National 3Interview

Jean Calvé (FC Saint-Leu) : « Il n’y a pas un fossé entre le monde pro et le foot amateur »

04/10/2019 à 17:38

Recrue phare du mercato estival saint-loupien, Jean Calvé est enfin à la disposition du coach William Longuet. À 35 ans, l'ancien défenseur de Sochaux, Le Mans, Nancy, Lorient, Grenoble, Caen ou encore Amiens, va apporter sa riche expérience de plus de 200 matches en Ligue 1 et de Ligue 2. Pour Actufoot, le Francilien d'origine se livre sur son parcours, son nouveau projet et sa vision du foot !

Jean, vous allez enfin pouvoir jouer en compétition officielle… Le temps n’a pas été trop long ?

Si forcément, on trouve toujours que le temps est trop long surtout lorsqu’on a été présent dès le début de la préparation mi-juillet. Le travail paraît long, mais il faut prendre son mal en patience. Je serai de retour sur les terrains pour ce week-end.

« Le projet de Saint-Leu est parfait moi »

Revenir dans le Val-d’Oise, c’est un retour aux sources pour vous ?

Oui exactement, je suis originaire du 95. Une fois rentré de mon dernier club en Espagne, je savais que j’allais rentrer dans le Val-d’Oise auprès de ma famille et de mes racines.

Vous ne vouliez pas tenter une aventure exotique avant de revenir ?

Non, non, c’était clair dans ma tête. Le projet de Saint-Leu est parfait moi : c’est à côté de chez moi et le club évolue aussi dans une division intéressante.

Comment êtes-vous entré en relation avec le FC Saint-Leu ?

L’un des joueurs de l’équipe, Makhlouf Merzagou connaît bien mon frère. Ils ont discuté ensemble et mon frère lui a dit que j’allais revenir chez moi. Makhlouf lui a parlé de St-Leu et de son projet en National 3. Mon frère m’en a parlé et les choses se sont réglées naturellement.

Revenons à vos débuts footballistiques… Dans quel club avez-vous pris votre première licence ?

C’était à Herblay à l’âge de 5 ans. Puis, j’ai joué à Montigny-lès-Cormeilles, Saint-Ouen l’Aumône et au Racing Club de France.

Que vous rappelez-vous de ces débuts ?

Je suivais mon grand frère qui avait « le talent ». C’était plus pratique d’aller tous les deux dans le même club. C’est lui qui changeait de club car il était convoité. Moi je ne faisais que de le suivre.
« L’opportunité d’avoir été joueur professionnel, c’est déjà le plus beau souvenir que l’on peut avoir »

Vous avez connu une dizaine de clubs professionnels. Quelle est votre plus forte émotion dans ce parcours ?

C’est difficile de donner une émotion parce qu’il y en a beaucoup, de toutes sortes et dans plusieurs contextes. Ne serait-ce que d’avoir eu la chance, l’opportunité d’avoir été joueur professionnel, c’est déjà le plus beau souvenir que l’on peut avoir !

Quelle a été votre plus belle saison en tant que joueur ?

Mon plus beau souvenir reste quand même 2007-2008 avec Le Mans en terme de jeu produit et de victoires. On avait battu deux fois l’Olympique Lyonnais, 7 fois champions de France, une fois en championnat et une fois en Coupe de la Ligue. On avait aussi perdu en ½ finale de la Coupe de la Ligue contre le RC Lens dans un match ou l’on mène 2-1, puis nous sommes menés 4-2. On revient à 4-4 et on perd 5-4 aux prolongations. On avait Rudi Garcia comme entraîneur, il y avait dans l’équipe : Sessègnon, Romaric, Bangoura, Coutadeur, Yebda, Grafite, Tulio De Melo, Gervinho, Matsui, Basa. Énormément de bons joueurs. On s’était éclaté ensemble !

Quel est le joueur qui vous a le plus étonné ?

