InterviewN3

Mohamed Tazamoucht (Ivry) : « Je me rapproche plus d’un Simeone ou d’un Conte »

22/03/2021 à 13:34

On poursuit aujourd’hui notre rubrique un jour-un club et après Himed Himma, c’est une autre figure du football amateur d’Ile-de-France qui nous a accordé un entretien. Mohamed Tazamoucht, l’expérimenté coach de l’US Ivry Foot, actuellement sur le podium en National 3 au moment de l’arrêt des championnats.

Mohamed Tazamoucht, en tant que porte parole du rôle social que doit avoir le foot, j’imagine que cette période est un crève-cœur pour vous, non ?

Je suis très triste de cette situation. Aujourd’hui chacun est de son côté et on a perdu tout lien social. Personnellement, je ne vois plus mes joueurs car on ne s’entraîne plus depuis le 24 octobre, hormis la parenthèse de 15 jours pour la reprise de la Coupe de France (0-2 face au Red Star, ndlr). J’aimerais qu’on puisse reprendre l’activité. C’est une situation très complexe et tout simplement, en tant que passionné, j’aimerais faire des séances et retrouver mon groupe.

Après deux saisons fortement perturbées, y a t-il des risques que cette période soit préjudiciable pour beaucoup de joueurs ?

C’est évident. Pour ceux qui avaient des ambitions sportives et footballistiques, tout est remis en cause. Si certains peuvent s’entraîner individuellement et même faire des matchs sauvages, rien ne remplace la compétition. Il est évident que des joueurs vont rester sur le carreau et j’ai encore plus de peine pour ceux qui sont dans les centres de formations qui aujourd’hui vont avoir des difficultés pour retrouver un club après le centre.

Vous êtes un fin connaisseur du football en Île de France. Qu’est-ce qui a changé dans le foot francilien aujourd’hui ?

Le football évolue avec des joueurs qui sont mieux préparés physiquement, plus juste techniquement et tactiquement. On n’a pas la même approche. Avant, certes, on pratiquait un peu plus car on avait un football de sauvage, en plein air au bas du bâtiment, mais maintenant ça se fait de moins en moins.

Beaucoup de coachs de la région vous citent en exemple, cela vous fait-il chaud au cœur ?

(Rires). C’est vrai ce que vous dites là ? C’est gentil. Moi je suis un passionné. J’aime entrainer, avoir un groupe, produire du jeu. Je fais mon travail comme tout un chacun mais je n’ai pas inventé le football.

« Je suis un passionné, je joue le match comme mes joueurs »Mohamed Tazamoucht

Qui est le coach Mohamed Tazamoucht justement ?

C’est quelqu’un qui aime jouer. J’essaye, modestement, de donner à mes équipes un peu de qualité dans ce que je veux mettre en place. M’appuyer sur mes connaissances, sur les formations que j’ai pu faire et sur mon expérience car je suis quand même un peu plus âgé que pas mal d’autres entraîneurs d’aujourd’hui. Tout cet ensemble fait que j’ai toujours ce plaisir d’aller entraîner, plaisir à jouer. Moi j’aime le foot et je pense que ça se ressent un petit peu.

Avez-vous des modèles au plus haut niveau ?

C’est un peu à la mode comme réponse mais je dirais Jurgen Klopp. Il y avait aussi le Barça il y a quelques années. En revanche sur le terrain, personnellement, je me rapproche plus d’un Simeone ou d’un Conte que d’un Arsène Wenger (rires). Assez virulent, je suis un passionné, je joue le match comme mes joueurs. Alors c’est vrai que je sais qu’on critique souvent ce genre de coach mais moi je suis comme ça.

Y a t-il des entraîneurs en Ile de France dont vous considérez le travail particulièrement intéressant ?

Je connais beaucoup d’équipes de la région parisienne. J’ai dû voir au moins une fois toutes les équipes et je connais les entraîneurs, leur façon de travailler. Et c’est vrai qu’il y en a certains qui pourraient entraîner au dessus. Je pense notamment à Emmanuel Dorado (Sainte-Geneviève), qui un jour mériterait d’avoir de meilleurs outils entre les mains. C’est quelqu’un qui est investi et qui pourrait aller au dessus. Il est dans cette division là avec des moyens inférieurs et il arrive à faire des choses souvent très intéressantes. Samir Salah (entraîneur de Meaux, ndlr) est un autre garçon que j’aimerais citer. Il travaille avec du bricolage depuis qu’il est là-bas. Il mériterait largement d’avoir une opportunité plus intéressante.

« La joie de se retrouver, c’est le plus important »Mohamed Tazamoucht

Et l’US Ivry dans tout ça, vous avez fait une première partie de championnat vraiment intéressante qui a surfé sur la très belle saison dernière. Avez-vous les moyens d’aller plus haut ?

C’est difficile à dire. L’année dernière on a fait un gros championnat alors qu’on ne nous attendait pas du tout. On nous prédisait plus la descente que la montée et on a terminé à 3 points du premier. Ensuite, il a fallu reconstruire après 17 départs et on était quand même deuxième ex-aequo au moment de l’arrêt. Est-ce qu’on aurait pu aller au bout ? Je ne pense pas qu’on avait un meilleur potentiel que Aubervilliers et le Racing mais l’année dernière il y avait des équipes meilleures que nous et on les a mis à 14 points. Pour la saison prochaine, c’est difficile à dire, tout dépendra si on a encore des départs ou pas.

Serez-vous toujours sur le banc de l’US Ivry l’an prochain ?

Là, je suis en fin de contrat. Je ne sais pas ce que le club va faire, une nouvelle gouvernance est prévue dans les prochains jours. Je ne me projette pas dans un avenir lointain, on verra ce que le club souhaite faire me concernant. Après deux périodes favorables sur le plan sportif, j’attends la nomination du futur président et savoir s’ il souhaite travailler avec moi ou pas.

Je vous laisse le mot de la fin coach…

Vivement, qu’on puisse reprendre. Retrouver le goût du foot., s’entrainer, faire des matchs amicaux, que ce soit une saison blanche ou pas, que ce soit avec un système de coupe ou autre chose. La joie de se retrouver, c’est le plus important, le lien social dont on parlait en début d’entretien. Il faut arriver à retrouver tout le monde sinon on va laisser des joueurs sur le carreau.

Reynald Trunsard

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