Interview

Moussa Kamara (FC Balzan) : « j’étais en plein doute »

18/11/2020 à 15:17

Italie, Espagne, Slovaquie ce ne sont pas des destinations pour réserver des vacances mais bel et bien le parcours de Moussa Kamara (21 ans), joueur du FC Balzan (D1 maltaise). Après des mois de galères, le natif de Montfermeil, retrouve le sourire à Malte. Lui qui devait, un an avant sa signature à Toulouse, rentrer vivre en Gambie, se voit à présent international Gambien. Entretien.

Moussa, pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

« J’ai commencé le football à 7 ans au FC Montfermeil, le club de ma ville. C’est là que tout a commencé. En février 2012, après une détection, puis un stage, j’ai signé pour trois ans à Toulouse, contrat qui prendrait effet qu’en 2014. Du coup, en attendant mon intégration Toulousaine, j’ai intégré deux années l’INF Clairefontaine et en même temps, je jouais le weekend à Montfermeil. À la fin de mon année d’U15, j’ai rejoint Toulouse. Ma première année était un peu compliquée car je n’étais pas sérieux, j’ai joué que trente minutes. La saison suivante, tout était diffèrent car j’avais pris conscience des choses. À la fin de mon contrat aspirant, j’ai re-signé pour deux ans. Après ces deux saisons, j’ai quitté Toulouse pour rebondir ailleurs. Après des tests dans plusieurs clubs, j’ai intégré le Real Avilés mais le coronavirus à fait capoter les choses. Depuis le mois de juillet, je joue pour le FC Balzan en première division maltaise. »

Comment s’est fait le lien avec Malte ?

« En juillet 2020, le sélectionneur de la Gambie, Tom Saintfiet, m’a contacté pour me dire que le FC Balzan s’intéressait à moi. Il m’a alors mis en contact avec le coach du club, Mark Miller, et m’ont proposé de suite de signer un contrat. »

Vous n’avez pas eu peur d’aller dans un pays peu connu ?

« Je n’ai pas eu peur mais j’appréhendais. Tom Saintfiet m’en parlait en bien, il m’a rassuré, me disait que tout allait bien se passer et que cela me servirait de tremplin pour la suite. Il m’a convaincu et je me suis alors dit, pourquoi pas ! Dans ma tête j’étais conditionné à aller là-bas et à donner mon maximum. »

Comment vivez-vous vos premiers mois au sein du club ?

« J’ai été super bien accueilli, mon acclimatation au groupe se passe bien. Peu à peu, tous les aprioris que j’avais commencent à s’estomper.  Le fait d’enchaîner les matchs me permet de me sentir bien. »

Comment décririez-vous le championnat maltais ?

« C’est un championnat avec de bons joueurs, et un bon niveau. Un peu tactique mais ça bataille, il y a énormément de duels et je trouve qu’il y’a beaucoup d’espaces. Le fait qu’il y ait des joueurs brésiliens rend le championnat plus technique. »

Quelles sont vos ambitions personnelles et collectives avec le FC Balzan ?

« Mes ambitions personnelles sont de jouer le plus de matchs possible pour avoir des minutes dans les jambes. Et pourquoi pas, signer dans un championnat plus élevé, cet hiver voir à la fin de la saison. Collectivement, c’est de terminer dans les trois premiers du classement. »

« Il m’a dit qu’il devait faire des choix et que j’allais avoir ma chance. »

De 2014 à 2019, vous faites vos classes à Toulouse. Qu’est-ce qui a fait que vous n’avez pas poursuivi là-bas ? 

