Portrait Espérance XIX

J-M. Benammar (Espérance XIX) « Former des citoyens et des adultes épanouis, au-delà du foot »

28/03/2018 à 12:48

Au cours d’une entrevue haute en couleurs, Jean-Marc Benammar, secrétaire général de l’Espérance Paris XIXème, s’est livré à Actufoot. Ce passionné nous détaille son histoire et celle de son club, institution majeure de Seine-Saint-Denis.

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 55 ans, je suis enseignant dans le supérieur où j’ai créé et longtemps dirigé une licence professionnelle et un parcours de master en commerce international à l’université Paris 8, tout en ayant une activité de consultant en stratégie internationale. Je suis actuellement vice-président délégué et secrétaire général de l’Espérance Paris XIXème qui compte à présent près de 800 licenciés. J’ai aussi été membre de commissions à la Ligue de Paris Ile-de-France et au District de la Seine-Saint-Denis, mais aussi secrétaire général du Paris-Métropole Futsal Club.

Depuis quand êtes-vous secrétaire de l’Espérance Paris 19e ?

Je suis fils de président de club, mon père a dirigé le RC Paris 10e de 1975 à 1982, et quand il a fallu donner un coup de main pour les licences et l’administratif, j’étais encore au lycée et ça m’a tout de suite plus intéressé que de jouer, surtout avec des lunettes… En 1982, mon père, mon frère -joueur puis éducateur- et moi avons rejoint l’Espérance Arabe du président Mustapha Guémache et d’Ahcene Rouas. J’en suis devenu secrétaire général à 19 ans ! Au milieu des années 90, mes occupations professionnelles étaient trop prenantes et j’ai pris du recul, tout en donnant toujours un coup de main quand c’était nécessaire. Je suis revenu aux responsabilités en 2011 pour apporter de l’expérience à l’équipe dirigeante du jeune président Morade Djeddi dont j’avais reçu l’inscription en 1988 comme joueur pupille !

Pouvez-vous nous présenter votre club (histoire, licenciés, éducateurs, etc) ?

Le club est issu de la fusion de l’Espérance Arabe (créé en 1974) et de l’US St-Georges 19e en 1988. Il faut se rappeler que dans les années 70, les équipes Seniors n’avaient droit qu’à deux joueurs étrangers par club et que la création d’un club de foot basé sur un effectif d’étrangers était soumise au visa du ministre de l’intérieur. Vous imaginez les difficultés qu’a rencontrées Mustapha Guémache pour créer et faire vivre son club… Très peu de personnes connaissaient le football et à partir de 1982, il a fallu un énorme travail, notamment de mon père qui y consacrait tous ses loisirs, pour structurer progressivement le club qui est monté jusqu’en DH en jeunes après la fusion de 1988 qui a donné un élan considérable. En Seniors, nous avons atteint la Promotion d’Honneur après plus de 10 ans en Excellence, mais c’est très compliqué d’y rester et nous jouons actuellement en D2.

En 1982, il y avait 250 licenciés et une dizaine d’équipes. Aujourd’hui, nous avons atteint pour la première fois 780 licenciés avec une croissance de 10 % en un an et nous figurons dans les 100 clubs français en ayant le plus ! Nous poussons littéralement les murs pour accueillir le plus possible de très jeunes joueurs et renforcer le caractère familial et bon enfant du club. L’Espérance a toujours formé des citoyens et aidé ses adhérents à devenir des adultes épanouis, bien au-delà du football. Quand Djibril Bodian remporte le concours de la meilleure baguette de Paris, nous nous réjouissons pour la réussite professionnelle de cet ancien jeune joueur du club.

La pré-formation est une priorité depuis très longtemps : issu des poussins du club, Abdoulaye Meite est le premier joueur formé à l’Espérance à avoir disputé une Coupe du Monde (en 2006 avec la Côte-d’Ivoire). Aujourd’hui, nous fournissons régulièrement les centres de formation des clubs professionnels. Nous sommes fiers du parcours d’Amine Harit, arrivé au club à 7 ans et qui brille en Bundesliga avec Schalke 04, de Moussa Diaby, international en jeunes et qui vient de signer pro au PSG ou de tant d’autres professionnels comme Éric Tié-Bi et Losséni Karaboué. D’autres jeunes issus du club pointent leur nez comme Yahia Fofana au Havre ou Youssouf Fofana à Strasbourg.

L’Espérance est un club majeur du 93, pourquoi ?

Le récent jugement de la cour d’appel de Versailles ordonnant à la FFF de créer un district de Paris va rebattre les cartes. Nous sommes déjà un club important à Paris (7e par le nombre de licenciés et 1er parmi les clubs du District 93) et souhaitons que cette révolution soit un tremplin pour notre club. Nous allons concourir à armes égales avec nos voisins parisiens et viser des objectifs sportifs élevés. Nos atouts sont notre organisation administrative et la qualité de notre encadrement. Il y a maintenant 50 éducateurs au club et cela se voit sur le terrain. Nos joueurs sont très rarement sanctionnés et notre dossier disciplinaire est toujours limité, surtout comparé à celui de nos adversaires.

 Comment se passe la « concurrence » avec les Solitaires ?