Je dirais Romaric, un milieu de terrain qui n’avait jamais peur de demander le ballon. On savait dans l’équipe que si on avait un souci, on pouvait le trouver au milieu du terrain. Même au milieu de 2-3 joueurs, il prenait la balle sans aucun problème. Avec sa protection de balle, il arrivait à s’en sortir à chaque fois. Pour une équipe, c’est vraiment un atout d’avoir un joueur de cette qualité, qui offre toujours une solution et qui a cette faculté à protéger la balle pour ne pas la perdre.

Après quelques saisons « galères », Le Mans est de nouveau en Ligue 2. Est-ce que vous continuez à les suivre ?

Oui bien sûr, j’ai toujours un œil sur mes anciens clubs pour savoir où ils en sont. C’est un plaisir de les revoir en Ligue 2. Je leur souhaite de retrouver la Ligue 1 bientôt. Le Mans a les installations pour.

Avec quel coach avez-vous eu une relation forte ?

Rudi Garcia. Je n’ai fait qu’une saison avec lui, une superbe saison. Je regrette que tous les joueurs que j’ai cité, plus le coach, ne sont pas restés 1 ou 2 saisons supplémentaires pour continuer à progresser ensemble. Je suis persuadé qu’on aurait pu faire des grandes saisons. Malheureusement, Le Mans étant un club qui doit montrer ses joueurs pour les revendre, presque la moitié de l’équipe est partie. Rudi Garcia est aussi allé à Lille.

« Rudi Garcia avait un bon management »

Comment Rudi Garcia était-il dans le vestiaire ?

Il était proche des joueurs, il avait toujours un mot pour chaque joueur pour détendre. Il accordait autant de temps à chaque joueur, autant aux titulaires qu’aux remplaçants. Justement c’est pour ça que l’on vivait bien. Il avait un bon management. Les remplaçants ne se sentaient pas esseulés. Il donnait sa chance à chacun. Tout le monde se donnait à fond car tout le monde savait que tout était possible après une bonne semaine d’entraînement. Il expliquait les choix aux joueurs. Il n’y avait pas de rancœur. On a connu une belle saison donc c’était plus simple mais je pense qu’il avait un très bon management.

Avez-vous gardé contact avec lui ?

Oui, j’ai eu l’occasion d’aller voir un match l’année dernière : Amiens – OM. J’ai revu aussi Paulo Rugon qui était notre préparateur physique au Mans et qui l’avait suivi à Marseille. Je pense que chacun a été marqué par cette belle saison au Mans. Pour Rudy Garcia, c’était sa première saison en Ligue 1, donc ça marque aussi. C’est un coach qui a pris de l’ampleur avec des clubs plus huppés. Quand je l’ai recroisé, il était serein, fidèle à lui-même avec un petit mot pour rire.

Parlez-nous de vos deux expériences à l’étranger en tant que joueur, à Sheffield United (Angleterre) et Oud-Heverlee Louvain (Belgique). Est-ce facile de s’adapter à un club étranger ?

Non, ce n’est pas si simple, après tout dépend des conditions. En Angleterre, j’étais le seul français dans mon équipe. C’était un peu compliqué au début. J’avais une base d’anglais, j’ai appris les mots footballistiques assez rapidement donc ça a été. Mais, ça peut être compliqué pour les joueurs qui ne parlent pas la langue, qui ne font pas les efforts.

Pourquoi ces choix de clubs ?

Pour Sheffield, j’ai eu l’opportunité de jouer en Angleterre parce que c’est un championnat attirant et je voulais le découvrir. Pour Oud-Heverlee Louvain, on m’a proposé ce championnat. Je m’étais renseigné auprès de joueurs du Stade Malherbe de Caen et j’ai eu de très bons échos. Je suis y allé pour voir, pour découvrir autre chose.

Les entraînements sont-ils différents ?

En Angleterre, les séances sont plus courtes, mais plus intenses. Il n’y a pas de temps mort, tout s’enchaîne, tout est en mouvement. En Belgique, ça ressemble un peu plus à la France.

Qu’avez-vous remarqué de différent en Angleterre avec la France ?

Le staff est nombreux, il y a beaucoup de kinés, d’intendant au service de l’équipe.

