Prépaphysique

Pourquoi les footballeurs amateurs font-ils appel à un coach sportif ?

04/08/2018 à 12:14

Suite de notre série sur la préparation physique. Après s'être intéressé à la préparation physique dans les clubs amateurs, il est temps de s'intéresser au coach sportif personnel des sportifs amateurs. Souvent mal perçu par les entraîneurs, le préparateur physique personnel, ou coach sportif, fait de plus en plus d’adeptes dans le football amateur. Entre préparation physique d’avant saison, séances hebdomadaires et conseils nutritionnels, rien n’est laissé au hasard. Son rôle est-il vraiment néfaste pour les joueurs ? Pourquoi solliciter un coach sportif et quel est son rôle ? Tentative d’explications.

Pour un footballeur amateur, le début de mois de juillet rime souvent avec trêve estivale. L’occasion de prendre une pause bien méritée et de souffler après une longue saison ? Certainement. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Certains se démènent, corps et âme, pour être dans une forme optimale à la reprise de l’entraînement avec leur club. Ils sont de plus en plus nombreux dans ce cas-là. L’objectif est d’aller plus loin. Plus haut. Comment ? En faisant comme les pros : s’entraîner avec un préparateur personnel pour travailler individuellement. Les séances sont établies « en fonction des objectifs, du poste, du temps de jeu de l’année passée, de la forme du moment, des déséquilibres musculaires, des blessures contractées par le passé, ou encore de la morphologie », explique Théo Chiche, coach sportif basé en Moselle. Pour chaque joueur, le travail est donc différent. Le programme est construit sur des critères bien spécifiques qui correspondent précisément au profil du joueur. « Cela permet de réduire un maximum les points faibles des joueurs, les faire travailler là-dessus, et surtout d’améliorer les points forts, ce qui les fait le plus progresser », ajoute le fondateur de Training Coaching, à Scy-Chazelles (Moselle).

L’entraînement collectif individualisé

Avec un coach sportif, l’entraînement est individualisé, même quand il est collectif. Au programme, une préparation physique en groupe. L’objectif est « d’optimiser au maximum la reprise qui va être faite en club », selon Théo Chiche. « Le but est d’arriver dans des conditions physiques optimales pour encaisser au mieux la préparation effectuée en club ». Le travail s’effectue la plupart du temps en deux axes : l’endurance fondamentale « pour travailler le foncier » accompagnée de « fractionné, à savoir alterner différents rythmes de course », et la musculation « pour développer les différents groupes musculaires de manière harmonieuse afin de prévenir les blessures. L’intérêt pour les joueurs est d’être capable de répondre aux sollicitations et aux charges de travail de leur sport ».

C’est d’ailleurs pour soigner une blessure que certains font appel à un coach, comme Damien Mauger, joueur de l’APM Metz. « J’avais une pubalgie, j’avais besoin de bosser de manière spécifique. Je voulais me soigner correctement. Je savais que c’était indispensable de passer par là pour bien guérir ». Pour éviter d’éventuels pépins physiques, des exercices inédits pour ces amateurs sont mis en place : « de la proprioception, utilisée entre autre pour tenir en équilibre sur des coussins, par exemple, pour améliorer l’équilibre », détaille Théo Chiche. La récupération est aussi un élément essentiel à prendre en compte. « Le sommeil est également un facteur de blessures. Ne pas se coucher tard, avoir un bon rythme, c’est important. On peut aussi avoir recours à de la pressothérapie, un massage profond avec de grandes bottes que l’on enfile. »

 

Un client de Training Coaching, en pleine séance de pressothérapie.

Quand la reprise en club pointe le bout de son nez, les séances personnalisées du préparateur personnel ne sont pas mises de côté pour autant. Un suivi est réalisé tout au long de la saison. « On adapte les séances en fonction des objectifs de chacun et de la charge de travail effectuée en club », précise le jeune coach de 23 ans. « Il est important de concilier les deux pour ne pas mettre la santé du sportif en danger et le cramer ». Cette individualisation du travail, ciblé pour chaque joueur, attirent ces footballeurs amateurs, désireux de progresser. « Le coach peut prendre le temps de m’expliquer les exercices correctement, contrairement à l’entraînement en club où on est au moins 25. On travaille en fonction de mes besoins, mais surtout, ça me permet de repousser mes limites, avec le coach qui est à fond derrière moi », raconte Luca Galli, défenseur central de la Jeunesse Junglinster (récent champion de D3 luxembourgeoise).

