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Contrats et foot : que signent les talents de demain ?

18/02/2021 à 18:23

Jusqu'à l'obtention de son premier contrat professionnel dans l'un des 36 centres agréés en France, un jeune footballeur en formation est susceptible, en fonction de son potentiel et de son évolution, de signer plusieurs types d'engagements contractuels. Actufoot en détaille les contenus avec l'expertise de Loïc Bensaid, agent sportif licencié par la FFF. (Photo : Brice Miko - Estac).

Contrat apprenti, aspirant, stagiaire, élite… Les footballeurs en herbe sont très souvent confrontés à une série d’étapes sur la route sinueuse qui mène au monde professionnel. Car 99% d’entre eux, et c’est une réalité parfois galvaudée, ne possèdent pas les gênes de certains phénomènes de précocité tels Kylian Mbappé, Eduardo Camavinga ou Rayan Cherki pour qui le chemin était tout tracé, du berceau au premier contrat pro. Pour espérer obtenir le précieux sésame, la plupart des jeunes doit jongler avec un cursus scolaire de qualité et une progression footballistique constante au sein de la « jungle impitoyable » des centres de formation…

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L’Accord de Non-Sollicitation (ANS) : faire le bon choix

Promesse d’embauche avec un club professionnel, l’accord de non sollicitation, plus communément appelé ANS est le premier type d’engagement contractuel qu’un jeune joueur et sa famille peuvent signer. Généralement repéré au sein d’un club amateur, il doit être âgé d’au moins 13 ans au 31 décembre de la saison de signature. L’intérêt pour un club professionnel de signer un ANS est de sécuriser l’avenir d’un jeune talent dont il aurait flairé le potentiel. Un pacte de non-agression est automatiquement instauré une fois l’accord signé, le joueur est ainsi interdit de s’engager dans une structure concurrente pendant une durée de trois ans. Une protection qui semble à double tranchant pour lui. « S’en est une parce qu’il va lui garantir l’intégration dans un centre de formation à 16 ans avec un contrat aspirant à la clé. Mais de notre expérience, il a aussi beaucoup de contraintes pour les joueurs parce qu’une fois qu’il est signé, tu ne peux pas revenir en arrière. Ils sont à la fois protégés et bloqués si de meilleures possibilités arrivent après », explique Loïc Bensaid, agent licencié FFF.

« Ceux qui sont très bons sont courtisés très tôt par les meilleurs centres mais on conseille toujours de prendre le temps, de peser le pour et le contre. Parfois, beaucoup d’événements peuvent se passer dans l’environnement du joueur entre le jour de la signature de l’ANS et le jour de rentrée dans le centre. Les invitations des clubs sont faites pour ça : jauger l’environnement, la qualité des éducateurs, savoir si l’enfant va bien se sentir et si l’éloignement familial ne va pas trop se faire ressentir. Ce n’est pas une décision qui se prend de manière précipitée », appuie celui qui gère, avec son associé Pierrick Antonetti, les intérêts de Carlen Arcus (Auxerre), Alexandre Oukidja (Metz) ou encore Lamine Diaby-Fadiga (Paris FC).

Rémunération : aucune (simplement un remboursement des frais kilométriques à la famille).

La Convention : une protection qui vaut presque zéro

Considérée comme un engagement sur le plan juridique, la convention n’est pas un contrat régit par les dispositions protectrices de la charte du football professionnel. Le joueur n’est pas rémunéré et la protection au niveau des clubs est minimale. Le PSG, au bon souvenir de Moussa Dembélé, peut en attester. Lié au club de la capitale par une convention lorsqu’il avait 16 ans, l’ex coéquipier d’Adrien Rabiot au sein de la génération 96 avait été attiré à un tarif bien moindre par Fulham en 2012 (360 000 euros). Les Cottagers n’auraient pas eu autant de facilités pour arracher l’attaquant prêté actuellement par Lyon à l’Atletico Madrid s’il avait possédé un contrat aspirant. « La convention va concerner des jeunes sur lesquels les clubs ne misent pas complètement au départ » analyse Loic Bensaid. Après, un joueur qui rentre sous convention peut très bien finir par obtenir le graal grâce à ses performances. Beaucoup de joueurs rentrent avec ce statut-là et, de par leur progression, font évoluer la position du club. »

Rémunération : aucune.

