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Cédric Moukouri : « Pas évident de se faire une place entre Ljuboja et Mamadou Niang… »

19/04/2019 à 17:07

Cédric Moukouri fait partie de la famille des globe-trotters du football. Propulsé de la DH avec Villemomble à la Ligue 1 sous les couleurs de Strasbourg, l’attaquant francilien a vécu de sa passion au Portugal, au Vietnam ou encore à Chypre. Aujoud'hui âgé de 39 ans, il continue de faire trembler les filets en Régional 2 du côté de Claye-Souilly. Pour Actufoot, il livre ses souvenirs, sa vision du football amateur et son avenir.

Cédric, vous êtes aujourd’hui à Claye-Souilly racontez-nous….

Ça va faire 5 ans… J’ai fini ma carrière à la Réunion au Saint-Pauloise FC, mais je suis originaire du 93, de Villepinte. Je connaissais William Longuet (Ndlr : qui était encore le coach de l’équipe senior la saison passée), ça a facilité mon intégration. Je voulais apporter mon expérience et ma pierre à l’édifice. Quand je suis arrivé, nous étions en Excellence et aujourd’hui nous sommes en Régional 2. On essaie de viser la Régional 1. En 5 ans, c’est pas mal !

« Je n’ai jamais arrêté, j’ai toujours cru en mon petit rêve »

À 39 ans, vous êtes toujours sur les terrains après une longue et belle carrière. Pourquoi ?

Je suis joueur, encore un petit peu même si je suis un peu vieux, et éducateur U15 Régional 3 pour me reconvertir. Même lorsque j’étais en amateur à mes débuts, je m’occupais de jeunes à l’école de foot. Actuellement, ça se passe pas trop mal même si on a du mal à se maintenir chaque année.

D’où vient cette envie ?

Le foot c’est ma passion, je pratique depuis tout petit. J’avais quelques qualités et j’ai été toujours le plus jeune, sauf en ce moment ! Quand je repense à ma carrière, j’ai toujours été avec des plus vieux que moi. Ça va faire plus de 30 ans sur les terrains. Je n’ai jamais arrêté, j’ai toujours cru en mon petit rêve. J’ai réussi à devenir pro, je le pensais, j’en rêvais. Ça s’est fait plus sur le tard, quand j’y croyais un petit peu moins bizarrement…

Se (re)motiver pour jouer en amateur, cela n’a pas été trop dur ?

Je viens du foot amateur donc y retourner c’est un juste retour des choses. Si j’ai réussi à arriver là-haut, c’était grâce au football amateur et je ne le remercierais jamais assez. Enfin, je le remercie encore un peu aujourd’hui car j’y joue. J’ai évolué à toutes les divisions de l’Excellence à la DH et c’est une fierté.

« C’est le football amateur qui m’a permis d’atterrir au RC Strasbourg »

En 2002, vous rejoignez Strasbourg et effectuez vos débuts en Ligue 1 là-bas. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?

J’ai fait de belles petites rencontres, j’ai côtoyé de joueurs comme Corentin Martins, Chilavert, Christian Bassila, Teddy Bertin, ou encore Valérien Ismaël. Des joueurs qui ont réalisé une belle carrière. Ça a été une fierté d’avoir pu s’entraîner et jouer avec ces personnes-là. Ce n’était pas évident car devant à l’époque il y avait Danijel Ljuboja et Mamadou Niang, deux joueurs d’enfer ! Pas évident de se faire une place. J’ai tout de même réussi à jouer des bouts de matches alors qu’il y avait ces deux extraterrestres. Mais, il a fallu que je trouve un peu de temps de jeu et je suis descendu d’un cran pour rebondir après.

Comment êtes-vous arrivé en Alsace ?

C’est le football amateur qui m’a permis d’atterrir au RC Strasbourg. Je jouais en DH à Villemomble Sports avec Alain Mboma. Je marquais à chaque match et en 6 mois je me suis fait connaître. Au début, je ne pensais pas, mais finalement ça m’a souri. J’avais moins de 20 ans dans un championnat compliqué à l’époque, les coachs sont venus me voir grâce à mes performances.

Que pensez-vous du club aujourd’hui ?

