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Abdallah Imamo, de Savigny (Excellence) à Drancy (N1) en 6 ans, l’incroyable parcours

28/09/2018 à 17:20

Il avait décidé d'arrêter le football en senior, bien lui en a pris de continuer. De la saison 2013-2014 à aujoud'hui, Abdallah Imamo a gravi les échelons amateurs presque un à un pour passer du championnat Excellence sous les couleurs de Savigny-le-Temple à celles de la JA Drancy en National 1. Pour Actufoot, le latéral gauche de 25 ans, actuellement blessé à une cheville et qui a disputé 4 matches cette saison, revient sur son ascension fulgurante, la sélection comorienne et la situation actuelle de la JA Drancy.

Quel est votre premier souvenir avec un ballon de football ?

C’était aux Comores, mon pays d’origine où j’ai grandi jusqu’à l’âge de 9 ans. C’est mon oncle qui m’a fait goûter mes premières touches de balle. Il m’avait emmené à des séances d’entraînement pour les petits, je devais avoir 7 ou 8 ans. En dehors de ça, on jouait dans le quartier avec les amis.

« J’avais plus ou moins tiré une croix sur le football… »

Vous avez ensuite rejoint la France, direction la région parisienne…

Oui, je suis venu vivre chez ma tante et j’ai pris ma première licence à Nandy (Seine-et-Marne) en moins de 13 ans première année. Je suis resté 3 ans avant de rejoindre Le Mée, où j’ai fait 4 années. Je jouais vraiment pour le plaisir, même si comme tout enfant on a ce petit rêve dans un coin de la tête d’évoluer le plus haut possible. J’ai pris beaucoup de plaisir en U17 DSR et U19 DSR au Mée. Je ne me mettais pas de pression particulière pour réussir à cette époque.

Comment s’est déroulé le passage en senior ?

Après ma dernière année en U19, j’ai fait une saison blanche. J’avais plus ou moins tiré une croix sur le football… Je voulais me consacrer à mes études en informatique, mais une bande potes du quartier s’est mobilisée pour monter une équipe à Savigny-le-Temple. Ils ont réussi à me convaincre de reprendre une licence. J’ai fait 1 saison là-bas en Excellence à l’issue de laquelle nous sommes montés.

Ensuite, tout s’enchaîne très vite pour vous en Bourgougne…

Oui… J’ai d’abord fait 3 mois à Longvic un club promu en DH, puis j’ai rapidement rejoint Quétigny, un club de la même division mais qui avait plus d’ambitions… On a joué la montée jusqu’en fin de saison, malheureusement on ne gagne pas le dernier match et Sens est promu à notre place. À l’intersaison j’ai eu des sollicitations de la part de Selongey, qui jouait en CFA2, mais avec mon conseiller nous n’avons pas voulu griller les étapes. J’ai donc fait 1 année de plus en DH, avant de filer l’été suivant à Selongey qui était toujours intéressé !

« Là je me suis dit que la montée était pour nous »

Et au bout d’une saison seulement vous signez en National 2, à la JA Drancy. Ce retour en Ile-de-France était voulu ?

Ça s’est fait tout seul. J’avais eu peu de sollicitations, je me voyais rester à Selongey. J’ai eu écho que la JAD recherchait un latéral gauche, puis j’ai fait un test sur un amical, je leur ai plu et j’ai signé. Ce n’était pas vraiment calculé, mais c’est vrai que revenir en région parisienne près de ma famille a été une bonne chose. Je n’ai pas hésité une seule seconde.

Quel a été le secret de cette superbe saison 2017-2018, auréolée d’un titre de champion de National 2 ?

Ce qui m’a frappé à mon arrivée c’est le discours du coach Malik Hebbar. Dès la préparation d’avant-saison, il nous a dit clairement qu’il souhaitait jouer la montée et qu’on était capable de le faire. Il nous l’a rabâché tout au long de la saison. On n’y croyait pas forcément au départ, surtout que le début de saison était mitigé. Mais une fois que la machine s’est lancée après chaque match gagné on y croyait un peu plus. Pour ma part, j’ai commencé à y croire à fond lors du match retour à Sedan (Ndlr : gagné 2-0, le 10 mars). On a sorti une grosse prestation. Là je me suis dit que la montée était pour nous.

Vous avez beaucoup progressé sur cette saison. Quel regard portez-vous sur vos performances ?

Je me suis trouvé constant dans mes prestations. J’ai saisi ma chance au 5ème match de championnat, puisque avant je ne jouais pas. Le coach m’a ensuite reconduit et je me suis senti de mieux en mieux au fil des matches, que ce soit au niveau de la confiance ou de la communication avec mes partenaires. Il y avait une bonne ambiance, un groupe très solide. On se battait sur le terrain les uns pour les autres. Je me suis retrouvé dans mes valeurs et mes principes. Le foot est un sport collectif et on l’a senti toute la saison dernière. Nous n’avons jamais lâché !

L’adaptation au championnat National est cependant difficile. Après 8 journées, la JAD est lanterne rouge et compte 2 matches nuls pour 6 défaites. Que manque-t-il a l’équipe pour débloquer le compteur victoire ?

Globalement, je trouve qu’on progresse de match en match. Ce qui nous fait défaut c’est l’expérience de la division. Le niveau est vraiment un cran au-dessus du N2… Les détails comptent. Les buts qu’on encaisse en ce moment sont surtout des fautes de concentration ou des erreurs individuelles. À ce niveau là ça se paye cash. Avec le temps on va corriger cela. On fait des bouts de match, par moment on a des absences de 10-15 minutes. On ne peut pas se le permettre. Au quotidien on bosse dur, même si la victoire n’est pas encore là. Cela va bien finir par tourner en notre faveur. Une victoire nous permettrait de véritablement lancer notre saison. Je ne m’en fait pas. Les coachs ne vont pas lâcher, ce sont des battants et ils nous le transmettent. On sait par où on est passé la saison dernière et on sait ce qu’on doit faire pour se maintenir. Je sais qu’on peut le faire et je pense même qu’on va le faire !

« Je suis revenu 16 ans après mon départ des Comores »

Depuis novembre 2016 vous êtes international comorien (3 sélections). La symbolique est très forte puisque c’est avec la sélection nationale que vous avez pu retourner pour la première fois dans votre pays natal…

C’est énorme ! Je suis revenu 16 ans après mon départ des Comores en tant que représentant du pays. Je n’ai pas de mot pour qualifier la joie qui m’a envahi le jour de ma première sélection face au Togo. Comme je dis le travail finit toujours par payer. C’est la récompense de tous les efforts fournis par moi, mes coéquipiers, mes coachs et mon agent. C’est vraiment une récompense collective. J’ai encore beaucoup à apprendre au sein de cette sélection et auprès de mes partenaires.

Que vous inspire tout ce parcours accompli ?

Avec mon agent on a toujours mis un point d’honneur sur le fait de ne pas se précipiter. Cette constance dans l’évolution est le fruit de beaucoup d’efforts. Aujourd’hui je suis en National, c’est beau, mais il y a encore la Ligue 2 et la Ligue 1 au-dessus. C’est un rêve. Le National n’est pas une fin en soi. J’espère déjà faire une saison pleine à ce niveau et par la suite pourquoi pas évoluer encore un peu plus haut…

Propos recueillis par Julien Guibet. 

Crédits Photos : Selongey / Drancy / Comores Football

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