ClubHistorique

Limoges « Porcelaine » FC : on recolle les morceaux

12/10/2018 à 16:30

A Limoges, il y a la porcelaine de mémé, le CSP, mais aussi le Limoges FC ! Le club de foot a été secoué ces derniers temps avec une rétrogradation administrative en N3. Mais souvenez-vous, à l'époque, il évoluait parmi les plus grands aux côtés de l'Olympique de Marseille ou de l'AS Saint-Etienne. Le LFC possède un passé lourd qui a laissé quelques cicatrices, ou plutôt quelques fissures sur la céramique... Mais il est toujours là, toujours vivant, prêt à briller à nouveau. Focus.

Le Limoges FC, ça brillait !

« Quand je suis arrivé il y a plus de 52 ans, nous étions en D2. On rencontrait St Etienne ou encore l’OM… C’était très plaisant à voir. Je faisais des levers de rideau avec mes Pupilles et les pros venaient me féliciter sur mon banc de touche pour la qualité de mon groupe. Le Hollandais Johnny Rep m’avait dit que j’avais une grande équipe. Franck Sauzée aussi. Ça m’avait fait plaisir, moi qui n’était qu’un petit bonhomme issu de l’Assistance publique » se souvient, les étoiles plein les yeux, Roland Goldman, 88 ans, secrétaire du Limoges FC. Il faut dire que le LFC a une histoire et pas des moindres. En 1958, le club est promu en D1, plus haut niveau du football national. De grands joueurs, des internationaux français, se succèdent alors dans l’effectif Limougeaud. L’actuel président du groupe de supporters, Alain Perrier, se remémore ces belles années : « J’avais 10 ans à peine lorsque nous étions en D1. Il reste même encore aujourd’hui des supporters de cette époque comme Jean Renaudie qui est une encyclopédie du football. C’est tellement de bons souvenirs… c’est simple, c’est toute ma jeunesse. On recevait les grandes équipes du championnat devant 15.000 supporters. Il y avait un monde fou à Beaublanc. Ils venaient voir les François Remetter, Paul Sauvage, Henri Skiba… ». Un rêve qui n’aura pas duré longtemps. Trois saisons parmi l’élite et puis s’en va. Le LFC aura résisté avec ses moyens avant de retrouver la D2, division dans laquelle il évoluera pendant plus de 20 ans, se créant ainsi une place dans l’histoire du football bleu blanc rouge.

Première équipe du Limoges FC à jouer un match pro (crédit : limogesfc.fr)

Une première fissure

1987. C’est la descente aux enfers. Fragile comme de la porcelaine, le LFC se fissure. Le club dépose le bilan en raison d’une dette cumulée de plus de cinq millions de Francs. Le club repart alors en D4 sous le nom « Limoges Foot 87 ». Sous cette appellation, le club va gravir presque tous les échelons jusqu’à disputer les barrages d’accession au National en 1999. Autre performance remarquable, lors de la même année, le club reçoit le Paris Saint-Germain Football Club pour le compte des 32es de finale de la Coupe de France. Battue 3-4 après avoir pourtant mené 3-2, l’institution limousine revient sur le devant de la scène. La porcelaine avait retrouvé de sa superbe. Elle brillait à nouveau devant un stade plein. On pensait alors que les morceaux avaient été recollés. Malheureusement, à la fin de l’exercice 2002/2003, le club sera rétrogradé en Division d’honneur avec la dissolution du Limoges Foot 87 qui laissera place à nouveau au Limoges Football Club.

La porcelaine est tombée d’un étage…

En 2007, à la suite de l’arrivée d’un nouveau président, Gérard Chevalier, le Limoges FC se lance dans une phase de reconstruction afin de retrouver un rang honorable. « Quand j’ai repris le club, il y avait 370.000 euros de déficit et il n’y avait plus d’équipe. On a tout remboursé et quand je suis parti, il ne restait plus que 120.000 euros de dettes » explique l’ex-président Gérard Chevalier. Autant dire que la porcelaine était presque en miette au moment où ce passionné du LFC a repris les choses en main. Mais la vie est un éternel recommencement, et 11 ans après, alors que le club était remonté en N2 (CFA), le LFC est placé en redressement judiciaire. « Depuis 11 ans, on a galéré pour mener ce club au niveau où il est et puis s’est passé ce qu’il s’est passé, on a fait confiance à un partenaire qui n’a pas tenu son engagement et on s’est retrouvé en difficulté financière. Ajoutez à cela la Mairie qui nous a laissé tomber… » se justifie l’ancien patron. Un temps menacé de liquidation et d’une rétrogradation à l’échelon régional, et grâce à l’arrivée d’une nouvelle équipe dirigeante menée par Benoît Ragazzini et Thibault Degonville, le LFC est finalement accepté par la DNCG en National 3 pour la saison 2018-2019.