« A la fin de mon contrat aspirant, j’avais signé pour deux ans. Dans ma tête, je pensais faire la reprise avec les professionnels car j’avais bien terminé l’année. Mais finalement, je n’étais pas dans cette liste, alors je suis parti avec les U19. Nous faisions une très bonne saison, avec un bon groupe. Je pense que c’était l’une de mes meilleures saisons là-bas. Après, je pensais vraiment partir avec le groupe pro surtout que le club avait besoin de défenseurs. Mais malheureusement je ne figurais pas sur la liste car finalement le club a rappelé un joueur qui n’avait pas été gardé auparavant. Il a fait la préparation et à la fin de celle-ci, il est reparti chez lui. Je comprends alors que le coach de la réserve ne compte pas du tout sur moi et je décide d’aller lui en parler car je ne jouais pas depuis le début de saison. Il m’a dit qu’il devait faire des choix et que j’allais avoir ma chance. Je continuais à travailler dans mon coin et un jour, lors d’une opposition avec les professionnels, Alain Casanova, qui était l’entraineur, m’a dit qu’il ne me connaissait pas, et qu’il ne savait pas que j’étais là. Durant la saison, j’ai fait seulement 13 matchs. Au final, à la fin de la saison, je n’ai pas eu de débrief, ni d’entretien, je suis donc parti ! »

De la fin de votre aventure à Toulouse à votre signature au Real Avilés, vous êtes sans contrat. Comment s’est déroulé cette période ? 

« Compliqué. J’enchainais les essais dans différents clubs (Italie, Espagne, Slovaquie) mais jamais cela n’a abouti. Fin aout, je suis rentré chez mes parents, c’était étrange, je ne sortais plus trop. J’avais perdu cette habitude d’être à la « cité » et je n’avais pas spécialement envie d’être là.   Malgré cette période sans club, j’ai continué à m’entraîner avec Sofiane Koïta, préparateur physique, ce pour garder le rythme et entretenir ma forme physique. Je me posais alors beaucoup de questions, je me suis vraiment demandé si j’étais fait pour cette carrière, j’étais en plein doute ! Et c’est en janvier, que le kinésithérapeute de Toulouse avec qui j’étais resté en contact m’a fait savoir qu’un de ses amis souhaitait me proposer un challenge en D4 espagnole. L’aventure avec le Real Avilés a commencé comme ça. »

Le 30 janvier 2020, vous signez au Réal Avilés. Comment cela s’est passé ? 

« Ça s’est bien passé, le club a un bon stade, de bons supporters. Le niveau de jeu est bon et j’ai commencé à jouer quelques matchs et malheureusement le coronavirus a tout stoppé. Et après réflexion, vu que la saison ne reprenait pas, et ayant signé un contrat de 6 mois, je suis de nouveau rentré en France. »

Le 12 juin 2019, vous fêtez votre première sélection avec la Gambie contre le Maroc et vous remportez ce match, quels sentiments avez-vous à ce moment-là ?

« J’étais fier car la Gambie est le pays de mes parents. Je savais qu’il y avait ma famille devant la télé qui me regardait. Jouer devant autant de personnes ça fait toujours quelques choses.  En plus, c’était mon premier match professionnel donc j’en garde un très bon souvenir. »

Depuis cette sélection, vous n’avez plus été appelé. Pensez-vous que le fait d’enchaîner les matchs a Balzan va vous permettre de revenir en sélection ?

« Oui, je pense. Le sélectionneur est une bonne personne qui est proche de ses joueurs. À chaque match, nous échangeons. En enchainant les bonnes performances, ça va revenir tout seul. »

Vous avez joué à Montfermeil plus jeune, quel regard portez-vous sur l’évolution du club ?

« Un très bon regard, le changement est incroyable. Je me rappelle encore du terrain en herbe ressemblant plus à un champ qu’à un stade. Le club a très bien évolué. Tous les ans, tu as des petits qui signent en centre de formation. C’est un des meilleurs clubs d’Ile de France. Le travail qui a été fait est top et cela est mérité. L’évolution est extraordinaire. »

 Souhaitez-vous un jour représenter les couleurs d’un club français ?

« Honnêtement pourquoi pas. Après, là de suite, je ne sais pas, mais peut-être plus tard car revenir en France me ferait du bien, c’est ma culture et c’est le pays où j’ai grandi. »

Propos recueillis par Yanis Ben Messaoud