Interview

Fabrice Abriel : « Quand on voit que le message passe, ça donne des idées »

23/02/2021 à 11:45

Entraîneur adjoint des féminines D1 du FC Fleury 91 depuis mi-novembre, Fabrice Abriel nous explique comment lui est venue la fibre et ses ambitions dans le coaching. L'ancien champion de France 2010 avec l'OM parle également de la situation difficile du club marseillais ces dernières semaines. (Photo : FC Fleury 91).

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous asseoir sur le banc des féminines du FC Fleury ?

La nouveauté, la découverte d’un nouveau public. Je crois que ça fait partie du métier de devoir s’adapter, adapter sa méthode et faire le bon diagnostic footballistique d’une équipe. Dans le contexte actuel, c’est très enrichissant et important de toucher à tous les niveaux sur le plan du coaching.

Aviez-vous déjà des atomes crochus avec l’entraîneur, David Fanzel ? Comment votre arrivée s’est-elle déroulée ?

Notre première rencontre s’est déroulée au bord d’un terrain, lors de la finale de la Coupe de la Ligue entre le PSG et Gueugnon (saison 1999-2000 ndlr). Je débutais ma carrière, lui était à la fin. Il est originaire de Metz, on a des amis en commun là-bas comme Sylvain Marchal avec qui j’ai joué à Lorient durant trois ans ou Grégory Proment que je connais depuis qu’on a 10 ans. Je savais que David début avait besoin d’un soutien dans son staff, on s’est bien trouvé. Il y a une bonne connexion générationelle et sur le plan humain entre nous.

Quel est votre rôle dans le staff ?

On fixe les thèmes avec David et je m’occupe des séances qui sont toutes thématisées. On est en collaboration totale, on ne forme qu’un. Il s’occupe des équipes, des postes, des rotations etc. J’anime les séances, je donne les contenus et je propose des exercices. On se complète, chacun a ses compétences, lui plutôt sur l’aspect défensif et moi offensif. David me laisse faire et c’est très enrichissant pour moi dans l’apprentissage du métier. Souvent, les adjoints sont cantonnés à poser les plots mais là, ce n’est pas du tout le cas. L’organisation est top et il a toujours le pouvoir de décision finale.

Votre maîtrise de l’anglais est un plus auprès d’un groupe qui dispose de plusieurs joueuses étrangères.

On a beaucoup d’internationales, surtout originaires de pays scandinaves (Finlande, Norvège, Danemark) et des joueuses qui viennent d’Angleterre, des États-Unis. Il faut faire rapidement comprendre les consignes. Ensuite, ce n’est pas juste parler anglais, il faut traduire rapidement. Les joueuses étrangères doivent faire les efforts pour s’intégrer, apprendre le français, poser les questions. L’idée est aussi de les laisser échanger entre elles par rapport aux consignes. On a un groupe avec beaucoup d’autonomie, de cohésion et d’implication.

Quel bilan faites-vous pour le moment de cette 5e place à mi-parcours ? Quelles sont les ambitions jusqu’à la fin de saison ?

On a un match en retard, on espère faire un bon résultat pour gagner une place. L’idée c’est d’être bien placé dans le sprint final. On veut commencer l’année et la terminer avec une équipe qui s’est enrichie et qui a progressé. En fait, pouvoir bien reprendre la saison prochaine avec cet effectif, des bases plus solides et des ambitions bien affichées. L’idée c’est que le club franchisse toujours des paliers, dans la structure et sur le terrain. Pour l’instant on est sur une bonne dynamique. Quand on affronte le PSG on voit qu’il y’a un écart mais là, on va rencontrer des équipes qui vont jouer les mêmes choses que nous et ce sont ces oppositions-là qui vont être intéressantes.

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À côté de ça, vous visez le BEPF. Ca témoigne de vos ambitions élevées dans le coaching ?

Oui, c’est un objectif personnel de continuer à passer mes diplômes. C’est intéressant parce qu’on acquiert de nouvelles compétences, on apprend le métier d’entraîneur sous des angles différents. On a des interactions avec les différents rôles : les médecins, directeurs, les différents pôles etc… manager c’est différent de jouer. Ça s’apprend avec beaucoup d’outils. Avant d’arriver sur le terrain et d’avoir de bons résultats, il y a tout un travail qui est fait en amont. On apprend pour avoir une meilleure maîtrise.

À quel moment de votre carrière avez-vous compris que vous aviez envie d’entraîner ?

Je l’ai appris sur la fin de ma carrière. Quand il fallait encadrer les jeunes avec Claude Puel à Nice, à Valenciennes aussi. On avait un message à faire passer en tant qu’anciens, en relais du coach pour accélérer leur apprentissage sur le terrain. Quand on voit qu’il passe, on se dit que ça fonctionne et ça donne des idées. Après, c’est une rencontre avec Christian Gourcuff qui m’a orienté et encouragé à aller vers le métier. J’étais encore à Nice, je ne savais pas encore trop ce que j’allais faire après et son discours m’a touché. Après, on apprend en formation à décrypter le football de façon scolaire et théorique avec des outils pédagogiques et c’est d’autant plus enrichissant quand on a fait du chemin en tant que joueur. Vous comprenez comment des entraîneurs différents comme Deschamps, Puel, Luis Fernandez pouvaient réfléchir sur le foot.

