Interview

Kaba Diawara : « Pas sûr qu’on puisse encore parler de foot amateur »

06/08/2019 à 17:45

Le Sporting Club de Toulon, les Girondins de Bordeaux, le Stade Rennais, le PSG ou encore l'OGC Nice... Kaba Diawara a eu une carrière pro riche en France comme à l'étranger. Passé par l'équipe de France Espoir et l'équipe nationale de Guinée, l'ex-attaquant de 43 ans revient pour Actufoot sur sa carrière, le foot amateur et son quotidien entre les plateaux TV et son poste de manager de la sélection guinéenne. Rencontre !

Kaba, vous avez réussi l’examen du BEF récemment. Vous voulez rendre au football ce qu’il vous a transmis ?

Oui, si après on peut continuer dans ce sens-là… J’ai déjà un diplôme de manager d’équipe nationale, c’est un peu la suite. Maintenant, si on peut être au plus près du terrain, c’est encore mieux.

Donc bientôt sur le bord d’un terrain ?

C’est encore trop tôt car je viens de finir ma formation. Je ne peux pas entraîner tout de suite, il faut compléter la
formation. Ça me donne des perspectives et de l’ambition. J’ai pris goût donc pourquoi pas, un jour comme Titi (Nlr : Thierry Henry). J’ai compris le fonctionnement, il faut juste aller au bout de la formation maintenant.

Revenons à vos débuts, à quel âge avez-vous commencé le football et dans quel club ?

À 6 ans, dans un petit club du Var. Après, très vite j’ai intégré Toulon qui était le grand club de la région où j’ai joué jusqu’en National.

« Bordeaux, un autre niveau comparé à celui de Toulon »

Et très rapidement vous rejoignez les Girondins de Bordeaux en 1995. Racontez-nous ce passage de 4 ans en Gironde ?

Oui, je signe professionnel là-bas et ça part fort. J’ai 19 ans, je viens d’avoir mon bac et je rentre dans le centre de formation girondin. Je suis au milieu de joueurs comme Zidane, Dugarry, Lizarazu. Des joueurs très forts de leur génération. Je commence à jouer et en fin d’année, je signe professionnel donc tout se passe bien. Au début, l’intégration a été difficile car c’était un autre niveau comparé à celui de Toulon. Je me suis accroché car j’avais fait le choix de partir.

Un mot sur cette génération Zidane, Dugarry, Lizarazu, les champions du monde 1998 ?

Ils n’étaient pas encore partis à la Juventus Turin ou au Bayern Munich, mais ils étaient forts. C’étaient les meilleurs joueurs à leur âge. Ils intégraient l’Equipe de France. Ils avaient du potentiel, ça se voyait, c’est clair et net.

Vous avez été considéré comme un espoir du football français. Pas trop lourd à porter ? Comment avez-vous vécu ce changement de statut ?

Non non, j’ai joué en Equipe de France Espoirs. Il y avait Thierry Henry, Patrick Viera, Ludovic Guily pour ne citer qu’eux. On avait une bonne équipe, mais le sélectionneur Aimé Jacquet venait sans cesse piocher dans notre équipe et prendre Viera, notre capitaine. On n’a pas réussi à se qualifier pour l’Euro 1998 et on a été un peu oublié. Par rapport à ce statut, moi je suis terre à terre. Bordeaux était un club familial avec de l’ambition. Ce n’était pas trop lourd à porter.

En 1998-99, vous êtes barré à Bordeaux par un duo de choc : Wiltord – Laslandes. Comment l’avez-vous vécu ?

C’est clair, je n’étais pas titulaire. J’étais le quatrième choix de l’entraîneur. Et à cette époque, j’étais à l’armée. J’étais donc à Paris du lundi au jeudi. Lorsque je rentrais le jeudi après-midi, je voyais que j’étais remplaçant sur la feuille de match donc j’ai préféré partir à Rennes.

En 1998, vous avez marqué 2 buts lors d’un OM-Bordeaux (2-2). Vous avez dit dans la presse que ce doublé avait « changé » votre parcours. Pourquoi ?

Quand on marque dans un choc du championnat français, un match majeur, l’image que les clubs et les gens peuvent se faire de vous change. Je suis passé du statut de « bon petit jeune » à celui de « joueur capable de marquer dans un choc ». Et ça change tout, on attire après le regard des grands clubs. Même les Girondins ont été obligés de me considérer différemment. J’ai eu la chance de confirmer derrière.

