EntretienTalents Sport Avenir

Amadou Konté (TSA) : « L’IDF est le plus grand vivier au monde en termes de talent »

16/12/2017 à 10:31

Ancien joueur professionnel, Amadou Konté a créé en 2014 avec Didier Paass Talents Sport Avenir. Cette association a pour but de relancer les jeunes joueurs sans club ou recalés des centres de formation à travers des stages organisés dans le 12ème arrondissement de Paris. Pour Actufoot, Amadou Konté nous explique le fonctionnement de sa structure et livre son regard sans concessions sur le foot amateur francilien.

Pouvez-vous nous présenter votre parcours de footballeur ?

J’ai évolué pendant 10 ans en tant que joueur professionnel à travers le monde entier. J’ai fait toute ma formation à l’US Créteil Lusitanos, le meilleur club du Val-de-Marne à l’époque, de 13 à 19 ans. Âge auquel j’ai signé mon premier contrat pro au FC Porto. J’ai ensuite beaucoup voyagé : Italie, Angleterre, Écosse, Grèce et j’ai terminé en Indonésie. Autant d’expériences qui m’ont énormément enrichi.

Et comment s’est lancé Talents Sport Avenir ?

On a créé TSA avec Didier Paass en 2014. C’est également un ancien joueur pro ayant joué notamment pour Amiens et ex-international Togolais. Il est aussi passé par l’UNFP, ce qui nous a été très utile au départ car on s’aventurait dans un projet très ambitieux. On a commencé tout petit en se faisant prêter le matériel, puis c’est monté crescendo grâce notamment à notre page Facebook et au bouche-à-oreille.

Quel est l’objectif de l’association ?

Beaucoup de joueurs amateurs rêvent encore de passer professionnel. Nous les accompagnons pour se perfectionner ou se remettre à niveau physiquement afin qu’ils puissent taper dans l’œil de clubs plus huppés. Nous avons pas mal de relations dans le monde amateur et pro, en France comme à l’étranger. Après on ne peut pas aider tout le monde. La difficulté c’est aussi de dire à un joueur qu’il n’a pas le niveau, car notre crédibilité est également est en jeu.

« Être à 2000 % lors du stage pour saisir la moindre chance »

Quel est le contenu de vos stages ?

On a 2 types de stages. Le premier est destiné aux joueurs U19 qui sont en centre de formation. Ils viennent travailler leurs lacunes sur 1 ou 2 semaines pendant les vacances. On bosse vraiment au poste : sur les qualités techniques, devant le but, le jeu long, l’intensité, la tonicité, l’explosivité, ou encore la coordination motrice. Les vacances sont aussi faites pour souffler, alors travailler la qualité technique est idéal car pas trop épuisant et cela se fait avec plaisir.

La seconde catégorie de stage s’adresse donc à des joueurs un peu plus âgés ?

Tout à fait, on est sur des joueurs plus mûres de 20 à 25 ans et qui sont sans équipe. Ils peuvent donc signer à tout moment dans un club, même si ces derniers préfèrent les prendre en janvier pendant la période du mercato pour ne pas perturber l’équilibre de l’équipe en cours de saison. Il faut donc être à 2000 % lors du stage. Comme je leur dis souvent : la période des transferts ne dure qu’un mois alors s’ils ont la moindre chance il faut la saisir. Notre rôle est de les préparer physiquement après plusieurs mois sans compétition. On travaille donc beaucoup sur ce point pour qu’ils ne soient pas largués dans leur  futur club potentiel. On fait également des matches amicaux contre des équipes d’un niveau National 2 pour les mettre en avant.

Quelles sont les conditions pour participer à ces stages ?

Il n’y en a pas vraiment, mais on a quand même 2 critères. Il faut avoir entre 18 et 25 ans et avoir un niveau National 2. On est davantage sur la qualité que la quantité. On est très exigeant à ce niveau-là, car c’est ça aussi qui nous permet de rivaliser contre des équipes de N2 en amical.

« Pas là pour vendre du rêve…»

Vous avez aussi un rôle à jouer sur le plan mental ?

On récupère des joueurs parfois touchés psychologiquement. Il faut qu’ils soient forts dans leur tête, je leur demande de redoubler d’efforts car le football ce n’est pas le monde des « Bisounours  ». Il faut faire preuve de patience. On a connu des joueurs par le passé qui ont explosé tardivement, que ce soit des N’Golo Kanté ou des Riyad Mahrez, qui est d’ailleurs passé par une structure similaire à la nôtre alors qu’il était sans club.

Quel regard portez-vous sur le niveau des jeunes joueurs en région parisienne ?

L’Ile-de-France est tout simplement le plus grand vivier au monde en termes de talent intrinsèque. C’est assez extraordinaire et ils le savent très bien à l’étranger. Je témoigne de cela en connaissance de cause. Hier on parlait de Paul Pogba, aujourd’hui de Kylian Mbappé, demain il y en aura d’autres. Des joueurs de cette trempe il y en beaucoup sur la région parisienne, mais après il faut une part de chance, un coup de pouce du destin ou une bonne rencontre.

Que dites-vous aux joueurs qui souhaitent encore réussir dans le football profesionnel malgré un âge un peu avancé ?

Le football c’est comme dans la vie : il n’y a pas de logique, mais beaucoup de contradictions ! La première des choses que je demande à un joueur c’est le travail : il faut se donner les moyens d’être performant pour réussir. Avec un brin de chance peut-être qu’il pourra aller au bout de ses rêves, mais si cela ne se réalise pas à lui de faire sa propre introspection. Si à 24 ans tu n’as jamais évolué plus haut qu’en DH, alors ça sera très très compliqué de devenir pro même si rien n’est impossible. On n’est pas là pour vendre du rêve.

Propos recueillis par Julien Guibet. 

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