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Portrait de Christophe Gamel, entraîneur « globe-trotteur » libre sur le marché

14/09/2020 à 16:43

Il se nomme Christophe Gamel et est un entraîneur français de 48 ans. Son nom ne vous dit rien ? Cela peut se comprendre car ce dernier a énormément exercé à l’étranger. Actuellement libre depuis sa dernière saison en Belgique qui s’est achevée il y a quelques mois, l’entraîneur globe-trotteur recherche un nouveau club. Voici le portrait de ce technicien atypique et très expérimenté, possédant tous les diplômes possibles d’entraîneur, qui ne demande qu’une chose actuellement : pouvoir exercer chez lui en France. Entretien ! (Crédit photo : lebuteur.com)

Christophe Gamel n’a jamais cessé de parcourir le monde pour entraîner. Cette passion a toujours été présente chez lui. Sa première véritable expérience d’entraîneur, loin de la France, a débuté en Hongrie au Diósgyőri VTK en 2007 où il a été nommé adjoint et préparateur physique. Il prend ensuite son envol, un an après, pour le Qatar. Changement de décor, de climat, de culture pour Christophe qui est officialisé adjoint chez les U17 de l’équipe nationale puis à Al Rayyan, club de 1ère division dans le pays qui est très reconnu au Moyen-Orient. En 2012, retour au pays pour le technicien français qui se voit proposer un poste d’adjoint chez l’équipe féminine du Paris Saint-Germain. Le duo avec Farid Benstiti fonctionne à merveille et les résultats arrivent rapidement. Le club de la capitale commence à s’affirmer sur le sol français en terminant plusieurs fois 2e du championnat derrière l’Olympique Lyonnais. A noter également une finale de Ligue des Champions en 2015, perdue sur un but dans le temps additionnel face à Francfort (1-2), et une demi-finale en 2016.

Début d’une carrière internationale aux Îles Fidji

En 2016, Christophe Gamel souhaite partir à l’étranger et envoie son CV en Océanie. De là, il est recontacté par la suite et on lui dit qu’il est placé sur liste d’attente pour reprendre une sélection nationale. Christophe donne suite à sa candidature et débarque aux Fidji. Il prend en charge l’équipe nationale qui, sous ses ordres, grimpe de 30 places au classement FIFA. Les Fidji ne ramenaient rien des Jeux du Pacifique depuis environ 15 ans et lors de son passage il y a eu plusieurs médailles. Il a également développé au maximum l’équipe féminine, les U16, les U19 et l’équipe olympique du pays. En 2017, il emmène sa sélection au 3ème tour de qualification pour la Coupe du Monde 2018. A ce moment-là ils sortent par la grande porte devant la Nouvelle-Zélande, plus grosse sélection et très grande référence en Océanie. En parallèle de son mandat avec les « Bula Boys », il dirige aussi le club de Lautoka, une équipe du pays, et dispute la finale de la Ligue des Champions d’Océanie malheureusement perdue contre les Néo-Zélandais de la Team Wellington.

Retour en Europe et arrivée en deuxième division belge

En Océanie, il rencontre Mikaël Silvestre, ancien joueur de Manchester United, Arsenal et ex-international français (40 sélections). Ce dernier lui propose un challenge assez compliqué, reprendre la tête du KSV Roeselare en Proximus League, et sauver le club de la relégation alors qu’il est dernier au classement. N’ayant le droit qu’à un seul recrutement, il fait venir Arnold Mvuemba, ancien joueur de Lorient ou encore de l’Olympique Lyonnais. Sur le plan sportif, la mission a été accomplie. Christophe Gamel a réussi à sauver le club de la descente mais le patron de la formation belge n’a pas payé la licence pour la saison suivante. Ceci a entraîné l’invalidation de la saison du club sur le plan sportif par le tribunal belge du sport. Le KSV Roeselare devrait évoluer en D1 Amateurs la saison prochaine. Sportivement tout était parfait mais administrativement, cela n’était pas de son ressort. Christophe Gamel n’a logiquement pas donné suite.


Entretien avec Christophe Gamel

 

Vous recherchez un club actuellement. Vous avez des critères de sélection ?

« Si je peux rester en Europe, ça m’ira très bien. Je me sens prêt à exercer comme entraîneur numéro un ou comme adjoint. Entraîner en France serait génial, même dans les championnats de second plan comme la Ligue 2, le National 1, le National 2. »

Pourquoi un club pourrait miser sur vous ?

