Interview

Bobby Allain : « Le foot amateur francilien est une bonne école, j’en suis la preuve »

23/01/2020 à 16:04

Bobby Allain fait partie de ces joueurs qui ont dû emprunter des chemins parallèles pour accéder au monde professionnel. Pur produit de clubs amateurs tels que le Montrouge FC 92 ou l'AC Boulogne-Billancourt, le portier de 27 ans n'a jamais fait de centre de formation ce qui ne l’empêche pas de disputer cette saison la Ligue de des Champions avec l'Olympiakos (Grèce). Pour Actufoot, le gamin de Malakoff revient sur son incroyable parcours !

Comment s’est déroulée votre enfance ?

J’ai eu une très belle enfance, je n’ai manqué de rien. J’étais souvent sur les terrains de foot, dès que je pouvais. On habitait à côté d’un stade de foot à Malakoff. On sonnait chez moi dès qu’il y avait un foot qui s’organisait.

D’où vous est venue cette passion du poste de gardien de but ?

Mon père était attaquant et je voulais faire pareil, sauf que petit j’avais un asthme très sévère. J’étais donc obligé d’être gardien et cela a été une grande découverte dès mes 6 ans. Je n’ai plus lâché le poste depuis.

Vous avez joué en jeunes au Montrouge FC et à l’AC Boulogne-Billancourt, deux clubs amateurs de renom. Pourtant, vous n’avez jamais signé en centre de formation. Comment l’expliquez-vous ?

Oui, j’ai pu jouer au plus haut niveau en jeunes dans ces clubs-là. Ces deux équipes sont très suivies par les clubs professionnels. À l’époque, j’étais très petit : j’ai fait 1 mètre 56 de 11 à 16 ans. Beaucoup de clubs se sont renseignés, mais sans aller plus loin. C’était toujours la même phrase : « il est trop petit ! » J’ai fait plusieurs essais un peu partout sans que ça n’aille plus loin…

À 17 ans, vous avez tenté votre chance en Ecosse, l’un de vos pays d’origine… Parlez-nous de cette expérience, comment s’est-elle passée ?

J’étais parti rendre visite à ma famille écossaise pendant des vacances scolaires. C’est alors que mon oncle m’a dit : « tiens va t’entraîner avec ce club, je connais le propriétaire, juste pour voir ton niveau. » C’était une 2ème division écossaise à l’époque : le Clyde FC. Je m’entraîne avec l’équipe A. C’était la première fois pour moi que je côtoyais des professionnels et aussi que je m’entraînais avec des séniors. La semaine se passe très bien et à la fin de celle-ci on me propose un contrat. J’y suis resté 7 mois. C’était une très bonne expérience, une sorte de centre de formation pour moi ! J’ai beaucoup appris et de manière très rapide. J’ai compris l’exigence qu’il fallait pour faire partie de ce monde professionnel. Mon entraîneur des gardiens était une légende vivante du football écossais et l’entraîneur principal était une légende du Glasgow Rangers. Mais malheureusement, le club a déposé le bilan et j’ai dû rentrer en France.

Vous revenez donc en Ile-de-France, à Ivry (CFA), puis au Red Star (National). Parlez-vous de ces années 2010 à 2016… Comment êtes-vous parvenus à gravir les échelons ?

Ivry me prend comme numéro deux en CFA à 17 ans, je joue avec la réserve et la CFA. J’apprends que le Red Star voulait un numéro 3 en National et je signe très rapidement après un seul entraînement avec le groupe. Tous les jours, je bossais dur aux entraînements. Je m’étais promis après mon aventure écossaise de retrouver le monde pro. J’essayais de faire plus que les autres. J’écoutais tous les conseils des anciens pro, de mes entraîneurs. J’ai pu passer de numéro 3 à numéro 2, puis j’ai gratté des matches en championnat de National. Je faisais mes matches, je montrais à tout le monde que j’avais le niveau ! Mais chaque année, on mettait un numéro 1 qui était soit prêté soit habitué du niveau. Moi, j’étais le petit qui avait réussi à se frayer un chemin donc je me disais « bosse pour toi, ça va marcher ailleurs ».