« Un petit manque de ne pouvoir participer à la création du jeu »

On vous a connu comme un latéral offensif dans vos différents clubs. Qu’est-ce que vous avez aimé dans ce poste ?

C’est cette possibilité de pourvoir participer au jeu et de pouvoir à tout moment passer de transition défensive à transition offensive. De pouvoir avoir un apport sur le jeu offensif. Ces dernières années, j’ai joué central. J’ai eu ce petit manque de ne pouvoir participer à la création du jeu. C’est vraiment ce qui me plaisait dans ce poste. Il y avait les tâches défensives mais on peut vite se projeter vers l’avant, créer un surnombre et apporter des centres.

C’était une volonté de votre part de jouer à ce poste ou celle d’un coach ?

J’ai très rapidement joué à ce poste. Celui-ci demande beaucoup de coffre et j’étais quelqu’un de dynamique, capable d’enchaîner les efforts, les allers et retours. J’avais aussi un bon pied pour faire des centres. Au vu de mes qualités, c’était le poste qui me convenait le mieux.

Le latéral d’aujourd’hui est-il différent de celui des années 2000 ?

Non, il n’y a pas de différences mais quelques fois, des entraîneurs mettaient des centraux aux postes de latéraux, qui restaient derrière. Aujourd’hui, ça ne se fait plus. Les latéraux apportent le danger.

À quel poste allez-vous joué avec St-Leu ?

Ça sera plus un poste central, devant la défense mais je ne pense pas sur le côté. Après, je suis à la disposition du coach quoi qu’il arrive.

Après quelques journées en National 3, quel est le niveau de ce championnat selon vous ?

J’avais déjà joué en National 3 avec Amiens, quelques matchs avec la réserve. Je connais le championnat. Depuis le début de saison, je regarde St-leu. Je pense que c’est un championnat où il faut être solide avec de très bons joueurs. Mais, si une équipe est bien en place, il n’y a pas non plus les individualités pour déséquilibrer l’adversaire. Si l’équipe joue en bloc, elle sera dure à jouer.

« Je ne fais pas de distinction particulière entre le mondre pro et amateur »

Le FC Saint-Leu a-t-il les armes pour se maintenir ?

Oui, à chaque fois St-Leu a perdu sur des détails, ça aurait pu basculer à notre avantage. On a une équipe avec beaucoup d’arrivées et beaucoup de départs. Ça ne tourne pas en notre défaveur actuellement, mais on sait que sur une saison, ça va s’équilibrer. Les efforts sont faits, tout le monde est à 100%. On n’est pas loin à chaque fois. Je n’ai aucune crainte sur le niveau de l’équipe et le fait que l’on va réussir à se maintenir.

Quel est votre regard sur le football amateur ?

J’ai toujours un regard bienveillant, tout le monde vient du football amateur. J’ai souvent rejoué avec les réserves des clubs pros dans lesquels j’ai évolué. J’ai toujours côtoyé le monde amateur et le monde professionnel. Je ne fais pas de distinction particulière. Lorsque, je joue avec Saint-Leu, ça reste un match de football. Les joueurs du football amateur sont du même état d’esprit. Ce n’est pas « un sous » football. Ce sont des joueurs avec des qualités.

Est-il moins facile de se faire une place dans le football aujourd’hui ?

Il y aura toujours des joueurs issus du cursus professionnel et d’autres qui arriveront du monde amateur à 18 ans, ou même à 25 ans. Il y a en toujours eu et il y en aura toujours. C’est la beauté du football, ça peut arriver à n’importe quel moment. Il faut toujours être prêt, bien s’entraîner, faire les efforts. À un moment donné, on peut être détecté sur un match. Il n’y a pas un fossé entre le monde professionnel et le foot amateur. On peut le voir parfois dans les matches de Coupe de France. C’est juste une question d’opportunité, de chance et de régularité. Je ne pense pas qu’aujourd’hui, ça soit plus bouché qu’auparavant.

Propos recueillis par Farid Rouas.