« Arsenal ? La marche était peut-être trop haute »

Votre signature à Arsenal en 1999 semble incroyable au vu de votre parcours ?

Je ne suis pas arrivé là-bas par hasard. Arsène Wenger m’avait contacté. Avec du recul, la marche était peut-être trop haute. À 23 ans avec l’ambition et la détermination on pense que l’on peut y arriver. C’était une bonne expérience, un gros club avec des grands joueurs, des champions du Monde.

L’équipe était composée de joueurs tels que Bergkamp, Petit, Overmars, Kanu…

C’est simple, avant on regardait l’Equipe du Dimanche avec les gros yeux ! Et même si j’ai joué à Bordeaux, quand tu vois arriver Tony Adams, Martin Keown, David Seaman, c’est impressionnant pour le petit gars de Toulon que j’étais.

Vous avez aussi joué avec un grand espoir du football français, Nicolas Anelka ?

Oui, c’est un bon gars. Les gens ne le connaissent pas donc ils s’arrêtent aux journaux et à quelques déclarations. Pour avoir été avec lui à Arsenal et à Paris, il ne pose pas de problème au groupe, il est agréable à vivre.

Il s’est vu confier pour mission d’entraîner les attaquants du Lille OSC depuis novembre 2018. Un rôle qui lui convient ?

S’il a de l’empathie, de la patience, l’envie de former et de transmettre, ça va bien se passer. Après s’il est dans la recherche de l’excellence, il sera un petit peu déçu car lui peu de joueurs pouvaient l’imiter à l’entraînement. Quand on devient formateur, il faut vraiment être bien avec les joueurs, leur laisser le temps d’assimiler. Il connaît beaucoup de choses et l’avantage, il pourra toujours le démontrer.

Revenons-en à votre carrière. Après Arsenal, vous avez rejoint Marseille, puis le PSG de 2000 à 2003 avant de repartir en Angleterre à Blackburn et ensuite à West Ham United. Un goût d’inachevé outre-manche ?

L’expérience à Arsenal ne m’avait pas suffi et je n’avais pas pu m’épanouir. Donc j’ai pensé que dans un club moins huppé, ça pouvait être intéressant. Mais, je suis arrivé dans des clubs intermédiaires, je n’ai pas apprécié le côté business et la qualité du joueur n’est pas toujours considéré à sa juste valeur.

À partir des années 2000, vous avez fait une dizaine de clubs en 10 ans : Ferrol (Espagne), Nice, Al Gharafa Doha (Qatar), Ajaccio, Gaziantepspor et Ankaragücü (Turquie), Alki Larnaca (Chypre), Arles-Avignon et de nouveau Ferrol (Espagne). Pourquoi cette instabilité ?

C’était un concours de circonstances. J’ai eu pas mal de blessures et comme au Paris-Saint Germain on ne comptait pas sur moi, je suis parti en prêt à Ferrol où je me suis éclaté. À Nice, je réalise une superbe saison où je marque 12 buts. Ensuite, avec Al Gharafa, j’ai joué contre des grands joueurs comme Gabriel Batistuta ou Pep Guardiola. Ma famille s’y sentait bien aussi. Le championnat Turque est d’un bon niveau, avec beaucoup d’engagement. Pour Arles-Avignon, j’arrivais en fin de carrière, je voulais m’amuser en Ligue 2. On finit par jouer la montée en Ligue 1. Malheureusement, l’année suivante se complique dès le début de saison par le départ du coach et de joueurs cadres.

« J’aurais aimé en gagner au moins une… »

Votre palmarès : un seul titre de champion de France avec Bordeaux en 1999. Avez-vous des regrets à ce niveau ?

Oui c’est clair, on veut toujours remporter des titres. Je retiens le positif de toutes mes expériences, j’ai joué dans beaucoup de clubs, j’ai formé des amitiés. Sans faire de centre de formation et sans être vraiment pré-destiné à ça, je suis content d’avoir fait ce que j’ai fait. Peut-être un regret au niveau français car j’ai perdu 2 finales de Coupe de la Ligue avec Bordeaux en 97 et le PSG en 2000. J’aurais aimé en gagner au moins une.