Un ballon de basket a heurté la céramique

Rebond, interception, panier ! En plus de la porcelaine de grand-maman, le basket a pris beaucoup de place à Limoges. Depuis le grand sacre européen en 93, le Limoges CSP est devenu le premier club français de sport collectif à remporter une coupe d’Europe des clubs champions. Le parquet a donc pris beaucoup de place dans le cœur des limougeauds. « Si seulement on avait les supporters qu’on avait avant… Mais est venu se greffer le basket. Avant, il y avait 5000 personnes au stade, un truc grandiose. C’était des fervents supporters. Pour eux, c’était le foot. Aujourd’hui, on fait 230 entrées payantes… Le basket a pris le dessus » remarque Roland Goldman, bénévole au LFC. La question qui se pose est la suivante : Limoges, agglomération de 280.000 habitants, ne peut-elle pas avoir plusieurs sports qui « marchent » ? Pour Alain Perrier, supporter historique du LFC, la réponse est oui : « On est dans une métropole où il y a de la place pour le basket, le rugby, le handball qui fait 4000 entrées actuellement, et pour d’autres sports. A Montpellier, il y a le foot, le rugby, le hand… dans toutes les grandes communes, il y a 3 ou 4 sports qui sont représentés. Lors de notre 32e de finale de Coupe de France à Lyon, lors de la saison 2015-2016, il y avait 10.000 supporters. Dès qu’il y a une belle affiche, les gens sont là, mais quand c’est un plus petit niveau comme de la N2 ou de la N3, les gens ne font pas 30.000 kilomètres pour venir voir le match. Si on monte en National d’ici 10 ans, vous verrez qu’il y aura du monde ! »

Les politiques mettent la main au panier

Alors comment expliquer l’amour de la ville pour le basket alors qu’en France, le football est identifié comme le sport numéro 1 ? André Sardain, président de la section amateur du club de basket du Limoges CSP, nous donne quatre raisons :

1- La proximité avec ses supporters. « C’est un club qui a toujours progressé et qui est toujours resté proche de ses supporters. En 81, il y a eu la montée en Pro A. En 82, on fait le doublé européen. En 83, on découvre le plus haut niveau avec la Coupe d’Europe des clubs champions. Il y a eu une progression chaque année et les gens se sont passionnés pour ce sport. Année par année, le club s’est développé mais est resté dans un esprit très amical. Il y avait cette ambiance sympa où les joueurs mangeaient avec les dirigeants et avec les supporters. Quelque chose qui n’est plus possible aujourd’hui… Il faut s’inscrire dans un climat amical auprès des supporters : le peuple a toujours raison. »

2- La communication. « Le club a toujours été bien structuré en matière de communication. Le club a su tisser le maximum de tissu social. Et c’est vrai, il n’a pas laissé trop de place aux autres… Le rugby s’est développé mais pas à Limoges, un peu plus loin à Brive. Les autres sports ont eu du mal à suivre. »

3- Les dirigeants. « Depuis des années, il n’y a pas eu de dirigeant dans les autres sports qui ont réussi à incarner leur club et à le développer. Tout l’inverse du Limoges CSP qui a toujours eu des gens capables de porter le club. Comme exemple, on peut citer Frédéric Forte qui avait beaucoup de charisme.

4- Les politiques et les relations. « On a eu de la chance. Les politiques de Limoges ont toujours été passionnés par le basket. Ils aimaient ce sport. Il y a donc eu l’aide et la compréhension de la collectivité. On a toujours réussi à trouver des gens qui ont aidé et qui avait une bonne surface financière. C’est un travail de longue haleine que de développer un cercle d’amitié pour que tout le monde partage le même plaisir : celui que le club gagne. Pourquoi le basket fonctionne ? Parce que le budget du club est en adéquation avec le budget de la ville (la richesse de la région). Aujourd’hui, au foot, pour monter en Ligue 1, il faut 80 à 100 millions d’euros. Le PSG a un budget de 400 millions d’euros. L’OL a un budget de 250 millions. Je ne pense pas que Limoges ait les moyens de trouver ces sommes-là. Au basket, on a pu faire de bonnes équipes avec des budgets qui n’ont rien à voir avec ceux du foot et du rugby. Pour vous dire, le budget du CSP est de 7 millions d’euros… »

