Entretien

Mohamed Bamba : « Je ne partirais pas tant que l’US Torcy ne sera pas en National 1 »

06/12/2019 à 18:28

Mohamed Bamba est depuis 4 ans à la tête de l'équipe fanion de l'US Torcy. Promu directeur technique l'été dernier, celui qui a emmené le club seine-et-marnais du Régional 3 au National 3, après une montée historique à l'issue de la saison 2018-2019, s'est livré comme rarement, et sans aucune langue de bois, sur Actufoot.

Quelles sont vos impressions sur les grands débuts de l’équipe fanion en National 3 ?

Pour nous, chaque week-end est une fête, très sincèrement. On kiffe ! (sic.) Nous sommes contents d’être là. On travaille, on apprend… Cela amène une nouvelle dynamique au club, ça le fait grandir un peu plus. Cela donne un peu d’énergie et de force à tous les joueurs et éducateurs. Il y a un cadre positif autour de l’équipe National 3 !

« 60% de réseau et 40% de formation »

Les catégories de jeunes de l’US Torcy sont au niveau national depuis plusieurs années, les seniors le sont aussi désormais. C’était la suite logique ?

Au sein de l’effectif senior de ces 2 dernières années, on retrouve 8 à 9 joueurs passés par les équipes de jeunes du club. Moi, je suis à la fin de la chaîne. Je valorise le bon travail effectué par les éducateurs du club. Ces joueurs arrivent au niveau senior avec un bagage assez complet. Le temps gagné est énorme et ça nous évite d’aller chercher ailleurs des joueurs hors de prix.

Bien que vos meilleurs jeunes signent plus haut, vous parvenez donc à garder quelques bons profils…

Oui, l’objectif est de conserver au sein de notre club les joueurs ne signant pas professionnels pour alimenter notre équipe fanion. On y arrive doucement. On récupère des joueurs assez complets tactiquement et prêts techniquement, après il faut juste bosser le côté mental et physique. Pour construire mon équipe : c’est 60% mon réseau et 40% le travail de formation des éducateurs torcéens.

Quels sont selon vous les qualités pour se maintenir en National 3 ?

Les écarts entre les équipes expérimentées et les autres commencent à se voir au classement. Après, sur le contenu des matches, pour moi toutes les équipes ont le même niveau. Maintenant, les équipes du haut de tableau, notamment celles qui ont le plus de budget, ont 2, 3 ou 4 joueurs qui font la différence. Les matches se jouent à rien, ce sont ces facteurs x qui font la différence. Au niveau du jeu, j’ai bien aimé Versailles et Ivry.

Quelles sont les ambitions du club sur les seniors A ?

L’objectif du club est clair : le maintien et rien d’autre, mais ce n’est pas le mien. Moi, je vise toujours le haut de tableau. C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens. Dans mon esprit, la manière dont je prépare mes joueurs et la façon dont je construis une saison, c’est toujours pour se battre avec les meilleures équipes. Maintenant, s’il s’avère que cette saison on doit jouer le maintien, et logiquement c’est ce qu’il va se passer, ça sera une nouvelle expérience pour l’équipe et on en ressortira plus grands.

« On essaie de concerner tous les joueurs, de tous les regarder »

Y a-t-il un pont cette saison entre les U19 Nationaux et l’équipe fanion ?

Complètement, et surtout cette saison avec le nouveau coach des U19 Nationaux Yann Lecoq. On travaille main dans la main. Comme lui travaille main dans la main avec Abdeltarek Sakali, l’entraîneur des U17 Nationaux. On échange des informations ensemble. Et, même avec le coach de la réserve R3, Djilali Imedjdoubene. En fait, il y a un cercle autour des joueurs entre la U19 National, les U20 et les seniors R3. On essaie de concerner tous les joueurs, de tous les regarder. Cette année dans mon groupe, j’ai démarré avec 3 joueurs qui étaient en U19 Nationaux la saison dernière. Les autres sont avec la Régional 3. Certains ont eu la chance de s’entraîner avec l’équipe fanion ou de faire des matches.

