hauts-de-Seine (92). L'attaquant de 34 ans passé par le Racing ou l'US Ivry Foot se livre sur son parcours. De son expérience tumultueuse à l’Olympique de Marseille ou celle réussie au Raja Casablanca, le frère de Kévin Malcuit -le joueur de Naples- a des choses à dire !

Samir, que devenez-vous ?

Je joue actuellement à l’USA Clichy en Départemental 2. Le niveau est assez bas, mais je voulais surtout garder la forme avec un groupe. J’ai aussi un préparateur physique qui s’occupe de moi. Je leur donne un coup de main et en fin de saison on verra si des projets peuvent m’intéresser à un niveau correspondant à mon parcours.

« J’ai raccroché au nez de José Anigo »

Et pourquoi ce projet sportif ?

J’en avais tout simplement marre de faire des tests dans des clubs de National 2 ou National 3. Le test se passe bien et à la fin le côté financier bloque toujours. On me proposait des salaires trop bas pour vivre avec… À l’USA Clichy, je connais beaucoup de joueurs et le président m’a proposé un projet à moyen terme, sur 5-6 mois : il finance mon BEF et j’ai en même temps un travail à la mairie.

En 2010, vous avez rejoint l’Olympique de Marseille après avoir porté les couleurs de Clichy et du Racing Levallois (CFA). Comment êtes-vous atterri dans la cité phocéenne ?

C’était une journée banale, je jouais à FIFA. Je reçois alors un coup de téléphone : « je suis José Anigo (directeur sportif de l’Olympique de Marseille à l’époque, NDLR). Ton profil nous intéresse et on aimerait que tu nous rejoignes. D’abord avec la réserve, puis avec l’équipe pro pour les entraînements ». Je croyais que c’était un canular ! J’ai raccroché au nez de Monsieur Anigo. Et, deux minutes après, il me rappelle, j’ai eu un petit coup de chaud. José Anigo m’a réaffirmé son intérêt et m’a dit que j’allais recevoir une invitation officielle dans les deux jours pour intégrer le club. J’étais comme un fou ! Je n’y croyais pas. Il me disait que je pouvais faire la même carrière que Mathieu Valbuena, parce que j’avais des capacités et je pouvais avoir la même trajectoire. Malheureusement, ça ne s’est pas passé ainsi là-bas…

Le club s’est occupé de tout ?

Lorsque je suis arrivé à Marseille, on est venu me chercher. Je pensais qu’ils allaient m’aider à trouver un appartement, mais cela n’a pas été le cas. Je vivais donc au centre de formation, je dormais avec les jeunes. J’ai d’ailleurs eu un problème avec Henri Stambouli (responsable du centre de formation à l’époque, NDLR), car j’ai mis du temps à trouver un appartement à côté de la Commanderie. Et, lors d’une réunion, il m’a demandé de quitter rapidement le centre de formation. Je lui ai demandé de me laisser un mois, le temps d’acheter un lit pour ne pas dormir par terre. À ce moment-là, il me jette un billet de 50€ et me dit : « tiens ! Va t’acheter un lit ». Franck Passi était présent aussi. Il m’a regardé et m’a dit de rester calme avec les yeux. J’étais à deux doigts de lui sauter dessus. Je suis resté calme et lorsque j’ai résilié mon contrat avec l’OM, pour partir au Raja Casablanca (à l’été 2012, NDLR), je lui ai dis mes quatre vérités !

Que vous a-t-il manqué pour réussir à l’OM ?

Juste une chance. De la confiance… Aux entraînements, Didier Deschamps me disait que c’était très bien. Venant d’un entraîneur comme lui, c’est assez flatteur donc j’avais une certaine qualité. J’attendais juste ma chance. Quand j’ai vu l’année suivante qu’un joueur comme Fabrice Apruzesse a eu sa chance j’étais super content pour lui, mais j’avais aussi les boules. Il venait d’arriver, il a eu sa chance et moi pas. J’étais dans un groupe assez jeune, de qualité. Il fallait que la mayonnaise prenne, mais ça été parfois un peu compliqué à cause de la différence d’âge. Lorsque je suis parti au Raja et que j’ai explosé, j’ai reçu message de Franck Passi qui avait repris l’équipe. Il m’avait dit que c’était mieux pour moi, de partir et d’évoluer dans un groupe d’adultes. J’ai pu exprimer tout mon potentiel.

« Lucho González ? Il ne fallait pas le toucher »

Que retenez-vous de cette expérience à Marseille ?

Mis à part l’altercation avec Henri Stambouli, l’Olympique de Marseille est un club incroyable. Du jour au lendemain, me retrouver dans le même vestiaire que Lucho González, Gabriel Heinze, Steve Mandanda, André-Pierre Gignac, Loïc Rémy : on s’y habitue, mais sur le coup c’est assez impressionnant ! On se fait tout petit. Comme je suis un passionné de football, j’ai profité de chaque moment. J’ai écouté les conseils et surtout ceux de Bruno Cheyrou, un ancien Racingmen qui m’a pris sous son aile, un super mec. Je ne garde de cette expérience que des bons souvenirs !