Des relations sous la raquette…

Le Limoges CSP a-t-il laissé sur le banc le Limoges FC ? Quelles sont les relations entre les deux sports, entre les deux clubs ? Ont-ils essayé de se rapprocher pour devenir plus forts ? C’est en tout cas ce qu’a essayé de faire l’ancien boss du LFC, Gérard Chevalier : « J’avais de très bonnes relations avec eux et ils étaient prêts à venir nous aider pour qu’on ne se retrouve pas en difficulté. Par contre, les collectivités n’étaient pas totalement d’accord… Aujourd’hui, si on n’est pas tous les clubs sportifs ensemble, on ne peut pas y arriver. La solution, c’est de réunir tous les clubs, le LH87 (handball) et le CSP (basket) pour faire une grosse équipe. Mais si on n’a pas l’aide des gens du Limousin, ce n’est pas possible. » Une vision que partage le nouveau responsable du club Benoît Ragazzini : « Le Limoges FC, c’est le club phare du département et de la région et il est toujours identifié comme tel. Mais on l’identifie comme un club assez fermé, pas ouvert avec les autres clubs. On doit se permettre d’ouvrir les portes pour pouvoir travailler avec eux. Il faut opérer un rapprochement avec le CSP ou le LH87 qui a beaucoup d’investissements privés et un modèle économique super intéressant. On veut s’inspirer d’eux et on a ouvert des contacts pour faire des projets. Pareil avec le rugby. »

Mais le CSP veut-il entrer dans ce modèle d’entraide alors qu’il s’en sort très bien tout seul ? C’est une autre question. André Sardain, patron de la section amateur du club de basket, a déjà essayé : « Tous les ans, je donnais une petite participation au foot. Bon… peut-être pas ces deux-trois dernières années… Le foot à Limoges, c’était tendu ! Je ne sais pas si ça méritait d’être aidé. Il faut des bons dirigeants, il ne faut pas dépenser tout ce qu’on a. Même si je sais ce que c’est que de vouloir gagner mais dès qu’on touche une structure professionnelle, on ne peut plus se permettre cela. Aujourd’hui, tout s’écrit, tout se voit, tout transpire sur les réseaux sociaux. Le club doit donc être mieux géré. » Avec 17 équipes et 390 licenciés au CSP contre 23 et 490 pour le LFC, le football semble encore avoir le dessus en terme d’aficionados mais l’écart n’est pas immense. Ce qui fait la différence, c’est les moyens mis en place pour chaque enfant, chaque équipe du club. « On a un gros encadrement sportif. Pour un groupe de 24 jeunes, on met 4 entraîneurs. On veut 1 entraîneur pour 6 joueurs. Le basket est un sport très ludique mais il faut beaucoup de discipline. Dès le plus jeune age, il faut leur donner les fondamentaux et pour cela il faut mettre les moyens. Je pense que le club amateur et le club pro doivent être forts tous les deux. On ne peut pas avoir un grand centre de formation s’il n y a pas de grande équipe derrière. Il faut qu’il y ait une fillière jusqu’au bout ». Voilà le conseil d’André Sardain pour que le club de foot progresse. En attendant, on se demande toujours si les deux sports pourront trouver des accords pour progresser ensemble. Pourtant, la solution semble résider dans cette proposition. Affaire à suivre… Peut-être qu’on assistera à un « Buzzer Beater » inattendu…

On remet les compteurs à zéro !

Il y a tout juste un mois, le tribunal de grande instance de Limoges homologuait définitivement le plan de redressement présenté par le Limoges FC. Une décision qui signifiait la fin du redressement judiciaire pour le club limougeaud. « Au mois de février 2018, la Mairie a bloqué les 46.000 euros qu’elle devait nous donner parce qu’elle disait que le club était mal géré. La Fédération avait aussi gelé 16.000 euros. C’était pour cela qu’on avait été mis en redressement. C’était très compliqué avec la Mairie… Je ne suis pas persuadé que la ville de Limoges voulait un grand club de foot » s’explique Gérard Chevalier, président du LFC au moment de la rétrogradation administrative en N3 par la DNCG en fin de saison dernière. 120.000 euros de dettes. C’est ce qu’il fallait rembourser et c’est ce qui a été fait par les nouveaux dirigeants. « Le club était financièrement en difficulté. Il était en liquidation judiciaire. Cette période de redressement allait soit permettre de sauver le club, soit de le laisser mourir. On a constitué un groupe d’anciens du clubs avec de jeunes entrepreneurs qui ont mis la main à la poche pour combler le déficit. C’était la chose à mettre en place pour qu’on puisse sortir du redressement. Il y avait 120.000 euros à chercher et on les a trouvés ! » rappelle fièrement le nouveau responsable Benoît Ragazzini.