Vous avez été nommé Directeur Technique de l’US Torcy le 1er juin dernier. Comment avez-vous vécu cette nomination à la tête de l’un des plus gros clubs d’Ile-de-France ?

J’ai eu avant tout un sentiment de fierté car je n’ai absolument pas postulé. J’ai accepté la proposition du président et du vice-président sans réfléchir, parce que je vis foot, je mange foot, je bois foot, je dors foot ! Beaucoup de choses ont été très très bien faites à l’US Torcy (sic.). Il ne faut pas chercher à tout changer. Il faut plutôt regarder ce qui a été fait et pourquoi cela a été bien fait. Dans un second temps, au fur et à mesure des saisons, je vais mettre ma patte. J’ai déjà mis des petites touches par-ci par-là, mais la structure et les fondations sont bonnes.

Quelle est votre mission ?

Mon rôle numéro 1 est d’aider les éducateurs. On travaille main dans la main, on échange, on discute… Mais, si les choses ne sont pas faites comme il le faut, je suis là aussi pour taper sur les doigts. Je suis un éducateur comme eux, en cas de soucis ou de mauvais résultats, je suis bien placé pour les comprendre. Un directeur technique doit savoir prendre des décisions, mais il doit aussi partager, écouter, apporter son œil et son soutien. Tout n’est pas encore parfait à ce jour, mais en tout cas le cœur y est !

L’US Torcy compte près de 1000 licenciés, plus de 40 équipes pour presque autant d’éducateurs : une véritable petite entreprise. Comment la gérer ?

Au moment de ma nomination, j’ai demandé au président de ne m’occuper que du football à 11. C’était ma seule exigence. Je suis quelqu’un de méticuleux, j’aime les choses bien faites, je ne voulais pas m’éparpiller. À l’US Torcy, le travail est facile car les meilleurs jeunes de la région parisienne viennent taper à notre porte. Il ne faut juste pas se tromper dans les éducateurs. On a une exigence de travail envers nos éducateurs sur la préparation des séances, leur pédagogie, la transmission des infos avec les joueurs et leur entourage, car il y a beaucoup d’agents au bord des terrains à Torcy…

« Par semaine, on reçoit 4 à 5 invitations venant de clubs pros de toute l’Europe »

Des agents assistant aux matches de l’US Torcy, il y en a tant que ça ?

Je savais qu’il y avait beaucoup de joueurs sollicités à Torcy, mais à ce point là non. Je me rends vraiment compte de l’ampleur cette saison. Par semaine, on reçoit 4 à 5 invitations venant de clubs pros de toute l’Europe. En majorité de France, mais on en a vraiment de partout : Juventus Turin, Milan AC, Parme, Manchester City, West Ham, etc…

Êtes-vous partenaire d’un club professionnel ?

Nous avons un partenariat avec le Paris Saint-Germain. Ils sont au courant de tout ce qu’il se passe, on leur transmet les infos. On travaille vraiment main dans la main avec eux. D’ailleurs, nous avons été reçus le mois denier au centre de formation du PSG avec les honneurs. Certains éducateurs du PSG viennent donner des séances à nos éducateurs. Il y a un échange technique et structurel. Ils nous transmettent leur expérience et nous on absorbe comme des éponges.

Quand on est un club amateur comme l’US Torcy comment rivaliser avec les structures pros en championnat U17 et U19 National ?