Quel est votre regard sur le niveau du foot amateur en région parisienne ?

En région parisienne, il y a beaucoup de talent, ça joue au foot partout, tous les jours ! J’ai vécu en province pendant 3 ans et oui la région parisienne a un niveau supérieur. Je ne saurais pas l’expliquer. Est-ce une bonne école de foot ? Je pense que oui, j’en suis la preuve. Comme beaucoup d’autres qui ont réussi sans centre de formation !

Vous atterrissez ensuite à Dijon. Après avoir gardé les cages de la National 3 pendant 2 ans, vous avez connu 13 titularisations en Ligue 1 la saison dernière, à 27 ans. Comment l’avez-vous vécu ?

J’ai vécu trois très bonnes saisons à Dijon. Il y avait deux très bons gardiens devant moi, Baptiste Reynet et Benjamin Leroy. J’ai beaucoup appris avec eux. J’ai vite vu ce que c’était le niveau Ligue 1. J’ai bossé dur pour me mettre au niveau.

Quel a été votre sentiment lors de votre grande première ?

Une sensation de fierté, je revois tout mon parcours, tout ce que j’ai fait pour en arriver là. Toute ma famille et tous mes proches attendaient ce moment depuis des années. Une fois que c’est fait, on a qu’une envie, c’est de continuer à jouer à ce niveau.

Comment s’est concrétisé votre transfert à l’Olympiakos l’été dernier ?

Déjà, je voulais rester à Dijon mais il y a eu un gros malentendu donc ça ne s’est pas fait. J’étais libre et j’ai été contacté par l’Olympiakos. Je n’ai pas hésité une seule seconde, un club légendaire connu pour tous ses trophées.

Vous êtes aujourd’hui avec votre club leader de votre championnat, vous disputez également la Ligue des Champions. Peut-on parler de rêve éveillé ?

Oui, complètement, c’est un rêve d’enfant ! Mon père m’avait dit il y a 3 ans : « tu vas jouer en Champions League ». Bon ce n’est toujours pas le cas, mais je n’en suis pas loin.

Comment se passe la concurrence entre gardiens ?

La concurrence est toujours saine, en tout cas, ce que j’ai vécu. On s’entraide, on pousse l’autre à être meilleur et on se donne des conseils.

Quelles sont les principales différences entre le championnat de France et de Grèce ?

Il y a beaucoup plus de ferveur ici, les grecs adorent et ne vivent que pour le football ! Il y a un groupe de cinq équipes qui jouent bien au football et qui pourraient bien se classer dans le championnat français. Le reste des équipes jouent contre nous avec un bloc bas et attendent des erreurs de notre part pour en profiter. Les terrains à l’extérieur sont difficiles et la qualité du terrain n’est pas toujours bonne.

Quels conseils donneriez-vous à un joueur de 18 ans n’ayant jamais fait de centre de formation, mais qui rêve de devenir professionnel ?

De ne jamais baisser les bras, toujours y croire ! Combien de fois, j’ai entendu des gens dire « mais tu devrais faire des études au cas où, de lâcher le foot et de faire ça que pour le plaisir ». Il faut beaucoup travailler, faire toujours plus que les autres. Arriver le premier, partir le dernier, il n’y a vraiment que le travail qui paye !

Comment pourriez-vous définir votre carrière ?

Je pense que le mot persévérance correspond à ma carrière et elle est loin d’être terminée !

De votre côté, quelles sont vos envies et vos rêves pour la suite de votre carrière ?

Je veux m’imposer à l’Olympiakos, je veux jouer, je veux gagner des titres avec ce club. J’ai 28 ans, mais j’ai la sensation d’en avoir 24. Je suis encore tout nouveau dans ce milieu. J’espère perdurer !

Propos recueillis par Farid Rouas. 

Crédit Photo : Dijon FCO