Les 5 contrats distingués par la Ligue de Football Professionnelle

Contrat apprenti : l’assurance d’avoir un diplôme

Il s’agit du premier contrat reconnu par la charte du football professionnel et que peut signer un joueur en formation pour une durée de 2 ans. Réservé pour les 16/17 ans (15 dans certains cas) libérés de leurs obligations scolaires, le contrat apprenti favorise le double projet. Considérés comme salariés du club, les jeunes suivent un CAP Métiers du football avec examen à la clé. « Il va généralement récompenser des joueurs qui sont en centre, sous convention et qui n’ont donc pas encore de contrat. C’est vraiment hors ANS qui débouche lui sur de l’aspirant. Le contrat apprenti est une première étape vers le professionnalisme. En théorie, le contrat stagiaire, élite puis le professionnel vont lui succéder, énonce notre expert en matière de contrats sportifs.

Le diplôme et les connaissances acquises par le footballeur apprenti lui permettront, dans la mesure où il ne serait pas conservé par son centre de formation ou en cas de pépin, de se reconvertir dès la fin de son cursus scolaire. Au mieux, il disposera déjà d’un bagage pour son après-carrière. Pour Loic Bensaid, « le projet scolaire fait partie inhérente de tout contrat et les clubs mettent tout en oeuvre parce que le taux de réussite en centre est extrêmement marginal. Ils sont dans l’obligation de proposer des alternatives viables à leurs joueurs. Le contrat apprenti restreint un peu la casse puisqu’il permet de s’orienter sur des métiers liés au football. »

Rémunération : Elle oscille entre 212 euros et 707 euros mensuels bruts en fonction des centres de formation (L1, L2, N1) et de l’année de formation.

Contrat aspirant : c’est bon signe !

« Le contrat du joueur aspirant est celui par lequel un club à section professionnelle s’oblige à donner ou à faire donner une formation professionnelle méthodique complète puis continue, en vue de son éventuelle reconversion, à un joueur s’obligeant en retour à travailler pour lui, le tout à des conditions et pendant un temps convenus » décrit l’article 351 de la charte du football professionnel. Concrètement, « c’est un contrat qui ressemble beaucoup à celui d’apprenti » observe Loic Bensaid.

Egalement ouvert aux joueurs âgés de 15 à 17 ans, le contrat aspirant s’étend lui sur trois ans et offre une vraie protection aux structures professionnelles sur des éléments d’une certaine maturité et dotés d’un fort potentiel. Prenons l’exemple de Moussa Dembélé qui n’aurait certainement jamais été chipé au PSG s’il avait été aspirant. Par ailleurs, un joueur qui souhaiterait partir pour un autre club ne pourra pas rompre unilatéralement son contrat. Ce cas de figure s’est récemment présenté pour Hannibal Mejbri (17 ans), dont la famille, en conflit avec Monaco, a tenté de casser le contrat de façon arbitraire. Sans succès. L’ASM et Manchester United ont finalement trouvé un accord sur les bases d’un transfert avoisinant les 10 millions d’euros (5+ 5 de bonus). Jamais apparu en pro, le milieu de terrain formé à l’ACBB possédait simplement un contrat aspirant jusqu’en juin 2021 sur le Rocher.

Rémunération :  Il s’agit des mêmes rémunérations que pour le contrat apprenti (voir plus haut).

Contrat stagiaire : l’antichambre du contrat pro

Paraphé par des joueurs de 17 à 19 ans ayant le statut apprenti ou aspirant, le contrat stagiaire a une durée qui varie en fonction de l’âge de son signataire. 3 ans s’il a moins de 18 ans, 2 ans s’il a moins de 19 ans et un an s’il a moins de 20 ans. « Le contrat stagiaire, c’est l’antichambre du contrat professionnel » abonde l’agent licencié par la FFF. Passé un certain âge, on considère que le joueur est aux portes du professionnalisme mais qu’il lui manque encore quelque chose pour franchir le dernier cap. Le club a encore quelques doutes et ce contrat peut être utile à ce moment pour juger de l’évolution du joueur. »

Pour leur permettre de s’aguerrir, les joueurs sous contrat stagiaire peuvent être prêtés gratuitement une saison aux étages inférieurs (N1, N2) ou dans un club pro qui ne dispose pas de centre de formation. En théorie, le parcours classique d’un joueur qui rentre en centre c’est un ANS qui se transforme en contrat aspirant puis stagiaire et enfin professionnel. En réalité, un joueur très fort passe du contrat aspirant au professionnel sans passer par la case stagiaire. » conclut le président de la société Assist & Goal.