Sur toute votre carrière, quel est le coach ou joueur qui vous a le plus marqué ?

Comme coach, j’ai eu la chance de travailler avec le regretté Guy David, même si ce n’était que 6 mois à Rennes. Il a été super pour moi car il a su me faire prendre conscience du travail que je devais faire et comment je pouvais aider au mieux l’équipe. À l’époque, on jouait le maintien mais cette expérience m’a beaucoup servi par la suite. En ce qui concerne les joueurs, j’en ai connu tellement… Mais je dirais Zidane pour le prestige, pour la France.

La date du 9 mai 1998 est-elle importante à vos yeux ?

C’est le but du maintien contre le TFC (Ndlr : pour le Stade Rennais). C’était un match capital parce qu’on devait absolument battre Toulouse pour se maintenir. On savait que si l’équipe descendait, François Pinault ne rachetait pas le
club.

« Pour être chroniqueur, il faut sans cesse apprendre et performer »

Aujourd’hui, vous êtes chroniqueur pour Canal+ Afrique. Commenter est-ce plus facile que joueur de football ?

Non, ça commence à être concurrentiel. Aujourd’hui, on voit que c’est un vrai métier, il faut se régénérer à chaque fois. Avec ma formation, j’ai plus de connaissances. Je suis dans ma 8ème année de chroniqueur, je commence à connaître le métier. Il y a de la concurrence, il faut sans cesse apprendre et performer.

Vous revenez de la Coupe d’Afrique des Nations en Egypte. Comment analysez-vous le parcours de la Guinée dont vous êtes le manager général ?

Dans l’ensemble, c’est une déception (Ndlr : élimination en 8ème de finale après avoir été repêché en tant que meilleur 3e). On s’est rendu compte que si on ne faisait pas ce qu’il fallait dans les premiers matches, on était obligé de tomber sur un « gros ». C’est ce qu’il s’est passé avec l’Algérie (3-0). On a perdu contre le futur vainqueur de la compétition, c’est une petite consolation pour certains mais pas pour moi. Je reste persuadé que si nous avions eu un match de plus dans les jambes, on aurait pu vraiment rentrer dans la compétition. Chose qu’on n’a jamais su faire. Les joueurs ont pensé qu’on pouvait s’en sortir facilement de cette poule, finir 1er ou 2ème de la poule, mais on a terminé 3ème…

Un mot justement sur le vainqueur de la CAN 2019, l’Algérie ?

Sur la compétition, l’Algérie mérite ce titre de champion. Ça me fait encore plus plaisir car c’est un ami qui en est l’entraîneur. On peut avoir des entraîneurs locaux et viser la victoire. En finale, j’étais pour les 2 équipes avec deux jeunes entraîneurs issus comme moi de l’immigration. Ils ont fait leurs classes en France, formés en France. Ils ont apporté leur expérience au service de leur pays. L’Afrique a du potentiel et donc on n’a pas forcément besoin d’aller chercher des entraîneurs européens. Maintenant, j’aurais aimé voir cette même compétition, sur les mêmes terrains au mois de janvier avec de la fraîcheur. Nos joueurs sont arrivés blessés, fatigués. Il n’y a pas de meilleur moment pour jouer une compétition. Quand on décide de jouer une compétition, on la joue à fond. Pour le cas de la Guinée, les joueurs étaient un peu au bout du rouleau. Pour gagner une compétition, au de-là du collectif, il faut vous appuyer sur un jouer majeur comme Mahrez pour l’Algérie et nous notre joueur majeur Naby Keita (Liverpool) est arrivé blessé et n’a jamais pu rentrer dans la compétition. Il n’a pas pu emmener le collectif pour se sublimer.

Pour finir, quel est votre regard sur ce football d’en bas ?

Pour moi, ça n’existe plus vraiment. À partir du moment où les joueurs s’entraînent tous les jours, ce n’est plus du football amateur. Quand on regarde aussi le parcours des équipes dites amateurs en Coupe de France, elles font jeu égal. Les clubs sont de mieux en mieux structurés. Je ne suis pas sûr qu’on puisse encore parler de football amateur. Lorsque les joueurs vivent de leur passion, ce ne sont plus des amateurs.

Propos recueillis par Farid Rouas.

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