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La VAR est-elle bénéfique ou néfaste ?

07/11/2019 à 16:25

Elle est en ce moment au cœur des débats foot dans l'Hexagone. La VAR est-elle bénéfique ou néfaste ? La rédaction Actufoot donne son avis.

La VAR est loin de faire l’unanimité. La preuve d’aucuns l’appellent «la VAR» et d’autres «le VAR». C’est donc qu’il y a problème d’emblée ! Dit-on «la» voiture ou «le» voiture ? L’appellation provient de l’acronyme anglais de Video Assistant Referee(s)[], soit la VAR. Il faudrait dire la VAR car en français cela devient l’assistance vidéo à l’arbitrage ou aux arbitres, et du coup cela donne AVA, comme Ava Gardner ! Pour l’usage actuel, comme on se réfère aux termes anglais, il n’y a pas de genre déterminé. On peut pencher pour le masculin, si l’on met l’arbitrage en avant ; on peut opter pour le féminin, si on fait prédominer la vidéo ou l’assistance. Aucune règle n’a été déterminée. Le site officiel de la FIFA, version française, dit la VAR. La plupart des médias francophones, eux, disent le VAR. Pour ma part, je choisis la VAR parce que le Var c’est un département !
Au départ, j’étais 100 % pour la VAR comme on est du côté de la vérité des faits plus que de la justice puisque celle des hommes n’est pas toujours impartiale. La vérité, la réalité des faits ? On en est loin. Les instances du football ont choisi de ne faire intervenir la VAR que dans certains cas : un but (validé ou non) ; un penalty (sifflé ou non) ; un carton rouge direct (infligé ou non) ; et pour vérifier l’identité d’un joueur sanctionné. L’appel au visionnage de la VAR peut être demandé par l’arbitre de terrain ou à l’initiative des arbitres assistants vidéo qui peuvent informer l’arbitre par oreillette, qui prend la décision d’aller voir ou non la vidéo au bord du terrain. Dans un monde idéal, cela pourrait être bien mais à la vérité, l’arbitre de terrain ne consulte pas toujours la vidéo et donc des erreurs d’arbitrage persistent. Les téléspectateurs continuent de voir des fautes non sifflées ou mal interprétées. Et les spectateurs sur place ne sont au courant de rien, ce qui est un vrai manque de respect vis-à-vis d’eux.
Les problèmes d’arbitrage sont toujours présents mais ils deviennent encore plus inadmissibles car il y a la VAR. Sans remonter loin dans le temps, prenons les matchs récents. En Premier League, samedi 2 novembre 2019, Roberto Firmino s’est vu refuser un but pour un hors-jeu de son «aisselle droite ». Et pourquoi pas du ventricule gauche de son cœur ! Les réalisateurs font usage d’un trait vertical en pointillés pour mieux pincer les fraudeurs, non intentionnels devraient-ils préciser. Ce radar de fautes est subjectif car on peut l’arrêter où l’on veut. Dans le cas de ce match, Aston 1-2 Liverpool, la non validation du but n’est pas grave, vu que les Reds ont gagné le match quand même. Ensuite lors de ce même week-end, en France, au cours de St Etienne-Monaco (1-0), l’arbitre a d’abord exclu Wesley Fofana (ASSE) après une faute sur Jean-Kévin Augustin (ASM), à la 72e mn. Après l’intervention de la VAR, «l’homme en noir» comme on disait jadis est revenu sur sa décision pour annuler le carton rouge du défenseur des Verts parce que l’attaquant monégasque était hors-jeu, donc fautif : il a fallu l’usage des pointillés pour démontrer que l’épaule droite d’Augustin, joueur visiteur, était plus en avant que le pied droit de Timothée Kolodziejczak. Tout ça confère au ridicule. Quand on sait que lors du but victorieux stéphanois de Bouanga (59e), l’action verte a commencé par une faute non sifflée d’Aholou (ASSE) sur Henrichs (ASM).
Tant d’embrouillaminis desservent plus le jeu qu’ils ne le servent. Devant son écran, on perd patience et l’on est plus que déçu si la décision erronée va contre l’équipe que l’on supporte. La VAR n’apporte pas la preuve de la vérité des actions tant espérée. Elle est utilisée souvent de manière anarchiste : un coup oui, un coup non. On a l’impression que désormais l’arbitre de terrain ne sert plus à rien. Pour un match à Lyon, on va bientôt peut-être mettre les arbitres vidéo à Honolulu ! Et on a parfois la sensation que le ballon est devenu l’élément essentiel, le juge de paix alors que les hommes sont les plus importants. Quand il était sélectionneur, Michel Platini voulait l’usage de la vidéo mais devenu président de l’UEFA, il n’en voulait plus. Depuis son interdiction d’exercer, ses successeurs se sont empressés de l’instaurer.
On nous fait croire que la VAR est une nouveauté mais lors de la finale de la Coupe du Monde 2006 remportée aux tirs au but par l’Italie, face à la France, Zinedine Zidane a été expulsé sur l’intervention de la vidéo car l’arbitre n’avait pas vu en direct le Ballon d’or 1998 donner son fameux coup de boule à Marco Materazzi. Il a fallu que le gardien italien, Gianluigi Buffon, fasse le forcing auprès de l’arbitre pour que celui-ci se renseigne avant de renvoyer Zidane aux vestiaires. Du temps de Platini (UEFA) et de Blatter (FIFA), les dirigeants du football disaient que la vidéo en football était impossible car il n’était pas financièrement possible d’équiper les amateurs comme les professionnels, donc au motif de l’équité, il fallait s’abstenir. Cette décision a été revue et désormais le décalage est énorme avec le foot amateur et le foot pro. Les caméras ne sont pas partout. Une constatation s’impose : la vidéo ne chasse pas les erreurs d’arbitrage de manière draconienne, son usage n’est pas bien appliquée, et surtout le jeu subit des dommages au niveau du rythme, de l’intensité. Il n’en sort pas grandi. La VAR déclenche l’ennui chez les (télé)spectateurs. Elle est nuisible pour la passion.

Par Bernard Morlino