Interview

Adrian Suka : « Mes années à l’Entente Sannois St-Grtaien ? Un vrai bonheur »

02/12/2019 à 16:03

En mars 1991, l’international albanais Adrian Suka a profité, comme d'autres coéquipiers, d'un match face à l'équipe de France pour échapper à l’instabilité politique de son pays. Le milieu de terrain a ensuite connu une riche carrière de footballeur dans l'hexagone, et notamment en région parisienne du côté de l'Entente Sannois Saint-Gratien. Pour Actufoot, Suka revient sur son itinéraire peu banal !

Que devenez-vous Adrian ?

Actuellement, je suis responsable de service des sports de la ville de Saint-Gratien.

Racontez-nous votre parcours depuis vos débuts au Dinamo Tirana en Albanie ?

J’ai été formé au Dinamo Tirana avec lequel j’ai disputé la Ligue de Champions en 1986-1987. Je compte également 12 sélections en équipe nationale. En mars 1991, j’ai profité du déplacement de l’équipe nationale en France, dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 92, pour rejoindre la France. J’ai rejoint le Football Club Saint-Lô Manche, où j’ai marqué 19 buts en D3. Ensuite, j’ai signé au Stade Lavallois en 1992-93, où j’ai disputé 16 matches. Puis, j’ai fait une saison au Saint-Denis Saint-Leu FC, puis une autre à l’AS Cherbourg. En 1995, j’ai rejoint l’Entente Sannois Saint-Gratien, où j’ai évolué comme joueur jusqu’en 2003, puis entraîneur de la réserve jusqu’en 2009 (de DHR à CFA2), et pendant 2 ans entraîneur de l’équipe première CFA jusqu’à juin 2011.

Pouvons-nous revenir sur la rencontre contre l’équipe de France de mars 1991 (défaite 5-0) ?

Nous avons eu en face de nous, une équipe composée des joueurs comme Amoros, Blanc, Boli, Fernandez, Papin, Cantona, Deschamps et Platini comme coach. La barre a été très haute pour notre sélection.

Après ce match international, deux de vos coéquipiers (Vata et Gjergji) ont demandé l’asile politique en France. Que s’est-il passé ?

Ces deux joueurs ont été contactés par le club de la ville de Le Mans (Ligue 2). Malheureusement, Gjergji est décédé sur le terrain en 1986 et Vata a fait une très belle carrière au Celtic Glasgow en Ecosse.

Quels souvenirs gardez-vous de la Coupe aux grandes oreilles, la Ligue des Champions ?

C’était énorme… Lorsque l’on a joué contre le Besiktas Istanbul, notre bus a été accompagné par 5000 à 6000 supporters. A l’époque, nous étions dans un régime communiste, et nous étions « le foot découverte ». C’était l’occasion d’ouvrir le pays à l’Europe. C’était splendide, il y avait une ferveur. Les entraînements étaient suivis par 1000 à 2000 supporters.

De 1995 à 2003, vous êtes joueur puis entraîneur à l’Entente Sannois St-Gratien. La transition a-t-elle été facile à gérer ?

Non pas spécialement, ça s’est fait en douceur. J’ai eu la chance de faire toutes les montées de l’Entente Sannois St-Gratien d’Excellence à National. Pour ne pas arrêter, j’avais demandé de prendre l’équipe 2 en DHR pour être coach-joueur. Je ne voulais pas m’arrêter, ça me faisait mal. Une fois digérée la décision, on prend une autre dimension avec le costume du coach.

Est-ce facile de gérer les deux ?

La difficulté est de passer du poste de joueur au poste de coach. Je n’étais pas fini physiquement. Je pouvais être encore disponible. Il y a eu du chagrin d’arrêter, je le reconnais. La pression n’est plus la même lorsque nous sommes joueurs et lorsque nous sommes coach. Ce n’est pas du tout pareil, mais reste un point commun, c’est la compétition !

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez porté le maillot national ?

Déjà, d’être sélectionné avec les meilleurs joueurs du pays, c’est une grande fierté. C’est la plus belle réussite pour un footballeur professionnel. J’ai représenté ma ville natale.

Quelles sont vos plus belles années en tant que joueur ?

Sans contestation, mes 16 années avec l’Entente Sannois St-Gratien. J’ai vraiment profité de ces années là-bas. Ça a dépassé tous mes espoirs, ça a été une réussite totale. C’était un vrai bonheur.

Quelle a été votre plus belle saison en tant que joueur professionnel ?

La saison 1992-93 avec le FC Laval où nous avons joué une demi-finale de coupe de France contre le PSG de George Weah.

Cette équipe du PSG était-elle impressionnante sur le papier et sur le terrain ?

On voit le niveau, les gestes, les courses, ce n’est pas la même dynamique. C’est impressionnant.

Est-ce que le PSG vous avait pris de haut ?

La motivation pour nous était multipliée par 100 et le résultat s’est terminé sur un score de 1-0.

L’Entente SSG vient de descendre en National 2. Quel est votre regard sur la situation du club ?

L’Entente Sannois St-Gratien suit son chemin. Je suis parti depuis 8 ans.

Il y a eu le retour d’un ancien, Didier Caignard. Vous n’avez jamais été contacté ?

Il faut respecter des décisions en interne du club.

Quel effet ça fait d’avoir un terrain à son nom ?

C’est un grand honneur, il y avait la présence pour l’inauguration du député de Val-d’Oise, François Scellier, de la Sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et de l’ambassadeur d’Albanie. Ce sont des moments forts dans une vie.

Vous connaissez bien le football amateur du Val-d’Oise. Qu’en pensez-vous ?

Le Val-d’Oise fait partie de l’Ile-de-France, donc il y a de très bons footballeurs et pour certains de futurs professionnels. Chaque week-end, je vois au minimum 2 à 4 matches. Ça me permet de rester proche du terrain, de voir le niveau des équipes.

Est-ce que l’on vous reconnait ?

Oui, les gens me saluent avec du respect.

Dans votre carrière, vous avez eu l’occasion de côtoyer beaucoup de joueurs ou de coachs. Quels sont vos plus beaux souvenirs ?

J’ai eu la chance de jouer avec les joueurs comme Patrice Carteron, Franck Vandecasteele, Rouf Bouziane (Coupe du Monde au Japon) et un coach comme Michel Le Milinaire, un des meilleurs des années 1980-90.

Quelle était la philosophie de jeu du coach Le Milinaire ?

Le football est simple, c’est de prendre le meilleur de chaque joueur pour le mettre au service du collectif.

Des joueurs albanais s’exportent de plus en plus en Europe  : Elseid Hysaj à Naples, Keidi Bare à l’Atlético Madrid ou encore Frédéric Veseli à Empoli. Qu’en pensez-vous ?

C’est bon pour le pays, ça ouvre le pays, ce n’était pas le cas à mon époque. Actuellement, cette sélection grimpe, elle monte les paliers au fur et à mesure.

Que pensez-vous du niveau de la sélection albanaise et du sélectionneur italien Edoardo Reja après Christian Panucci ?

Les gens disent que les entraîneurs italiens sont les meilleurs tacticiens du monde, sauf que les champions du monde, ce sont les français.

Vous avez eu la chance d’avoir été formé par Aimé Jacquet. Racontez-vous ?

On ne voit pas la personne comme un coach mais comme un dieu du football.

Un dernier mot ?

Tout simplement j’aime le football.

Propos recueillis par Farid Rouas.

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