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Thierry Mercier (District 94) : « La compétition, je pense qu’il faut qu’on l’oublie »

12/04/2020 à 11:45

Le président du District du Val-de-Marne (Ile-de-France), Thierry Mercier, nous a accordé un entretien exclusif. Il nous livre un regard sincère sur la crise sanitaire actuelle qui frappe par effet de ricochet le foot amateur.

Quelle est votre analyse de la crise actuelle ?

Aujourd’hui, la priorité des priorités c’est la santé de tout le monde. L’aspect sanitaire doit primer dans toutes les décisions devant être prises. La famille du football doit être solidaire en cette période, et chacun doit mettre de côté ses intérêts personnels.

« On a un rôle social et sociétal encore plus grand »

Quelles dispositions ont été prises au District du Val-de-Marne ?

Je suis en contact journalier avec ma directrice et les membres du comité directeur. De nombreux présidents de club m’appellent et nous essayons de les informer au mieux sur les dispositions prises par la Fédération, en y ajoutant des observations personnelles concernant le foot départemental. Le football joue un rôle social extrêmement important à tous les niveaux et même chez les professionnels. Nous, dans les Districts, on a un rôle social et sociétal encore plus grand car nous nous occupons du football d’animation qui est un véritable poumon : il représente la très, très grande majorité de nos licenciés (sic.). Leur santé est évidemment capitale pour nous !

La FFF martèle que les décisions prises sont d’ordre national, malgré tout, les Districts ont-ils leur mot à dire ?

Oui, nous avons fait remonter les problématiques et les avis de nos clubs auprès des instances supérieures. Pour autant, il est hors de question que nous ayons une politique différente de celle dictée par la FFF. Aujourd’hui, le mot d’ordre est la solidarité !

Quelles sont les inquiétudes des clubs actuellement ?

La question de la reprise des compétitions revient beaucoup… Pour moi, ce n’est pas primordial. Nous sommes en confinement et il va être encore prolongé. S’il dépasse la mi-mai, compte tenu du temps qu’il faudrait pour se remettre en condition physique, ce n’est pas la peine de penser à une reprise des compétitions. La compétition, je pense qu’il faut qu’on l’oublie. On parlait du football d’animation  : ce serait une bonne chose, si la situation sanitaire le permet, de faire des rassemblements, des plateaux ou des tournois avec tous nos gamins et gamines licenciés avant la fin juin.

« La plupart sont des jeunes, c’est donc à eux que l’on doit penser en priorité »

Thierry Mercier

La reprise ou non des compétitions et l’issue des championnats centralisent la quasi-totalité des débats aujourd’hui, prend-on le problème à l’envers ?

Il faut regarder la composition du football francilien… 1100 à 1200 clubs sont affiliés à la Ligue de Paris, et sur ce total ils sont seulement une centaine à évoluer au niveau professionnel, national ou régional. Moins de 10% ! Quand on prend une décision au District du Val-de-Marne, on le fait au regard de tous nos licenciés et la plupart sont des jeunes, c’est donc à eux que l’on doit penser en priorité.

Quelles vont être les problématiques financières à venir pour les clubs ?

Il sera difficile de reprendre là où on s’est arrêté. Les clubs n’ont pas récupéré toutes leurs cotisations, car certains parents sont malheureusement confrontés à des problèmes financiers et ne pourront peut-être pas verser leurs dernières échéances. J’ai grand peur pour le sponsoring : les entreprises en difficulté pourraient se retirer… De même, les clubs qui ont prévus des tournois, des manifestations avec des buvettes pour faire rentrer un peu d’argent, vont avoir un manque à gagner certain. La saison prochaine, les familles risquent d’être également impactées par le nouveau coût des cotisations. J’ai peur que l’on perde des licenciés et que certains clubs soient en inactivité.

Doit-on s’inquiéter pour l’avenir du foot amateur ?

Non, j’ai une grande confiance dans l’attrait que peut avoir le football auprès de nos jeunes. Aujourd’hui, la demande est supérieure à l’offre. Cette année encore, plusieurs clubs ont dû placer des jeunes en liste d’attente. Dans le Val-de-Marne, on a même un club avec 500 jeunes en liste d’attente ! Des licenciés, on pourrait en voir beaucoup plus, on refuse des mômes tous les ans malheureusement… Il faudrait se poser la question : qu’est-ce qu’on peut faire pour avoir de meilleures structures ? Si ce satané virus nous permettait d’avoir cette réflexion, ça serait une bonne chose.

« Tout ce qu’on pourra faire sur le plan financier, on le fera »

Les aides financières vont avoir un rôle important ?

La FFF a prévu des aides financières à tous les niveaux. J’ai confiance, je suis sûr que personne ne sera laissé sur le bord de la route. Pour exemple, les contrats à objectifs alloués par la Fédération aux Ligues viennent d’être renouvelés dans leur totalité alors que les actions n’ont pas pu être menées. C’est un signe fort : on va aider nos clubs ! Chez nous, depuis près de huit ans, l’argent des amendes disciplinaires est reversé en totalité aux clubs sous la forme de matériel. La solidarité, il y en a toujours eu et les clubs le savent… Dans le Val-de-Marne, tout ce qu’on pourra faire sur le plan financier, on le fera, que ce soit pour les jeunes ou les équipements, mais en aucun cas pour que les séniors puissent toucher quelques subsides…

Certains clubs se demandent si le moment n’est pas venu pour revoir leur fonctionnement et les sommes alloués à leur équipe fanion (primes, fixes), qu’en pensez-vous ?

C’est ce que je prône depuis plus de vingt ans ! En District, on joue au neuvième niveau, on n’a pas besoin de ça. Un club a de bons séniors car il a de bons jeunes et parce qu’il a bien travaillé dès l’école de foot, pas l’inverse. En revanche, que des joueurs reçoivent des primes parce que leur club a un gros sponsor, ce n’est pas un souci, tant que l’argent des cotisations est alloué à la formation des jeunes… Cela serait une très bonne réflexion. Après, chacun voit midi à sa porte, mais je suis navré de voir que les jeunes ne sont pas la priorité de tous.

Crédits Photos : DR

 

 

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