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Dominique Rocheteau : « Le foot amateur c’est la base, et la base ce sont les éducateurs »

06/07/2020 à 16:20

Dominique Rocheteau (65 ans) vient tout juste de quitter sa fonction de membre du Directoire de l'AS Saint-Etienne. Pour Actufoot, la légende passée par les Verts, le PSG et le Toulouse FC revient sur sa carrière, ses plus beaux souvenirs, ses regrets... Il nous livre également son regard sur le football amateur. Entretien !

Dominique, comment allez-vous ?

Je vais très bien. J’ai pris ma retraite il y a quelques temps, même si j’étais encore à Saint-Etienne dans le directoire, mais depuis le confinement je n’ai plus d’activité au club. C’était programmé comme ça. Je suis retourné aux sources, je suis revenu dans ma région à Royan (en Charente-Maritime, NDLR). C’est une nouvelle vie, un nouveau départ !

Pourquoi avoir relancé les « Stages Foot Pour Tous« , huit ans après ?

Je fais beaucoup de choses par passion et par feeling. C’était un peu programmé, je savais que lorsque j’arrêterai ma carrière de dirigeant à Saint-Etienne, je reviendrai dans ma région et je garderai une activité sportive. J’ai envie de faire des choses pour ma région d’origine, je voulais recréer des stages pour les enfants. J’ai un super site à Royan en partenariat avec la mairie. Avec ce qui s’est passé, cela a été un peu compliqué pour cet été sur les deux mois, il a fallu s’adapter à la situation. Finalement, j’ouvre un stage au mois d’août pour deux semaines, mais je veux m’inscrire dans la durée.

Pourquoi le nom de « Foot pour tous » ?

C’est à la fois pour les garçons et pour les filles, de 6 ans à 17 ans. C’est du football loisir mais c’est aussi pour progresser. De très bons joueurs sont passés par mes stages, certains ont fait des carrières en Ligue 2 ou en Ligue 1 comme Nicolas Pépé. C’est orienté sur le plaisir de jouer au football !

« Ma relation a été forte avec les supporteurs stéphanois »

Vous avez été directeur sportif de l’ASSE pendant 10 ans. Que retenez-vous de cette expérience ?

Cela a été un grand plaisir. Il ya eu des relations humaines, ce qui est très important à mes yeux, avec messieurs Christophe Galtier, Jean-Louis Gasset, Roland Romeyer, Bernard Caiazzo et d’autres. Il y a eu beaucoup de résultats quand même, car on a été européen : ce n’est pas évident avec la concurrence ! On a été régulièrement qualifié avec de belles rencontres en Europa League. Ma relation a été forte avec les supporteurs stéphanois, j’ai vécu de grands moments !

Y a-t-il des tensions particulières entre Romeyer et Caiazzo ?

Non, car je suis quelqu’un de rassembleur, je n’aime pas le conflit et on peut parfois me le reprocher. J’ai essayé de mettre en place un état d’esprit positif.

Avec quel coach vous êtes-vous le mieux entendu ?

Il est difficile de faire des comparaisons. Les deux coachs qui m’ont marqué sont : Christophe Galtier et Jean-Louis Gasset, bien sûr.

Selon vous, pourquoi les Verts ont joué le bas de classement sur cette dernière saison ?

On a longtemps joué le top 5, mais il y a eu le départ de Jean-Louis (Gasset, NDLR) après une belle saison. Il y a eu une petite déception au niveau du club, des joueurs… Ça n’a pas été facile pour Ghislain Printant de reprendre derrière. Pour réussir, il faut travailler dans le temps. Cela a été un nouveau départ, mais les résultats n’ont pas été au rendez-vous. Claude Puel est arrivé avec une autre philosophie. C’est une année compliquée, mais peut-être une année dans la reconstruction. Claude est un entraîneur qui aime faire confiance aux jeunes. Saint-Etienne va avoir une équipe renouvelée et rajeunie. Il faudra donc du temps pour avoir des résultats.

Il manquait un buteur comme vous peut-être ?

J’étais plus buteur à Paris qu’à Saint-Etienne où je jouais ailier droit dans un 4-3-3. Je ne me suis jamais considéré comme un avant-centre type, mais plus comme un attaquant libre. Le buteur est important dans une équipe et doit marquer. Dans ma période de dirigeant, il y a eu Pierre-Emerick Aubameyang. Il s’est affirmé à l’ASSE. Max-Alain Gradel a eu une très bonne période aussi. Après on a fait venir plusieurs attaquants qui n’ont pas eu forcément de réussite comme Robert Berić. Si on a un buteur qui marque 15-20 buts dans une saison, c’est un gros plus. Ces dernières années, on n’a pas eu ce buteur ! Mais ce n’est pas facile à trouver ou sinon c’est très cher.

« Nous étions une équipe de copains »

Souvenirs, souvenirs : nous sommes obligés de parler de la folie verte en 1976 et de l’Ange Vert (le surnom de Dominique Rocheteau). Quelle époque, non ?

On peut dire « quelle époque », oui, car on en parle encore ! Pendant le confinement, il y a eu des rediffusions de matches de Coupe d’Europe. C’est ancré dans l’histoire du football français, et dans celle de Saint-Etienne. Ce fut une période fabuleuse, mais avant nous, il y a eu aussi de grands joueurs à l’image de Salif Keita. Dans l’équipe 75-76-77, nous étions très liés et on se revoit régulièrement. On a toujours plaisir de se revoir car sur le terrain nous étions une équipe de copains.

Vous faites partie du 11 de légende de Robert Herbin, surnommé « Le Sphinx », selon L’Equipe. Ça fait plaisir ?