Rémunération : En moyenne, un joueur stagiaire pro dans un club de Ligue 1 touche environ 2800€ la première année, 4200€ la seconde et 5600€ la troisième.

Contrat élite : l’assurance de passer pro mais…

Au contraire du contrat stagiaire qui ne garantit en rien à un joueur de signer son premier contrat professionnel, le contrat élite est une passerelle qui débouche automatiquement vers le monde pro. Il s’agit d’un engagement longue durée (5 ans) qui comprend deux années de formation puis trois en tant que professionnel pour les moins de 19 ans (1 seule année de formation pour les moins de 20 ans). « C’est un mix entre le contrat stagiaire et le pro », résume bien Loïc Bensaid. A l’inverse des stagiaires pros, les élites ne peuvent pas être prêtés durant la période de formation.

S’il protège particulièrement les clubs qui vont posséder une visibilité sur le long terme, le contrat élite peut « se retourner » contre un joueur qui grandirait un peu plus vite que prévu. Signataire de ce type d’engagement en 2014, Lys Mousset explose rapidement au Havre (L2) et son importance nouvelle l’amène à vouloir avancer son passage sous contrat pro. Mais l’espoir du club normand ne coûte presque rien en deuxième année de formation élite (3220 euros bruts mensuels) et le HAC ne voit pas l’intérêt de rediscuter. L’international espoirs français termine la saison sous contrat élite avant d’être transféré à Bournemouth (Championship), qui prend le risque d’investir 7 millions d’euros pour racheter ses trois années de contrat professionnel restantes.

Rémunération : En élite, le salaire minimum s’étend de 1680€ bruts mensuels (17 ans) à 5040€ (moins de 22 ans).

Contrat professionnel : le Graal

Le premier contrat professionnel est l’aboutissement de plusieurs années passées à gravir les échelons dans un environnement hyper concurrentiel. Il est ce pour quoi chaque jeune footballeur qui rentre en centre de formation doit suer et se battre sans relâche. « Un joueur ne peut signer un premier contrat professionnel qu’après avoir satisfait aux obligations du joueur aspirant, apprenti ou stagiaire, à l’exception du joueur issu directement des rangs amateurs et âgé de 20 ans au moins au 31 décembre de la première saison au cours de laquelle le contrat s’exécute » précise l’article 500 sur le statut du joueur professionnel. Selon la règlementation française, la durée maximale du premier contrat pro est de trois ans (en Angleterre, Espagne, Allemagne, ils peuvent signer 5 ans, Ndlr). Il peut néanmoins être prolongé au plus tôt six mois après son entrée en vigueur.

L’Olympique Lyonnais a procédé comme ceci pour sécuriser l’avenir de Rayan Cherki (17 ans). Considéré comme le plus grand espoir du club, le milieu offensif a signé son premier contrat de trois ans à l’été 2019 avant de prolonger d’une saison en juillet dernier.

Rémunération pour un joueur de L1 qui a suivi le cursus stagiaire pro : 11 200€ (première année), 14 000 € (deuxième année), 16 800 € (troisième année). Toutes les sommes : ici

Ces dernières années, plusieurs joueurs ayant signé pro très jeunes (16 ans) ont fini par filer à l’étranger à la fin de leur bail de trois ans (ex : Tanguy Kouassi du PSG au Bayern en 2020). Les clubs français ont bien cru eux aussi pouvoir améliorer la protection de leurs pépites lorsque l’Amendement du 6 juin 2018 permettant d’allonger la durée maximale du premier contrat professionnel de trois à cinq ans avait été adopté. Jugé pas incompatible avec la possibilité de transférer le joueur à un autre club en cours de contrat, son approbation a provoqué des réactions particulièrement hostiles au sein de l’UNFP et de la FNASS (Fédération Nationale des Associations et Syndicats de Sportifs). Sous la pression, elles avaient convaincu l’Assemblée Nationale de faire machine arrière et donc de revenir à une durée de trois ans. Nous reviendrons sur ce débat très bientôt.