« Je voulais apprendre le « vrai » métier d’entraîneur, celui qui doit constater le nombre de joueurs qu’il peut avoir à disposition entre la veille et le lendemain, laver les chasubles, savoir gonfler les ballons »Fabrice Abriel

Pourquoi avoir commencé au niveau District ?

A Escaudin (PHB, 59) aux côtés de Fabien Flore, c’était une manière de me déstructurer d’un monde professionnel que je connaissais depuis 1989 et mon arrivée au Paris Saint-Germain. Je voulais apprendre le « vrai » métier d’entraîneur, celui qui doit constater le nombre de joueurs qu’il peut avoir à disposition entre la veille et le lendemain, laver les chasubles, savoir gonfler les ballons. Entraîner c’est ça. C’est une très bonne école sur le plan humain et en tant qu’entraîneur. Ensuite j’ai été en Île-de-France avec tous les talents qu’il peut y avoir, le savoir-faire et où beaucoup d’équipes jouent pour monter. Il fallait être performant rapidement, gagner les matchs le weekend et grimper. On y est arrivé avec les Gobelins (de DH en CFA2, ndlr), ça donne du courage pour avancer. Pour le diplôme suivant, il fallait être dans une structure professionnelle, j’ai donc rejoint le centre de formation d’Amiens, une structure qui travaille bien. Ca m’a permis de gagner en consistance.

Il s’est dit l’été dernier que des clubs de National 2 s’intéressaient à vous. Est-ce une étape que vous projetez ?

J’ai refusé quelques projets de N2 et j’ai opté pour la D1 féminine parce qu’on est plus dans le haut niveau. C’est beaucoup plus enrichissant pour moi car on doit gérer aussi bien des joueuses internationales que des françaises et des jeunes. On est un staff pro, on s’entraîne tous les jours et on joue face à des équipes qui jouent la Ligue des champions (Le PSG et l’OL, ndlr). C’est un niveau supérieur.

L’OM…

Que pensez-vous de la situation chaotique en ce moment à Marseille, vous qui avez surtout connu des moments de joie lors de votre passage (2009-2011) ?

Comme tout le monde le voit, ça semble flou. Et dès que le club retrouve du calme, les joueurs sont plus performants. L’OM est très médiatisé, dès que quelque chose se passe, ça prend beaucoup d’ampleur et ça crée des incertitudes. Les joueurs lisent les journaux, les réseaux sociaux, les entraîneurs aussi. On ne s’occupe plus de l’essentiel alors que la priorité, c’est le terrain.

Ça vous fait souffrir de voir le club et les supporters se déchirer ?

Bien sûr ! C’est un club avec qui j’ai été champion, on a porté haut les couleurs de l’OM et de Marseille en Ligue des champions. Même si on n’est pas Marseillais de naissance, on sait s’approprier les valeurs du club. On a su éviter la crise. La principale qualité du groupe créé en 2009-2010 par Didier Deschamps et Jean-Claude Dassier était qu’on savait éviter les problèmes. On avait cette maturité et la capacité de nous remettre en question si les efforts n’étaient pas faits. On allait à l’essentiel. Peut-être aussi que les réseaux sociaux sont plus forts aujourd’hui et que ça a une influence. J’ai vu que le Twitter de l’OM a été créé en 2009 donc il n’y avait peut-être pas encore cette emprise. Nous, on ne regardait même pas les journaux. Sur les six premiers mois, on a bataillé mais on vivait bien ensemble ! On se concentrait sur le terrain. Un jour quelque chose est sorti dans les médias après une réunion et ça ne nous a pas plu. On n’a pas cherché à savoir qui avait parlé, on a rappelé que l’unité était la chose la plus importante. On a géré ça avec beaucoup de sérénité.

On a le sentiment que ça part en vrille, même les hautes sphères politiques s’en mêlent…

Et je ne comprends pas pourquoi. Hormis le fait d’être fan du club en tant que spectateur mais quand vous avez un rôle politique, il faut faire attention et ne pas donner des éléments en plus pour mettre en colère tout le monde. Il faut être calme envers les supporters, ils sont touchés dans leur rôle. Ils ne peuvent pas aller aux matchs et ont l’impression de ne pas pouvoir exister alors qu’ils font partie intégrante du club. C’est tout le monde ensemble. Les matchs à huis-clos augmentent la frustration et les résultats ne suivent pas ! Ça alimente toute cette frustration.

Le président Jacques-Henri Eyraud est poussé vers la sortie, on lui reproche de ne pas connaître le football. Vous aussi avez connu un président qui n’était pas féru de foot. Ca a bien fonctionné parce qu’il a su rester à sa place ?

Exactement. Le président préside, l’entraîneur entraine. Ça parait simple mais chacun a un rôle. Il faut que ce soit toujours cohérent avec les performances de l’équipe et non l’inverse. L’entraîneur doit prendre le meilleur de l’équipe et le mettre sur le terrain. C’est ce que savait bien faire Didier Deschamps : concentrer toutes les énergies sur l’essentiel. Et les joueurs arrivaient sur le terrain avec toutes leurs forces.

Propos recueillis par Thomas Gucciardi avec Emmanuel Devriese