Oui, bien sûr, avec Robby qui nous manque, un grand monsieur !

Vous avez ensuite joué durant sept ans au Paris Saint-Germain et inscrit 100 buts aux côtés de joueurs comme Nambatingue Toko ou Mustapha Dahleb…

Avec Safet Sušić, Luis Fernandez, je pourrais en citer beaucoup…

Ce trio était-il du niveau de Mbappé, Neymar et Icardi ?

Non, on ne peut pas comparer les époques. Et puis, Mbappé fait partie des meilleurs du monde, il va faire une grande carrière. Neymar aussi. Ces deux joueurs font partie des 5-6 meilleurs joueurs au monde. Le PSG a une équipe pour gagner la Ligue des Champions, mais ce n’est pas simple. J’espère que le PSG va y arriver et pourquoi pas cette année. À notre époque, on avait aussi une forte équipe en 1986, c’était le Paris spectacle ! Il nous manquait de l’expérience, mais sur un match nous étions au rendez-vous. Aujourd’hui, il y a des joueurs extraordinaires au Paris Saint-Germain.

Au PSG, vous avez été repositionné avant-centre. Comment réfléchit un attaquant ?

Moi, je prenais autant de plaisir à faire la passe, même si à l’époque il n’y avait pas de statistiques. À Saint-Etienne, je faisais beaucoup de centres alors qu’à mes débuts je ne pensais qu’à marquer. Mais, avec la culture et l’état d’esprit des Verts, le collectif était important comme à Paris. J’aimais marquer mais je n’étais pas obnubilé par cela.

« J’aurais aimé gagner la Coupe du Monde »

Vous êtes le quatrième meilleur buteur de l’histoire du PSG, une sacrée performance ?

On peut toujours faire mieux, j’aurais aimé gagner la Coupe du Monde. On a gagné le championnat d’Europe avec l’équipe de France, mais pas de Coupe du Monde. Je n’ai pas de regrets ou peut-être celui de ne pas être parti à l’étranger, en Angleterre. J’ai toujours aimé le football anglais avec ses stades pleins et ses grandes ambiances.

Le football anglais d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. Une préférence ?

J’aurais pris peut-être plus de plaisir avec le football anglais actuel. J’ai eu l’opportunité de partir en fin de carrière, mais ça n’a pu se faire et je suis resté à Paris.

Dominique Rocheteau

Le Parc des Princes, Geoffroy Guichard : deux publics bouillants. Au cours de quel match avez-vous connu une communion totale avec les supporteurs ?

À Geoffroy Guichard en Coupe d’Europe bien sûr : le public nous portait, il était le 12ème homme. On a fait des retournements de situation, et même avec Paris. Ce sont de grands souvenirs aussi avec les finales de Coupe de France à « domicile » aux Parc des Princes avec le public parisien. Lors de la première victoire en finale de Coupe de France, le terrain a été envahi par les supporteurs, un grand souvenir !

Vous n’avez jamais voulu être coach ?

Non, je n’ai jamais été attiré par le poste d’entraîneur, mais je voulais rester dans le football. J’aurais pu être un formateur. J’ai préféré toucher à tout, j’ai créé une académie au Vietnam ou monté des stages à Royan.

Vous avez fini votre carrière au Toulouse FC. Que retenez-vous de cette période ?

Ça n’a pas été marquant sur le plan footballistique, même si on a été européen avec une grande équipe et des grands joueurs comme Alberto Márcico, Franck Passi, Yannick Stopyra. C’était la fin de ma carrière…

« En 1982, on avait l’équipe pour aller en finale »

Trois Coupes du Monde en 78, 82, 86 et un championnat d’Europe en 84. Que retenez-vous de ces campagnes internationales ?

En 1978, il y avait deux générations avec Michel Platini, Patrick Battiston, Maxime Bossis et Henri Michel. Une Coupe du Monde un peu frustrante, on avait tenu tête à l’Argentine (défaite 2-1) qui a remporté le Mondial dans un stade impressionnant : le stade Monumental Antonio Vespucio Liberti (à Buenos Aires, NDLR). C’est le stade qui m’a le plus impressionné dans ma carrière. On a été éliminé dès le premier tour, on avait perdu contre l’Italie lors du premier match. 82 et 86 restent deux belles Coupe du Monde avec deux demi-finales, mais on ne va pas refaire l’histoire. Cela a été deux belles aventures… On avait l’équipe en 1982 pour aller en finale, mais c’est comme ça.

Un mot sur Michel Hidalgo qui nous a quittés cette année ?

C’était un homme plein d’humanisme, très proche de ses joueurs, il avait une conception du football basée sur le jeu offensif. Il a créé le quatuor français. On a fait un long parcours ensemble et nous étions très proches jusqu’à la fin. À Marseille, on s’est tous retrouvé avant son décès et ça a été un grand moment.

Quel est votre regard sur le football amateur ?

Je n’ai jamais quitté le monde amateur ! Avec Roland Romeyer, on allait souvent à la rencontre des supporteurs, dans les sections supporteurs. Nous étions reçus par les clubs amateurs. Le football amateur c’est la base, et la base ce sont les éducateurs qui ont une fonction primordiale. Il faut faire en sorte que le football amateur soit aidé. Je ne veux pas comparer les périodes, mais au niveau du bénévolat, il en manque de plus en plus.

Avec la crise du covid-19, le football d’en bas est-il en danger ?

Oui bien sûr, la période actuelle va faire du mal mais même avant, dans les petits villages, les joueurs étaient attachés mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Certains clubs fusionnent, c’est difficile pour vivre. Il faut des aides des fédérations !

Propos recueillis par Farid Rouas.

Crédit Photo : ASSE