Quel joueur vous a le plus impressionné ?

Techniquement : Lucho. Je me rappelle d’un exercice de transversales à trois, j’étais avec Charles Kaboré et Lucho González. Les deux n’ont pas la même technique. L’argentin était impressionnant de justesse, je n’avais pas besoin de bouger. Après, à l’entrainement, il ne fallait pas le toucher, c’était un peu le Messi Marseillais. Ça se comprend, c’était à l’époque le plus gros transfert de l’OM.

Quel est le plus impressionnant à Marseille : la ferveur des supporters ou l’exigence du haut niveau ?

La ferveur ! C’était incroyable. J’ai connu de grosses ambiances au Raja, mais à Marseille c’est passionnel, c’est affolant… Tu dors, tu manges, tu vis l’OM. Il n’y a pas d’autre club. Même en réserve, j’ai joué dans un stade rempli, autour de 1 000 personnes pour une National 3 c’est pas mal !

Et comment s’est concrétisé votre départ vers le Raja Casablanca ?

C’était au mois de décembre 2012, c’est le conseiller de mon petit frère, Karim Tamani, qui m’a fait la proposition. Le Raja cherchait un joueur. Je ne connaissais le club que de nom alors j’ai regardé sur YouTube. J’ai vu la folie des supporteurs. Je me suis renseigné une demi-journée et j’ai accepté le projet. J’en avais marre d’attendre ma chance à l’OM. J’avais envie de voir autre chose.

« De plus en plus de scouts s’intéressent au championnat marocain »

samir malcuit raja
Samir Malcuit sous les couleurs du Raja Casablanca.

Quel est le niveau du championnat marocain ?

On pense souvent que le niveau est faible, mais, sincèrement, il y a trois ou quatre grosses équipes capables de jouer le bas de tableau en Ligue 1. Lors de matches de préparation, on a joué l’Athletic Bilbao, l’OGC Nice ou même le Betis Séville, et ce n’était pas les équipes B. On arrivait à les battre. Ça montre le potentiel et, aujourd’hui, de plus en plus de scouts s’intéressent au championnat marocain.

En 2014, vous signez au MAS de Fès pour quatre saisons. Avez-vous joué le derby face à l’US Fès ?

Oui et j’ai même marqué ! C’est un derby populaire, mais le plus impressionnant reste le derby entre le Raja et Wydad AC, un des dix plus grands derbys au monde ! Franchement, il faut le vivre au moins une fois dans sa vie. Incroyable. Les supporters chantent toute la semaine.

Et, en 2015, vous prenez la direction du Dhofar Club, à Oman. Qui vous a conseillé de partir là-bas ?

Un agent marocain. J’avais réalisé deux très bonnes années au MAS de Fès, mais au milieu de la deuxième saison je me suis fait les ligaments croisés. Juste avant, j’étais en contact avec Sochaux (Ligue 1). Malheureusement, j’ai eu cette grave blessure, un 27 novembre comme mon petit frère. Avec Kévin, on s’est blessé le même jour et au même âge, une sacrée coïncidence ! J’ai fait la rééducation en France, mais pour tous les footballeurs qui partent à l’étranger plus de deux ans, on ne cotise plus. L’opération et la rééducation étaient donc à ma charge. Ça m’a coûté mes économies. Ce n’est pas rien. Il fallait que je reparte de zéro. Le MAS ne me payait plus donc j’ai résilié à l’amiable avec eux.

« Je suis tombé sur des agents véreux ! »

Oman, pourquoi ce choix exotique ?

Le projet du Dhofar Club s’est manifesté. Même si c’est un championnat assez moyen, ça m’a permis de me remettre à niveau physiquement, avoir de la compétition. J’y suis resté six mois même si j’avais signé pour un an. La vie à Oman était très difficile, j’étais dans le désert. Je n’avais que beIN SPORTS. J’ai réussi à tenir six mois et le président d’Agadir, au Maroc, m’a contacté pour me faire venir. J’ai tout fait pour résilier mon contrat avec Dhofar, mais ils n’ont pas voulu me laisser partir. J’ai dû m’asseoir sur mon argent. Lorsque j’arrive à Agadir tout se passe bien. J’ai joué un match test, il y avait énormément de joueurs et je réussis à marquer deux buts. Mais, au final, je ne signe pas là-bas ! C’était limite mesquin car le coach est venu me demander si je n’avais pas un peu grossi alors que je n’avais que 9% de matière grasse. J’ai appris par la suite que le club avait fait signer un camerounais…

Pourquoi selon vous ?