Depuis de nombreuses années, nous sommes favorables à une fusion entre les deux clubs. Cela entraînerait la création du très grand club que mérite l’Est parisien. Nous avons de très belles installations au stade Jules-Ladoumègue mais partager des créneaux horaires limités conduit à une insuffisance du nombre d’entraînements pour tous. J’aimerais bien que l’équipe première seniors puisse s’entraîner trois fois par semaine comme ses concurrents ! Mais c’est hélas actuellement impossible. Comme nous l’avons vu en 1988, la fusion est le seul moyen d’arriver à faire progresser les équipes fanions et de continuer la croissance du football pour tous. Je regrette que nos voisins ne l’aient pas encore compris et ne saisissent pas la main que nous leur tendons. Mais ce n’est qu’une question de temps et je suis certain que la raison l’emportera dans l’intérêt de tous.

Comment faites-vous pour fédérer autant les parents ?

Quand vous venez aux entraînements des jeunes, la tribune est pleine de parents ! Nous les rencontrons à l’occasion de l’inscription de leur enfant, nous organisons des goûters, des sorties hors d’Île-de-France. Ce sont toujours les moments dont les familles se souviennent, particulièrement les plus modestes qui n’ont pas toujours les moyens d’envoyer leurs enfants en vacances loin de Paris.

Nous faisons toujours un effort pour que la contrepartie en équipements de la cotisation annuelle soit la plus attractive possible. Le trésorier Nordine Djeddi et moi passons beaucoup de temps à négocier avec les équipementiers et à obtenir des solutions favorables aux intérêts de nos adhérents. Le club est devenu un très bon client avec son nombre élevé de licenciés et un niveau sportif attrayant. Chaque saison, nous arrivons à faire mieux et pour la saison prochaine, je pense que les adhérents ne seront pas déçus…

Quel est votre plus beau souvenir sportif ?

A l’Espérance, la coupe Gambardella a toujours un caractère particulier car c’est la seule compétition où nous pouvons raisonnablement jouer des matches de niveau national et fédérer un large public. En 1989 et 1991, nous avions atteint le stade des poules au premier tour fédéral et rencontré Lille, l’INF, Créteil ou Orléans. Depuis, c’est un système d’élimination directe et l’année dernière, l’équipe a réussi à se qualifier pour le 2e tour fédéral, tombant contre l’ACBB après avoir éliminé Senlis. L’organisation de ces deux matches à domicile n’allait pas de soi. Grâce à l’engagement de nos dirigeants et techniciens, nous avons réussi à accueillir 500 personnes dans notre stade et dans un calme parfait et à chaque reprise, le délégué fédéral nous a chaleureusement félicités pour la qualité de notre organisation, surtout quand ils apprenaient que nous ne jouions qu’en championnat de District…

A titre personnel, je rajouterai la finale du championnat de France de futsal 2011 à Angers où le Paris-Métropole perd 9-8 après prolongation après un suspense exceptionnel et une saison extraordinaire sous la direction d’un grand entraîneur, Marcelo Serpa, qui a amené les meilleurs joueurs de l’effectif en équipe de France. En tant que secrétaire général, c’était un plaisir de mettre cette magnifique équipe dans les conditions optimales pour qu’ils soient en pleine possession de leurs moyens sur le terrain.

Faites-vous des actions sociales ? Si oui, lesquelles ?

Notre action sociale se déroule au quotidien et à long terme. Nous souhaitons éduquer nos adhérents par le sport, qui implique une activité régulière et une progression lente mais constante. Venant souvent d’un environnement difficile, nos adhérents trouvent chez nous un langage qui leur permet de se structurer en tant que personne. Au football, on se réjouit des victoires mais on sait également qu’il y a un match à gagner la semaine suivante : on ne peut pas se reposer sur ses lauriers… Nous sommes heureux de voir nos jeunes réussir leur scolarité, passer des diplômes, trouver leur premier travail, progresser dans leur vie personnelle et professionnelle. Si le football les a aidés quelque part, c’est que nous avons atteint notre objectif

Quels sont vos objectifs à court terme et à long terme pour l’Espérance ?

A court terme, c’est toujours le sportif qui prime. Donc tout faire pour obtenir la montée des équipes qui sont en position de le faire et le maintien des autres. A long terme, le sportif est la résultante de la qualité de l’organisation et des moyens qui permettent de l’atteindre. Ceux-ci mériteraient d’être plus importants et la direction du club s’y attache pour permettre de pérenniser le club et d’y ajouter des succès sportifs. Nous sommes des gens discrets et travailleurs et nous aimerions bien que nos efforts soient davantage reconnus, notamment par nos élus…

Un petit mot pour la fin ?

Nous avons évalué la « communauté de l’Espérance » (joueurs, éducateurs, dirigeants, parents, amis, spectateurs réguliers ou occasionnels) à plus de 2 000 personnes. Nous organisons leurs loisirs chaque week-end avec plaisir et sans être découragés par une défaite ou une relégation qui sera vite oubliée face à l’essentiel : passer un bon moment ensemble sur un terrain de football. C’est cette communauté toute entière que je salue et que j’assure de mon dévouement le plus total à notre cause, celle de l’Espérance.

Propos recueillis par Farid Rouas. 

Pour ne rien manquer de l’actualité du foot francilien :