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Racing Colombes : Le torchon brûle entre le président et son ex-entraîneur

07/12/2018 à 12:23

Coup de théâtre en milieu de semaine du côté du Racing Colombes. Alors que l'équipe fanion est actuellement deuxième du championnat de National 3, le club des Hauts-de-Seine et son désormais ex-entraîneur, Abdellah Mourine, se sont séparés en raison de désaccords profonds. Le coach francilien reproche notamment au président du Racing, Patrick Norbert, l'ingérence de l'équipe fanion. Version que ce dernier réfute. Actufoot est allé à la rencontre des deux personnes concernées pour recueillir leur opinion.

Abdellah Mourine (ex-entraîneur du Racing) : « Depuis 5-6 matches ils me harcelaient vraiment »

Quelle est l’origine de ce départ surprise ?

Ce n’est pas moi qui ai décidé de partir, c’est le président Patrick Norbert qui m’a dit que c’était « terminé » par téléphone cette semaine. Il m’a lancé : « entre nous ça ne colle plus, tu n’es pas quelqu’un qui écoute ». Je lui ai répondu qu’il n’y avait aucun problème, que je prenais acte de sa décision et que c’était lui le président, donc lui qui décidait. Le lendemain, je lui ai demandé les papiers de mon licenciement et il m’a lancé : « non c’est toi qui vas démissionner ! » Je lui ai répondu que non. Aujourd’hui ils n’ont aucun papier de ma part, je n’ai pas posé de démission.

Le président vous a donc poussé vers la sortie ?

Exactement. Pourquoi partir d’un club qui joue les premiers rôles ? Je suis venu pour faire monter l’équipe cette saison. J’ai relevé le challenge. Jusqu’à preuve du contraire, du début de la saison à aujourd’hui, l’équipe a tout le temps été sur le podium, souvent première même. Tout ça avec un groupe en reconstruction et avec deux joueurs titulaires blessés aux ligaments croisés…

« Quand ça devient malsain c’est compliqué. »

À partir de quel moment les relations se sont dégradées ?

Depuis la première défaite en championnat contre Ivry (7ème journée) les relations se sont tendues. Il dit avoir le droit de donner son avis parce qu’il est le président et que c’est indiqué dans son contrat. Je n’ai aucun souci là-dessus. En revanche me dire ce que j’ai à faire, là c’est un problème. Lui comme son fils, Guillaume Norbert (Ndlr : le Manager Général). Quand ça devient malsain c’est compliqué. Chacun doit être à sa place. Le président me demandait de suivre tous les conseils de son fils parce qu’il a joué en Ligue 1, je me demande alors pourquoi il ne l’a pas placé à la tête de l’équipe dès le debut de saison ?

Leur emprise devenait trop importante à supporter pour vous ?

Depuis 5-6 matches ils me harcelaient vraiment : « tu dois faire ci, ne fais pas ça, etc ». Il est stipulé dans mon contrat que nous devons échanger, mais échanger ne veut pas dire imposer. Je peux supporter les conseils et la critique tant que c’est constructif et que ça fait avancer l’équipe. Je connais mon boulot, il faut me laisser travailler. Je pensais avoir fait mes preuves avec notre début de saison. Samedi, contre les Gobelins cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous menions 2-0 à la pause. À la mi-temps, Guillaume Norbert est venu me voir pour me dire que notre stoppeur n’était « pas bon ». Concrètement sans me le dire franchement il me demandait de le sortir… Cela m’a fait sortir de mon match, c’est la première fois que ça m’arrive. Nous avons finalement fait match nul (2-2) et ironie de l’histoire le défenseur en question a été nommé étoile Actufoot, donc meilleur joueur du Racing sur la rencontre, par le staff des Gobelins. J’ai essayé de le cacher aux joueurs, mais ils le voient. La direction est également venue voir mon adjoint en lui disant qu’il était « incompétent », qu’il n’avait pas de « charisme », sans passer par moi. Selon eux l’équipe joue le haut du classement non pas grâce au staff, mais grâce aux autres (sic.).

Patrick Norbert (Président du Racing) : « Pensez-vous qu’à la veille d’un match contre le leader je sois assez stupide pour me séparer de mon entraîneur ? »

Qu’avez-vous à répondre aux déclarations d’Abdellah Mourine ?

C’est rigoureusement faux. Il n’y a pas d’ingérence au Racing. On ne lui a jamais imposé une composition d’équipe ou un système de jeu. C’est lui qui a fait le recrutement en début de saison. Du harcèlement ? Je ne préfère même pas commenter, c’est une contre-vérité… Dernièrement, il m’a proposé un joueur pour le prochain mercato. Par mon réseau je me suis informé sur ce dernier, on m’a dit qu’il était « cuit ». Je l’ai rapporté à Abdellah Mourine et il m’a expliqué :  » ce joueur va me rendre un grand service. » Je lui ai alors répondu : « si tu penses cela, ta parole est importante, je ne m’opposerai pas à sa venue. »

Les relations se sont-elles tendues sur les derniers matches ?

Nous avons commencé le championnat avec 4 victoires. Puis, nous avons fait 1 victoire, 4 nuls et 2 défaites. Alors oui on est deuxièmes, mais la dynamique n’est pas bonne. Dans son contrat il est stipulé que l’on doit faire ensemble un débriefing le lendemain ou le surlendemain des matches. Il avait accepté cela avant de signer, car il est vrai qu’un entraîneur peut avoir le nez dans le guidon (sic) au cours de la saison. C’était une condition dès le départ, quelque chose qu’il a accepté.

« Abdellah Mourine déstabilise le club et nous met en difficulté »

Selon lui, vos conseils étaient trop insistants…

Discuter, échanger avec l’entraîneur ce n’est pas imposer des choses. Lorsque j’étais président du SCO Angers le coach me communiquait toujours sa composition la veille des matches. Je ne discutais pas de sa composition bien entendu, mais c’est une question de respect. Ce sont des pratiques courantes et généralisées dans le monde professionnel.

Quel est votre regard sur l’épisode des Gobelins ?

On avait un joueur en difficulté lors du match des Gobelins. Le manager général, qui est un ancien professionnel formé à Arsenal et passé par la Ligue 1, est allé voir le coach en lui disant que c’était compliqué pour ce joueur. Voilà ce qui est de l’ingérence d’après lui. Tout le monde a vu de la tribune que le joueur n’était pas dans un bon jour. Le soir même du match des Gobelins j’ai envoyé un SMS à Abdellah Mourine, auquel il n’a pas répondu d’ailleurs : « tu n’es pas récompensé, j’ai apprécié les risques que tu as pris en titularisant les deux jeunes devant, il va bien falloir à un moment que la roue tourne, bonne soirée. »

L’avez-vous poussé vers la sortie ?

À quel moment ? La vérité dans tout ça c’est qu’il veut être à la tête de son équipe avec tous les pouvoirs entre les mains. En début de semaine je lui ai demandé de rester dans les termes de son contrat, sur lesquels on s’était entendu au moment de sa signature. C’est de cette discussion que son départ s’est produit. Pensez-vous qu’à la veille d’un match contre le leader Aubervilliers je sois assez stupide (sic) pour me séparer de mon entraîneur ? La vérité c’est qu’Abdellah Mourine déstabilise le club et nous met en difficulté. J’aimerais bien qu’il assume sa décision en personne responsable. Aujourd’hui je dois prendre acte de cette décision, je la subis.