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Aïssatou Tounkara, la parisienne devenue le nouveau roc de l’Atlético Madrid

14/12/2018 à 12:15

Pur produit de la région parisienne, Aïssatou Tounkara a quitté le Paris FC et son Stade Charléty l'été dernier vers une destination qui a étonné son monde après sa grave blessure au tibia-péroné en mars dernier. À 23 ans, la défenseuse central originaire du XIXème arrondissement s'est engagé en faveur de l'Atlético de Madrid pour un contrat de 5 millions d’euros.

7 mars 2018. L’équipe de France féminine s’impose largement face à l’Allemagne 3-0, en clôture de la SheBelieves Cup aux États-Unis, mais perd dans le même temps Aïssatou Tounkara victime d’une double fracture tibia-péroné sur le terrain. La jeune joueuse est opérée dans la nuit, avec succès. Une grave blessure qui sera bien vite oubliée 9 mois après. La cicatrice est aujourd’hui effacée par des souvenirs encore plus profonds, pour celle qui a commencé au SC Buttes Chaumont. « Cette passion du ballon rond est venue toute petite, j’aime ça. Au début, je jouais pour le plaisir et j’en ai fait mon métier », raconte l’intéressée.

« Trop tôt et trop loin de son domicile »

À cette époque, le club pensionnaire du stade Jules Ladoumègue était le « seul à proposer toutes les catégories féminines » dans Paris XIXème. Dès l’âge 9 ans, Aïssatou impose sa vitesse et son physique au-dessus de la moyenne, mais elle « n’était pas la meilleure » selon l’un de ses premiers coachs, Pédro Régal.

Très vite, Aïssatou Tounkara va progresser en « étant toujours à l’écoute, avec l’envie d’apprendre » se rappelle son entraîneur de l’époque. À 10 ans, elle tape dans l’œil du président d’Issy-les-Moulineaux lors d’un match face à l’équipe des Hauts-de-Seine. Pédro Regal a alors préféré stopper net un possible départ pour une question d’âge et de logistique : « c’était trop tôt et trop loin de son domicile. »

« Sans l’association, je ne sais pas ce que je serais devenue »

Aïssatou Tounkara compte 7 sélections avec l’équipe de France A. 

À côté du football, Aïssatou fait partie de deux associations : « BGA » (Braves Garçons d’Afrique) et Projet Prodige. Des expériences qui l’amènent à rencontrer Philippe Aman, une personne clef au cours de son apprentissage et de son adolescence. Ce dernier s’occupait des jeunes issus du XIXème à travers des activités sportives, scolaires ou culturelles. Il a vite remarqué le potentiel footballistique d’Aïssatou au futsal. « Elle m’avait impressionné par ses qualités techniques, se remémore celui qui est toujours en contact avec la joueuse. Elle était à l’aise aux pieds et démontrait beaucoup de combativité. » Sans nul doute que le futsal a amélioré la technique, la tonicité, a travaillé la cohésion et la discipline d’Aïssatou Tounkara, comme pour tant d’autres.

Trop souvent dans l’éclosion d’un jeune talent, les espoirs se réduisent à néant pour un mauvais choix ou par précipitation. Aïssatou, elle, est restée la même. Aujourd’hui encore : « elle sait d’où elle vient. Elle est bien entourée par sa famille et ses amis », explique Philippe Aman. « Sans l’association, je ne sais pas ce que je serais devenue ! », lui a-t-elle même lâché un jour.

Du fast-food d’après-match à un titre de championne du monde

Une belle histoire qui se dessine et à laquelle on ne peut ôter certains souvenirs cocasses. Pédro Regal s’en souvient comme si c’était hier… « À chaque match l’équipe était molle et sans envie en première mi-temps. Les filles jouaient comme des casseroles ! Mais une fois que le Mac Donald était accordé pendant le discours, l’équipe redevenait imbattable. C’était un coup monté entre-elles ! » Comme quoi, un menu de fast-food n’a pas que du mauvais pour un sportif.

Aux yeux d’Aïssatou ses plus beaux souvenirs restent le jour de la signature « du premier contrat signé avec Juvisy » sans oublier son titre de champion du monde en U17. « Je n’en garde que de beaux souvenirs. J’avais joué titulaire 5 fois sur 6 matches. Le parcours a été difficile dès la poule de qualification, mais on a réussi à aller jusqu’au bout. On gagne aux tirs au but (Ndlr : contre la Corée-du-Nord 1-1, TAB 7-6), une finale magnifique ! » Un titre qui en précède un autre, puisqu’un an plus tard Aïssatou soulèvera le trophée des championnats d’Europe U19.

Le producteur de Sexion d’Assaut comme conseiller

Aïssatou Tounkara lors de sa rééducation au Centre médical du CNF Clairefontaine.

Sa grave blessure en 2018 n’a pas atteint le moral d’Aïssatou Tounkara, contrairement à ses proches. « Elle est revenue dans sa famille et savait qu’elle allait rebondir. Elle était plus confiante que nous », nous confie Philippe Aman. Bien guidée par Dawala, créateur du label Wati B qui produit Sexion d’Assaut, l’internationale tricolore a atterri à Atlético de Madrid l’été dernier.

L’Espagne, une destination qui satisfait pleinement l’intéressée aujourd’hui. « Le jeu ressemble au football masculin. Il est à base de passes, de possession : vraiment que du jeu, ça me plaît beaucoup ! », et cela malgré encore quelques difficultés avec la langue locale. « Mon espagnol n’est pas encore parfait, mais j’arrive à me faire comprendre. J’arrive à me débrouiller, ça ressemble beaucoup au français. »

La Coupe du monde 2019 dans le viseur

Aïssatou Tounkara a retrouvé toutes ses sensations aujourd’hui et se fixe des objectifs élevés : « pourquoi ne pas gagner des titres : le championnat et la Coupe de la Reine, mais aussi être appelée avec l’équipe de France pour la Coupe du Monde qui se déroule chez nous. »  En effet, les Bleues disputeront le tournoi à domicile en 2019 sous les ordres du sélectionneur Corinne Diacre qui « apporte son expérience, sa manière de travail et son projet de jeu » assure la néo-Madrilène. La route est encore longue d’ici-là, mais pour ses proches et les observateurs, Aïssatou Tounkara peut encore franchir des paliers.

Par Farid Rouas et Julien Guibet. 

Crédit Photo : FIFA / Atlético Madrid / FFF