Fin de la saison 2017/2018 : Le limoges FC risque de fermer ses portes. (Crédit : Facebook : Les Supporters du Limoges Football Club)

Et cet argent, la nouvelle équipe l’a trouvé seule, sans l’aide financière de la Mairie. Roland Goldman, bénévole au LFC, déplore la situation « L’aide de la mairie ? Ce n’est pas fort ! Ils sont toujours en train de grappiller et de diminuer notre modeste subvention. Ils ne pensent pas qu’on est pillé de partout : les cartons de joueurs, ça coûte. Les engagement d’équipes, ça coûte. Une lettre avec une journée de retard, ça coûte aussi ! » Aujourd’hui, plusieurs anciens du club s’interrogent. C’est le cas de l’ancien chef d’orchestre Gérard Chevalier « Je pense que le LFC n’a pas une place importante dans la ville sinon le club serait en National. Si la ville de Limoges n’aide pas son club pour aller au dessus, il ne pourra pas le faire tout seul. J’ai mis de l’argent de mes poches, mais c’était compliqué… ». Cependant, il faut tout de même rappeler que ce n’est pas la Mairie qui a mis le club en difficulté. Le LFC espérait seulement plus d’aides de sa part. D’ailleurs, c’est l’ancienne équipe dirigeante qui est pointée du doigt.

La vieille porcelaine dépoussiérée !

La dette est remboursée. Le club évite le pire et repart en N3 pour cette nouvelle saison 2018/2019. Exit l’équipe de Gérard Chevalier. Deux jeunes chefs d’entreprises, Benoît Ragazzini et Thibault Degonville, ont pris les manettes. Et ils ont leurs idées. En effaçant l’ardoise, ils ont aussi souhaité effacer les 11 ans de règne de Gérard Chevalier. Repartir à zéro. « 95% des choses ont été changées par rapport à ce qui avait été mis en place. Il y a une seule personne de l’ancien bureau qui est restée. On repart d’une page blanche. Ce n’est pas plus mal dans un sens… On a beaucoup de détracteurs mais on commence à voir le bout du tunnel. Le dialogue avec la Mairie est réouvert car l’ancienne direction avait des problèmes avec elle. Aujourd’hui, elle nous aide beaucoup pour notre projet » précise Benoît Ragazzini. Une décision que regrette l’ancien responsable Gérard Chevalier : « On a obtenu le label elite. Il y a très peu de clubs qui l’ont. Si on l’a eu, c’est qu’il faut s’appuyer dessus. Repartir à 0 est une erreur monumentale. L’ancienne équipe n’a pas fait que de mauvaises choses. J’étais prêt à arrêter mais je voulais faire une passation de pouvoir. Mais ils ont dit qu’ils n’avaient pas besoin de nous. Je voulais rester avec eux pour leur donner un peu de conseils, les aider, partager les partenaires. Ils nous ont demandé de leur laisser la place ».

Des détracteurs ? En effet, il y en a ! Il faut dire que ce n’est pas facile de voir 11 années de travail être effacées par des hommes qui viennent d’arriver et qui n’ont pas vécu avec le club. « Il n’y a aucune reconnaissance. 5 ou 6 heures de travail par jour, tous les déplacements avec ma voiture personelle, sans jamais prendre un seul défraiement, des restos avec les partenaires que j’ai payés de ma poche… mais aujourd’hui on a tout oublié. On se cache même dans la rue pour ne pas vous dire bonjour. Je suis très fier d’avoir été président du Limoges FC pendant 11 ans mais aujourd’hui je me dis que c’était du temps de perdu » regrette Gérard Chevalier. Certains pensent l’inverse. C’est le cas du président du club des supporters Alain Perrier : « On a passé une très mauvaise saison avec cette mise en liquidation alors qu’on avait un super entraîneur et une super équipe. Il y a eu des erreurs financières. Chevalier s’est donné du mal mais je lui disais « Gérard, tu ne sais pas encadrer des personnes compétentes ». Un club se gère comme une entreprise, on ne peut pas dépenser de l’argent plus que l’on en a. Le trou s’est vite creusé en payant des joueurs amateurs très chers. Mais à les écouter, ce n’est jamais de leur faute, c’est toujours la faute des partenaires. Il faut savoir avoir des gens compétents qui vont les chercher les partenaires ! Heureusement, des repreneurs se sont présentés. On fonde beaucoup d’espoirs sur eux. C’est une équipe de jeunes qui a repris le LFC et je pense qu’ils sont en train de faire du très très bon travail, chose qu’on n’avait plus l’habitude de voir avec une partie de l’ancien comité directeur… Il a fallu renflouer, présenter un bilan positif, éponger une partie de la dette. On voit qu’on a affaire à des gens sérieux ».

