ITW

Malik Hebbar : « J’ai à cœur de me remettre au travail »

30/04/2020 à 16:54

Après bientôt une année éloignée du banc de touche, Malik Hebbar a soif de retrouver un nouveau challenge. Le technicien de 46 ans nous donne de ses nouvelles et prend le temps de faire le bilan de ses neuf saisons à la tête de la Jeanne d'Arc de Drancy.

En tant qu’observateur neutre, puisque sans club cette saison, quel est votre regard sur les décisions prises dernièrement par la FFF ?

La priorité est évidemment la santé de tous les acteurs du football. J’ai pu constater que chacun défendait des positions en fonction de son classement, de manière assez naturelle… Une chose est sûre : l’équité sportive était de toute manière difficile à respecter étant donné qu’il restait environ un tier des championnats à jouer. On peut toujours se projeter et dire que telle ou telle équipe serait parvenue à revenir dans le coup pour la montée ou le maintien… Je n’aurais pas voulu être à la place de la FFF ! J’ai fait des projections sur une saison sans descente et avec des groupes surchargés cela aurait été tout aussi compliqué. Comme il a été dit un peu partout : les décisions de la FFF allaient forcément faire des déçus. D’un point de vue personnel, j’ai encore plus de chagrin pour les équipes qui se sont vues refuser une montée, ou un maintien, après application du coefficient. Ce sont les cas les plus épineux selon moi…

Vous avez passé neuf saisons sur le banc de la Jeanne d’Arc de Drancy. De belles années, mais une fin brutale avec la relégation du club en National 2 et votre départ, il y a presque un an…

C’est le revers de la médaille. Quand on réalise l’exploit de monter en National 1 avec une équipe et des moyens limités, on se retrouve à l’étage supérieur avec des moyens restreints donc forcément on arrive aux limites de ce qu’on parvenait à réaliser au niveau amateur. On ne peut pas faire de miracle, donc forcément on s’en prend plein la figure. De l’extérieur, les gens avaient l’impression que l’on vivait un championnat très difficile, mais ceux qui nous ont accompagnés sur la saison ont pu constater que nous n’avions pas été ridicules sur le terrain. Cependant, on n’a jamais pu relever la tête et sortir de cette zone rouge. On aurait pu rester en National 2 pendant des années et continuer sur ce train-train, mais on est allé chercher une montée historique et non programmée pour un club comme Drancy. Cela avec un titre de champion de National 2, sur les quatre groupes confondus. Nous étions un ovni dans ce championnat !

« On a fait des matches plus que cohérents »

Quel est le niveau du N1, comparé aux autres championnats nationaux amateurs ?

C’est un championnat qui se rapproche beaucoup du professionnalisme. Je m’en suis aperçu dès les premières journées. On parle souvent de la marche entre le N3 et le N2, mais il y a un grand fossé entre le N2 et le N1 ! Il faut un budget et des structures pour exister dans ce championnat.

Sur le terrain, votre équipe n’a jamais démérité la saison dernière, qu’a-t-il manqué ?

Le temps que l’équipe prenne le tempo du championnat et que l’on soit cohérent sur le terrain, le doute s’était immiscé… Quand on manque de confiance, les prestations ne sont pas les mêmes. En position de lanterne rouge on ne joue pas de la même manière qu’une équipe placée en milieu de tableau. On a fait des matches plus que cohérents, mais on a toujours été empruntés par le doute, ce qui nous a empêché de rendre des prestations totalement abouties.

La JA Drancy championne de National 2 lors de la saison 2017-2018. 

À contrario, quels sont vos plus beaux souvenirs avec la JAD ?

En dehors de la montée en National 1, qui pour moi est quelque chose d’historique et que je garderai en mémoire, il y a nos épopées en Coupe de France. Deux saisons de suite (2010-2011 et 2011-2012), nous sommes allés jusqu’en huitième de finale de la compétition (c’était la première fois qu’un club amateur réalisait cet exploit sur deux saison consécutives, NDLR). Je garde notamment en mémoire notre premier 16ème de finale contre Boulogne-sur-Mer, qui était alors en Ligue 2, et que nous avons éliminé là-bas (1-0, but de Karim Herouat au bout du temps additionnel). Ce sont des souvenirs incroyables et inoubliables en tant qu’entraîneur, d’autant plus que c’était durant mes premières années de coaching.

De vos débuts à Drancy, en tant que coach, à aujourd’hui, on imagine que votre façon d’entraîner à évoluer, non ?

Oui, complètement. Je suis arrivé avec pas mal de théorique sur mes premières années et avec aussi mon parcours de joueur professionnel (Malik Hebbar a connu la Ligue 2 en tant que joueur avec Istres, Gueugnon et le Stade de Reims, NDLR). J’avais ces repères, ces exigences que l’on peut avoir au haut-niveau, j’ai essayé de les adapter au monde amateur. Je pense avoir évolué dans le management des joueurs, la relation joueur-entraîneur, ce qui explique nos bons résultats par la suite. J’ai commencé avec beaucoup de distance et, d’année en année, en comprenant mes erreurs, j’ai instauré cette proximité tout en gardant beaucoup de respect pour la condition d’entraîneur et de staff. La relation entre les joueurs, et celle entre les joueurs et le staff, c’est la base du travail d’un coach. Si on ne passe pas par la case « relations humaines », les choses peuvent se compliquer rapidement…

« National 2, National 3, voire Régional 1… »

La récente descente en National 3 de la JA Drancy vous a touché ?

Oui, forcément… J’ai suivi les résultats du club toute l’année avec de temps en temps un peu de douleur. J’ai eu des flashs de l’une de mes saisons en tant que joueur, à Drancy, lorsque nous cravachions sur tous les terrains en CFA2… Je suis triste de les voir descendre en National 3. On se dit que le travail est, entre guillemets, à recommencer. Il faut relancer la machine, relancer une dynamique, mais ce n’est pas évident. Je pense que le club avait les capacités de se maintenir dans le dernier tier du championnat. Je ne sais pas si la descente est actée de manière définitive, s’il y a encore une chance ou non, mais j’espère que le club s’en sortira.

Aujourd’hui, vous sentez-vous prêt à relever un nouveau défi ?

C’est quelques mois de break m’ont fait du bien… J’ai pu faire le point sur ces neuf années à entraîner, voir les aspects positifs et négatifs et me préparer à un nouveau challenge. J’ai à cœur de me remettre au travail avec mon adjoint, Yannick Floch. On a profité de cette année pour voir de nombreux matches en région parisienne, chez les jeunes et les séniors. Nous sommes dans l’attente d’un bon projet, en priorité en Ile-de-France car c’est une région que l’on connait bien. Le National 2, c’est une division que l’on maîtrise très bien, mais une proposition d’un club de National 3, voire de Régional 1, peut nous intéresser s’il y a un projet ambitieux sur du long terme. Toutes les pistes seront étudiées.

Crédit Photo : Jeanne d'Arc de Drancy

☟ CONTINUEZ VOTRE LECTURE ☟