Des performances en hausse

Les séances spécifiques en plus des entraînements en club apportent une vraie valeur ajoutée à leurs performances. Il y a véritablement un avant et un après. « J’ai cette capacité à répéter les efforts plus longtemps et de manière plus intense, ce dont j’étais incapable auparavant. J’ai encore du jus en fin de match alors qu’avant, je terminais difficilement une rencontre, complètement épuisé », souligne le défenseur de 23 ans. Même son de cloche chez Ludovic Corti, son coéquipier dans les cages, pour qui les dernières minutes d’un match étaient souvent compliquées. « Je finissais souvent les rencontres émoussé. En plus, d’habitude, j’avais un creux d’octobre à novembre. C’était le contre-coup de la préparation physique. Maintenant, je suis plus frais qu’avant en fin de rencontre et plus performant à cette période de la saison ». Voir un gardien collaborer avec un coach peut surprendre. Et susciter quelques interrogations. Le programme d’une préparation pour ce poste si particulier ? Du fond, avec de la course pendant quarante-cinq minutes, mais pas seulement. « La différence avec les joueurs de champ, qui travaillent sur courtes et longues distances (endurance-puissance), c’est qu’on travaille essentiellement sur courtes distances. C’est spécifique à notre poste », explique le gardien âgé de 30 ans. Là encore, plusieurs variantes existent pour travailler sur courtes distances. « On peut par exemple s’exercer avec ou sans charge, avec ou sans saut, avec ou sans résistance, les possibilités sont multiples », précise Théo Chiche.

Le secret de la performance résiderait-il uniquement dans le travail ? Pour Ludovic Corti, ses meilleures prestations sur le pré s’expliquent premièrement « par les séances de coaching, qui m’ont permis d’améliorer certaines aptitudes ». « Je suis devenu plus réactif, plus concentré, plus tonique sur les appuis. J’ai aussi une meilleure détente qu’auparavant ». Limiter ça au travail physique serait réducteur. Le foot n’est pas qu’une histoire de terrain. La nutrition, notamment, joue un rôle essentiel. Les spécialistes de la troisième mi-temps peuvent en attester. Comme son compère Luca Galli, qui a « perdu 18 kilos en 6 mois », l’ancien gardien de Bertrange a éliminé les kilos à une vitesse incroyable, grâce aux « précieux conseils » de son coach. « Entre le 10 juillet et le 15 octobre, j’ai perdu 15 kg ! Au début, Théo m’a posé plein de questions sur ce que je mangeais. A l’arrivée, il a réussi à me faire comprendre que manger sainement pouvait me faire perdre du poids. Je n’ai pas la fatigue d’un régime, au contraire, j’ai la forme du sport. Il m’a inculqué un mode de vie », détaille celui qui était il y a encore quelques mois troisième gardien de son club. En clair, pas besoin de régime drastique, seulement des excès à limiter.

L’exigeant monde professionnel comme objectif

On le sait, faire appel à un coach sportif est déjà très répandu dans le monde professionnel. Et commence à l’être au niveau amateur. Dans certains cas, l’idée est d’intégrer le monde professionnel. Erwann Moukam, passé par l’Astra Tripolis, en Grèce, a lui aussi fait appel à un préparateur personnel. « J’évoluais à Amnéville, en N3, depuis le début de la saison. J’avais besoin d’être suivi par un coach pour retrouver le haut niveau. Après avoir connu le monde professionnel, tu es obligé de faire appel à un coach pour avoir les mêmes exigences et retrouver un club de top niveau. C’était indispensable, à mes yeux, d’avoir cette individualisation des séances, de travailler en fonction de mes besoins », explique le milieu de terrain de 23 ans. Le joueur formé au FC Metz évolue aujourd’hui au FC Neman Grodno (D1 biélorusse). Reculer pour mieux sauter était son pari ?  Mission accomplie.

Erwann Moukam aux côtés de son préparateur physique personnel, Théo Chiche.

 

Florian Tonizzo