La formation, la glu qui recolle les morceaux ?

Une semaine avant la fin du mercato, le LFC obtient la confirmation de la DNCG que le club allait repartir en N3. Avec les difficultés, les joueurs de l’exercice précédents sont tous partis dans d’autres clubs : la peur de devoir jouer dans une petite division, de voir leur salaire diminuer ou pire… de voir le club fermer ses portes. Du coup, Il a fallu complètement reconstruire une équipe : « On a un groupe très jeune avec une moyenne d’âge de 21 ans. » précise Benoît Ragazzini. Et pour encadrer ce groupe en manque d’expérience, les nouveaux repreneurs ont tapé fort. Ils ont fait revenir Colbert Marlot, ancien joueur et entraîneur du club, un bâtisseur. Quelqu’un qui a l’habitude de travailler avec la jeunesse et qui a d’ailleurs exercé au RC Lens à la pré-formation. « On n’a pas pu recruter. On était un peu coincé, mais on le savait. Ça permet de faire jouer des gamins qui ne connaissent pas ce niveau-là. Et puis, on peut avoir quelques surprises en fin de saison. L’état d’esprit est nickel. On fait cinq séances par semaine, on travaille en musculation. Je sais que quand un groupe est jeune comme ça, dans six mois, ce ne sont plus les même joueurs, avec du travail athlétique, de la force, on va progresser. Ce qui est intéressant, c’est qu’un groupe jeune, on le voit évoluer, c’est chouette à faire » confirme le formateur Colbert Marlot dans une interview donnée à Actufoot.

La U18 du LFC s’entraîne ! (Crédit : Facebook : Les Supporters du Limoges Football Club)

Benoît Ragazzini mise beaucoup sur le vivier de jeunes de la ville « Limoges est une ville importante et possède un très bon vivier jeune. On va travailler sur la formation. On veut que nos équipes de jeunes soient toutes en Nationaux ». Pour son prédécesseur Gérard Chevalier, qui misait lui aussi sur la jeunesse mais surtout sur des jeunes de l’extérieur, l’idée semble utopique « On avait beaucoup de jeunes qui partaient dans des clubs pros. Par contre, quand on me dit qu’aujourd’hui on peut avoir un club fort à Limoges avec les jeunes des alentours, je n’y crois pas. Ils n’ont pas le niveau pour jouer au dessus ». Un avis que ne partage pas Roland Goldman, ancien éducateur U12 et secrétaire au LFC « Des gens s’engagent dans le club mais ils n’ont pas le niveau. On se trompe parfois sur des joueurs recrutés… A l’époque, mis à part un ou deux éléments, les équipes étaient constituées de jeunes de la région. Et on a fait de sacrés joueurs ! Laurent Koscielny était chez nous en U19 Nationaux par exemple ». Alain Perrier, fervent supporter du LFC est d’accord « Quand des joueurs sortent du lot, on vous les pique. Il faut savoir les garder, chose qui n’était pas faite chez nous. Avec Colbert Marlot, entraîneur qui a déjà fait ses preuves au sein du Limoges FC et qui privilégie la jeunesse, ces jeunes vont prendre de l’ampleur. Avec les années qui vont passer, ils vont prendre en maturité. Entourés de quelques joueurs d’expérience, je pense que ce sera pas mal ».

Des regards sur la céramique…

A quoi ça sert d’avoir une belle porcelaine, si elle reste à la cave et qu’elle n’est pas admirée par des yeux envieux ? Pour que le football puisse renaître à Limoges, le club a besoin de regagner le cœur de ses supporters. La base. Pour cela, les dirigeants ont mis en place une nouvelle stratégie : baisser le prix des entrées. Une idée qui avait été lancée par le coach Colbert Marlot. « On a baissé le prix des abonnements en les mettant à 50 euros. Le prix des places est à 5 euros maintenant. Le but ? Que le stade soit un endroit convivial pour les amoureux du club ». Une démarche moquée par l’ancien responsable Gérard Chevalier « Baisser le prix des abonnements, des entrées, de la buvette, des entrées de la réserve, des licences… ce n’est pas comme ça qu’on va réussir. » Pourtant, l’opération a pris un bon départ « Lors de notre premier match, on a battu le record d’entrées que le club avait fait en N2 : 700 personnes. L’an dernier, en N2, ils avaient fait 400 entrées payantes lors d’un match de coupe en recevant une D2. Cela montre que les gens étaient curieux de voir les nouveautés de l’équipe ! ».

