Rencontre

A la découverte de Mattéo Kenette-Messéan, 19 ans et déjà scout professionnel à Londres

12/01/2021 à 19:07

Actufoot est parti à la rencontre de Matteo Kenette-Messéan, 19 ans et déjà recruteur professionnel pour l'agence de joueurs Sportify basée à Londres.

Les belles trajectoires dans le monde du foot ne concernent pas que les footballeurs. Mattéo Kenette-Messéan en est la preuve vivante. Passionné de ballon rond depuis une enfance dans laquelle il s’imaginait devenir commentateur sportif, ce Niortais de 19 ans a intégré, l’année dernière, en qualité de scout, l’équipe de Sportify, une agence spécialisée dans l’accompagnement de joueurs basée à Londres (qui ne possède aucun lien avec le géant du streaming musical qui porte quasiment le même nom). « Le recrutement m’est vraiment tombé dessus. J’avais postulé auprès d’un ancien pro qui recherchait des coaches pour l’Académie qu’il a créée (Champions Football Academy). A force de discuter foot ensemble, on a eu une bonne connexion. Il a vu en moi un potentiel et m’a proposé de devenir recruteur sur la zone Royaume-Uni pour son agence, raconte le diplômé d’un bac pro ventes qui avait, de base, traversé la Manche dans l’optique de parfaire son anglais.

Pris sous l’aile du fondateur de Sportify et ex-joueur pro de Tottenham, Yannick Kamanan, doté d’un réseau important en Angleterre et reconnu comme intermédiaire par la FA, ce supporter lyonnais bercé par par le grand OL des années 2000 affirme ne pas avoir eu d’appréhension à se lancer dans le grand bain du scouting. Yannick m’a appris toutes les bases du métier. Il est comme mon mentor, mon oncle du football. Il a fallu que je me fasse aux rudiments que demandent le job, au démarchage auprès des clubs. Sans prétention, je sais que je suis bon dans ce que je fais même si je dois encore apprendre. Dans l’observation, j’ai toujours eu cette capacité à lire le jeu, les espaces. »

Du recrutement « online » pendant la pandémie

Avant le début de la crise sanitaire, le recruteur en herbe prospectait sur un terrain de chasse, Londres et ses environs, finalement assez large. Des rencontres de League Two et de conférence (D4/D5 Anglaise) à des matches entre académies, Matteo Kennette-Messéan s’évertuait à noircir le cahier qui allait lui permettre de dénicher les futures pépites de Sportify, dont il nous explique la vision. « Notre philosophie est de développer et de travailler sur le long terme avec des jeunes, âgés de 15 à 21 ans qui se trouvent dans des clubs ou des centres professionnels. Ca peut être un petit peu plus en termes d’âge mais on ne fait pas de one shot. » Il faut comprendre à travers cette expression que l’agence londonienne, qui souhaite par ailleurs collaborer avec un agent sportif muni de la licence FFF, n’est pas là pour rafler des joueurs tous azimuts.

Freiné dans ses observations par l’impossibilité de se rendre sur le terrain, qui n’a d’égal pour un scout, le jeune homme a dû se réinventer, ou du moins adapter ses techniques de travail. « En ce moment, c’est du recrutement « online ». Je contacte beaucoup de joueurs sur les réseaux, je leur demande s’ils ont un agent. Par rapport à mon âge, on se comprend car on a le même langage. S’ils ne collaborent pas déjà avec quelqu’un, j’essaie d’obtenir des infos et une compilation d’au moins 5 minutes. Si je juge le profil intéressant, je l’envoie à toute l’équipe qui donne son avis. Elle prend le relais avec l’environnement familial et décide ensuite de le signer ou non. »

« J’estime qu’un bon joueur se distingue déjà sur ses deux premières touches de balle »Mattéo Kenette-Messéan

Si la vidéo s’avère précieuse par les temps qui courent, décortiquer les aptitudes d’un joueur derrière un écran, quand bien même d’excellentes plateformes existent (exemple : Wyscout), n’offre malheureusement pas la même sensibilité qu’un match en tribune ou derrière la guérite. « J’estime qu’un bon joueur se distingue déjà sur ses deux premières touches de balle. Le contrôle et l’enchaînement, juge notre interlocuteur, avant de détailler les autres aspects indispensables à scruter avec précision selon lui. « Il y a l’effort sans ballon, les déplacements, la vision de jeu, la qualité technique. Le comportement sur le terrain est également primordial. Et puis il y a le mental, qui selon moi vaut 70% chez un joueur. » Outre ses observations, ce fan de Football Manager – jeu vidéo très prisé des scouts mais aussi de certains clubs pros – est aussi bien en contact avec des chefs de recrutement de Premier League que des divisions inférieures. Il épluche les demandes qui peuvent parvenir à l’agence et tente de répondre aux besoins des clubs en quête d’un ou plusieurs profils spécifiques en cette période de mercato. « C’est beaucoup de relationnel, on est tout le temps au téléphone », reconnaît-il.

Conscient d’avoir saisi une opportunité unique de se lancer dans ce métier de l’ombre, le Niortais souhaite profiter de son âge pour en apprendre toutes les facettes. Il s’est inscrit au FRFP (Formation des Recruteurs du Football Professionnel) et s’apprête à s’envoler pour Dubaï afin de participer à une formation privée sur les jobs liés au football, encadrée notamment par des personnalités telles qu’Habib Beye et Pierre Mbappé. L’aventure ne fait que commencer et Luis Campos n’a qu’à bien se tenir !