Je suis content pour eux. Strasbourg est la ville où j’ai signé mon premier contrat professionnel. C’est là où je me suis un peu émancipé. Quand je vois le parcours strasbourgeois, je suis super content et c’est mérité. Ça a toujours été un club familial, humble. À mon époque, c’était le cas aussi mais ça a changé avec l’arrivée de gros salaires… Et ça a fait mal au club avec des personnes pas tellement investies, ne correspondant pas aux valeurs de ce club. Au bout, il y a la rétrogradation (Ndlr : jusqu’en en CFA en 2011). Mais l’arrivée de Marc Keller a tout changé, il a tout remis en place. C’est une grande ville de France, c’est mérité, bravo à eux !

Après le RCSA, vous prenez la direction Cherbourg (National) en 2006 pour 2 saisons. Vous y avez joué 69 matches, une étape importante dans votre carrière ?

C’était l’après premier contrat pro, je n’avais pas réussi à faire mon trou à Strasbourg, il me fallait trouver du temps de jeu. J’ai cherché un club avec les mêmes valeurs que le Strasbourg d’aujourd’hui. Je me suis éclaté pendant 2 saisons là-bas. Je voulais même y rester, mais c’était compliqué financièrement. J’ai encore beaucoup d’amis à Cherbourg. J’y ai même fait un stage avec Claye-Souilly.

« J’étais au Club Med et j’ai signé le contrat au soleil en maillot bain ! »

Vous vous envolez ensuite pour le Portugal, à Trofense et Funchal. Qui vous a conseillé ?

Ce n’est pas moi qui ai choisi ces clubs… Ce sont les clubs qui sont venus à moi. Funchal a regardé mes stats, il leur fallait un joueur et c’est tombé sur moi. Je m’en rappelle, j’étais au Club Med et j’ai signé le contrat au soleil en maillot bain ! Un truc de fou… Il y avait un Français sur place, un pote à moi. C’était un championnat avec des ailiers, fait pour moi.

Que vous rappelez-vous de ce championnat ?

Lors du derby, mon premier match à Madère, on gagne 1-0 et je marque.

Avez-vous été impressionné par un joueur ?

L’ancien Marseillais, Lucho Gonzalez m’a impressionné ! La tête toujours levée, la simplicité dans le jeu. Un plaisir de voir ce joueur.

Vous avez également évolué au Luxembourg, au Vietnam et à Chypre. Quel est votre meilleur souvenir de ces voyages exotiques ?

J’ai choisi le Vietnam car je voulais y aller. Côté sentimental ça n’allait pas trop donc je voulais partir, pour me dépayser. Bizarrement, j’ai adoré les gens là-bas, j’aurais aimé rester plus longtemps même. Une culture différente. On devient plus humble car on vit à côté de gens en difficulté. C’était pas mal aussi Chypre car on pratique notre passion au soleil dans de bonnes conditions, et j’ai rencontré ma femme avec qui, je suis depuis 8 ans. Maintenant, j’y vais chaque année.

« J’ai été contrôlé positif »

Et le « pire » souvenir ?

Lorsque je suis parti au Vietnam, il y avait beaucoup de contrôles antidopage et j’ai été contrôlé positif alors que c’était archi-faux ! Il a fallu une journée entière pour justifier mon innocence.

De votre carrière, vous manque-t-il un club, un championnat ?

J’aurais aimé jouer aux Etats-Unis, j’adore la culture, la musique, les fringues, c’est un peu mon délire.

D’après-vous, le football amateur a-t-il changé depuis toutes ces années ?

Les joueurs aujourd’hui n’ont pas l’esprit club et peuvent en changer comme de chemise, et quand ils partent, ce n’est pas fait proprement. « Je me casse parce que je suis mieux payé ailleurs ». L’argent n’était pas présent à mon époque dans le football amateur, mais les infrastructures s’améliorent, il y a beaucoup de terrains synthétiques et ça favorise les entraînements. Avant pendant l’hiver, les terrains étaient fermés alors que maintenant, c’est toujours ouvert. Il faudrait investir dans les ballons, les chasubles désormais.

Comment voyez-vous la suite pour vous ?

Le club monte, nous sommes toujours dans une bonne dynamique. William est parti, mais il est toujours là. Je réfléchis à rempiler pour aider le club à grandir encore.

Propos recueillis par Farid Rouas.

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