Le Kop présidé par Alain Perrier (Crédit : Facebook : Les Supporters du Limoges Football Club)

Et ce n’est pas tout ! Pour remettre de l’ambiance au Stade Saint-Lazare, Benoît Ragazzini a confié les clé de la fanfare au président du club des supporters Alain Perrier « J’avais fait une lettre de bonne chance pour le futur aux nouveaux dirigeants. Dès le lendemain midi, ils m’appelaient en me disant qu’ils avaient besoin du club des supporters. Ils avaient pris la décision de m’offrir 50 places en permanence pour chaque matchs. Ces 50 places ont été transformées en carte d’abonnement. Cela m’a permis de monter un kop. Les gens ne payent rien du tout, et on leur fait une carte de supporters. Pour l’instant, on a le droit à 50 mais on en est qu’à 25… Je ne la donne qu’aux gens qui viennent mettent de l’ambiance, amènent des drapeaux ou donnent de la voix. J’ai fait faire des banderoles de 4 mètres, des drapeaux de plus d’1M50 avec le logo du club, j’ai acheté des mégaphones… Ça commence à prendre. Mais pas assez… S’ils étaient une cinquantaine, je serai content. Mais petit à petit, avec les résultats, je pense que ça le fera ». Autre idée très intéressante et elle vient toujours d’Alain Perrier, celle de faire du spectacle avant et après chaque match, un peu à la manière du basket ou du hockey sur glace aux États-Unis : « Au handball, ils ont organisé un match au Zénith de Limoges qui était suivi d’un petit récital de la chanteuse Tal. D’ailleurs, ça va se reproduire ce mois-ci. En plus du ballon, il faut amener du spectacle ! ».

Pour briller à nouveau

Pour que la « porcelaine » brille à nouveau et que rien ne vienne la fissurer comme dans le passé, la masse salariale du club a été divisée par trois : « Financièrement, on fait attention un peu à tout. On essaye de draguer les sponsors. C’est plutôt positif, des gens veulent mettre de l’argent. Normalement, on prévoit des excédents pour la fin de l’année » avance Benoît Ragazzini. Car pour atteindre l’objectif d’accéder en National au maximum en 2022, il ne faut pas retomber dans les vieux travers. Même si pour l’ancien président Gérard Chevalier, expérimenté dans la gestion d’un club, la mission est « impossible ». Pour lui, viser le National ou la Ligue 2 n’est pas réaliste « Pour Limoges, on peut difficilement faire mieux que le niveau qu’on avait. Pour la Ligue 2, il faut 4 millions d’euros d’apport à trouver. Comment trouver l’argent à Limoges ? Il n’y a pas le tissu économique nécessaire ! Je pense qu’il n’y aura plus jamais un club en 2e division à Limoges ».

Le chantier du stade Beaublanc de Limoges (Crédit : lemoniteur.fr)

Cependant, les supporters continuent de rêver. Pourquoi ? Car la porcelaine va pouvoir être exposée dans un nouveau musée. En effet, la rénovation du stade à Beaublanc est terminée « Je ne sais pas quand il va être finalisé au niveau de la réception. Ça devrait se faire bientôt. Avec la nouvelle équipe et les accords municipaux passés, on aura l’occasion de faire quelques matchs dans cette nouvelle enceinte avant 2019. Je pense qu’on aura alors plus de monde. On vise les 2000 spectateurs. »espère Alain Perrier. « Il y a eu un rapprochement avec le Milan AC, il s’était dit que Matuidi pourrait être repreneur avec son papa, pareil avec la famille Koscielny qui était longtemps sur les rangs. Je pense que d’ici quelques temps on va voir apparaître des gens qui ont marqué le foot et qui vont se rapprocher du club… » imagine ce fidèle supporter. Le LFC pourrait-il être entre les mains d’un grand nom du football ? C’est possible mais c’est gros comme un éléphant dans un magasin de… porcelaine.

Keevin Hernandez