L’agent de ce joueur était lié au coach de l’équipe première d’Agadir. Ça résume un peu ma carrière : je suis tombé sur des agents véreux ! Avec un agent de confiance, je serais certainement en Ligue 1 aujourd’hui.

Après ces mésaventures, que de décidez-vous ?

Je me suis retrouvé sans club… Du coup, j’ai signé à l’US Ivry Foot en National 3 pour deux saisons (12 buts en 41 matches, NDLR). Derrière, en 2018, je rejoins le Stade Poitevin le temps d’une année (18 matches en N3 pour 3 buts). L’équipe était jeune avec un groupe à reconstituer en moins de trois semaines. La plupart découvrait le National 3. Le coach a bricolé comme il pouvait. Le club ne pouvait pas recruter. Je voulais être le grand frère car le challenge était intéressant. J’ai renoncé à mon statut fédéral pour redevenir amateur et pour les aider. J’avais fait d’énormes sacrifices pour eux. On a gagné la Coupe d’Aquitaine, ça faisait longtemps qu’il ne l’avait pas gagné, tout le monde était content.

Mais finalement le projet tombe à l’eau ?

On savait que l’agent Philippe Nebe était intéressé par le club et qu’il allait ramené son staff. C’était chacun pour sa pomme. Philippe Nebe m’a clairement manqué de respect. Ce n’est pas une bonne personne. Avec mon CV et mon expérience, il me proposait 500€ par mois, le prix de mon loyer. J’ai été choqué ! Je sortais d’une saison à 13 passes décisives et 3 buts. Comme je suis un amoureux de football, je lui ai dit que j’avais besoin de réfléchir et que j’allais en parler avec mon petit frère. Kévin m’a dit que j’étais « un grand malade mental » (sic.), et que j’avais largement le niveau pour jouer en CFA, voire plus. « La saison passée, tu te mets au chômage pour aider le club et aujourd’hui on te crache dessus », m’a-t-il dit. Il m’a ouvert les yeux ! J’ai appelé Philippe Nebe pour lui demander de me mettre au moins au SMIC, mais il me répond que c’est un peu juste niveau budget. J’ai appris par la suite qu’il avait recruté des fédéraux à 1500€ ou 2000€ par mois. Ce n’est pas correct et ce club ne va pas monter. Dans les divisions N2-N3, ce n’est pas une somme d’individualités mais il faut un état d’esprit pour monter.

Vous vous êtes donc retrouvé de nouveau sur le marché…

Oui, j’ai cherché un club en région parisienne, on m’a parlé d’âge et ça me fait doucement rire… Car, lorsque je regarde des matches de National 3 et que certains joueurs de 20 ans n’arrivent même pas à faire les efforts, je rigole ! J’ai fait des tests à Haguenau, ça s’est bien passé mais pas d’argent donc perte de temps encore une fois. Puis, j’ai réalisé un essai à Vierzon, mais mon profil ne correspondait pas aux attentes. Ça m’a saoulé… Un ami m’a proposé le projet de Clichy sur une courte période. Ce challenge m’a fait énormément de bien dans la tête, avec un groupe sain.

« Ali Tabti est très important pour la famille Malcuit »

Quelle a été votre plus belle rencontre avec un coach ?

Je dirais Ali Tabti, l’actuel coach du Cergy Pontoise FC. Il est très important pour la famille Malcuit. C’était le coach de mon petit frère Kévin. Il l’a récupéré en 16 Nationaux et il a explosé en marquant 16 buts car il jouait attaquant à l’époque. C’était aussi mon coach au Racing. Ali a tout de suite su trouver les mots pour me donner confiance ou pour me re-booster. Il mériterait d’évoluer plus haut aujourd’hui !

Le football amateur a-t-il changé depuis vos débuts ?

Non, c’est toujours aussi compliqué tactiquement, techniquement, mais c’est normal. J’ai beaucoup évolué, j’ai joué dans plusieurs clubs, j’ai connu deux sélections avec le Maroc sous Éric Gerets On ne voit pas le football de la même manière.

Sur quel(s) aspect(s) ?

J’essaie de par mon expérience de modifier certaines choses comme l’assiduité ou le sérieux. Parfois, certains joueurs se prennent pour des Mbappé ou des Neymar alors qu’il suffit de faire la place pour gagner en fluidité.

Votre frère Kévin est à Naples. Comment ça se passe pour lui ?

Ça se passe bien malgré sa grave blessure. Il a fait une grosse première saison, on ne visait qu’une quinzaine de matches et finalement il a pris la place d’Elseid Hysaj, le titulaire au poste. Il était dans la continuité. Il a connu la Ligue des Champions. On parlait de lui en équipe de France. Il y a de la place à droite de la défense. Il a un profil de contre-attaquant qui peut correspondre aux joueurs actuels de l’équipe de France. Il se remet de sa blessure, il a eu le feu vert de l’hôpital de Rome pour reprendre prochainement.

Propos recueillis par Farid Rouas.