Ce n’est pas un hasard si le club perdure à ce niveau… Pour la petite anecdote, comme les résultats des U17 Nationaux n’étaient pas top en début de saison, j’ai eu un échange avec les coachs et les joueurs. J’ai interpellé un jeune au hasard devant le reste du vestiaire et je lui ai demandé son âge : « 16 ans ». Je lui ai dit : « Sais-tu que l’équipe est plus veille que toi ? Elle évolue depuis 17 ans en championnat National. » Il m’a regardé avec de grands yeux. C’est important de connaitre l’histoire de son équipe, de son club. Je leur ai ensuite cité quelques noms de joueurs passés dans le même vestiaire et qu’ils regardent aujourd’hui à la télévision : Paul Pogba, Yohann Pelé, Christopher Jullien, Adrien Hunou… Silence complet dans le vestiaire. On sait que les joueurs viennent à Torcy car nous sommes un tremplin pour aller plus haut. On comprend, mais pour faire une bonne saison il faut être impliqué et ça passe par ça. L’équipe a depuis remonté au classement, essentiellement grâce au travail des coachs, mais cette histoire a permis de ressouder le groupe.

« Pas mal de clubs amateurs s’inspirent de l’US Torcy »

À l’US Torcy, la frontière entre le monde amateur et professionnel est fine, voire poreuse. De quel œil voyez-vous cette relation ?

Nous, on s’inspire des clubs pros et pas mal de clubs amateurs s’inspirent de l’US Torcy, notamment dans la manière de travailler. La concurrence est de plus en plus rude autour de nous et c’est une bonne chose. Comme j’aime le dire à chaque fois : Torcy est un club pro du monde amateur, dans les fondations, les structures… Le président Pascal Antonetti et le vice-président José Marques, sans aucune démagogie, font un travail incroyable. De l’importance est donnée à chaque joueur, chaque éducateur, chaque famille, chaque agent… De l’extérieur, on peut avoir l’impression que Torcy est une usine. Alors oui c’est une grande entreprise, mais une fois à l’intérieur on se rend compte que c’est un club très familial.

Est-ce la raison de votre fidélité au club ?

Depuis 4 ans que je suis à Torcy, j’ai eu des propositions plus haut, mais l’aventure humaine a pris le dessus sur tout. Financièrement, je m’y serais peut-être retrouvé, mais les gens avec qui je travaille à ce jour resteront dans ma tête et mon cœur à vie. Et, comme je l’ai déjà dit : « Je ne pars pas tant que l’US Torcy n’est pas en National 1 ». On va avoir de plus en plus de moyens. Je ne suis pas un doux rêveur : en 2015, quand nous étions en Régional 3, je leur avais dit : « Dans 5 ans, on sera en National 3 », et on a réussi en 3 ans alors que tout le monde me riait au nez.

Où en êtes-vous personnellement au niveau des diplômes ?

Il me reste 2 matières à valider pour obtenir mon DES. C’est l’un de mes objectifs personnels. Mais, comme chaque année la priorité est donnée aux professionnels, les places pour les coachs amateurs ne sont pas nombreuses, mais je suis déterminé pour y parvenir.

Quel est le secret vous ayant permis d’enchaîner les montées avec l’équipe fanion ?

À Torcy, aucun joueur n’est défrayé. Il y a de l’argent, mais c’est au mérite, sous forme de challenge. On donne des primes de participation et de grosses primes de match. C’est un de mes choix car je n’ai pas confiance envers les joueurs, dans le fait de leur donner une paie fixe tous les mois. On n’est pas sûr de leurs compétences et de leur investissement pendant toute une saison. Je remercie d’ailleurs mon président de me suivre dans cette initiative appliquée en R3 et en N3. Résultat ? Il y a une énorme cohésion dans l’équipe.

Dernière question, pourquoi le bonnet rouge ?

Les arbitres et délégués m’appellent le coach au bonnet rouge. Quand tu as un bonnet rouge et que tu es au bord du terrain, tout le monde regarde le bonnet rouge et laisse les joueurs jouer tranquillement. Sur les matches un peu chauds, je me fais allumer : « Eeeeh bonnet rouge ! », mais au moins les joueurs sont tranquilles. J’ai tout une collection de bonnets rouges, c’est ma couleur préférée (rires) !

Propos recueillis par Julien Guibet.

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