« Sébastien Desabre, un entraîneur français ayant entraîné une dizaine de clubs en Afrique, a été pris en Ligue 2 à Niort. Je trouve qu’on a le même profil. On a des qualités d’adaptation. J’ai été joueur semi-professionnel donc il faut toujours prouver et travailler beaucoup plus que les autres. Si on ne fait pas ça, personne ne nous fait confiance. On est la nouvelle génération de coach. On assez flexible et ouvert sur le modernisme. Quand j’étais à Roeselare, j’ai ramené un autre style de football où on repart de derrière, le football moderne où on n’hésite pas à prendre des risques dès le départ de derrière. Je pense que je peux rapporter ça à un autre club. Après j’ai tellement travaillé à l’étranger que le réseau en France est vraiment très limité. Je souhaite montrer mes qualités de manager et d’entraîneur en France. Je pense que c’est le moment, je suis sur le marché. Si on veut me fait confiance je prendrais ma chance comme en Belgique. J’espère que des clubs de Ligue 2 ou National 1 pourront me faire confiance. Je ne suis pas au-dessus des autres mais je ne suis pas moins bon qu’un autre. C’est un objectif principal dans ma carrière de venir entraîner un club en France, ce serait un raté de pas prouver chez soi qu’on sait faire quelque chose. On a une très bonne formation chez nous ce serait un bon challenge. Je trouve que les clubs français ne font pas assez confiance. En Belgique c’était totalement différent, je suis arrivé à Roeselare et j’ai exposé mes idées au club, j’ai montré comment je travaillais, à la fin ils ont été convaincus et j’ai été nommé entraîneur. »

Vous avez reçu plusieurs offres depuis votre dernière aventure à Roeselare ?

« Oui, bien-sûr mais c’était beaucoup trop loin. J’ai failli partir en Hongrie mais ça ne s’est pas fait à cause du COVID. J’ai aussi reçu des offres aux États-Unis, un peu en Afrique. On m’a également proposé une sélection nationale en Océanie. »

Vous avez énormément voyagé. Pourquoi ça ?

« J’ai très vite compris que si je voulais me faire un nom, je devais partir me confronter à l’étranger. En France c’est compliqué de rentrer dans cette communauté si on n’a pas été un ancien joueur professionnel. Je n’ai absolument aucun problème avec ça, il faut juste essayer de prouver qu’on peut le faire. Je pense que c’est aussi bénéfique pour moi de beaucoup voyager car ça me permet de coller plusieurs styles de football, différentes mentalités. On est toujours obligé de s’adapter et puis partir entraîner dans tous ces pays-là ça reste quand même du haut-niveau. »

Quel style de jeu aimez-vous pratiquer sur un terrain ?

« J’aime le jeu quand on repart, le jeu court avec des développements d’actions. J’aime monopoliser le ballon et faire tourner les blocs adverses. Il faut que ce soit du beau jeu, pas du jeu direct mais plus quelque chose de construit. J’ai une double culture avec la culture italienne sur le plan tactique avec la flexibilité. De manière offensive, l’équipe va évoluer d’un certain contexte offensivement mais d’une autre manière défensivement. Les joueurs ont apprécié car c’est très clair dans les consignes et dans le positionnement. J’aime bien ce que fait, en toute proportion, Klopp qui est un petit peu du jeu direct mixé avec du Guardiola dans la manière de garder la balle et faire tourner l’adversaire. J’aime la jeunesse, c’est important de lancer des jeunes et de leur donner une chance. J’essaie de ne jamais faire répéter les mêmes choses à mes joueurs, je veux qu’ils prennent du plaisir et ça se retrouve sur le terrain à la fin. Pour moi, la technique liée à la prise d’informations est essentielle dans le jeu moderne. On peut avoir une bonne tactique mais si on tombe sur des joueurs qui sont très forts techniquement et qui savent lire le jeu, ils vont faire sauter notre système donc je suis à fond sur le développement technique des joueurs, la prise d’informations et sur l’aspect managériale, c’est-à-dire être clair avec tout le monde. »

Vous avez déjà lancer plusieurs jeunes dans votre carrière d’entraîneur ?

« Oui ça m’est arrivé. Quand j’étais à Roeselare j’ai aligné deux défenseurs centraux de 19 ans. Aux Fidji j’ai complètement changé l’équipe pour mettre pas mal de jeunes, j’ai gardé 4 ou 5 vétérans qui avaient une super mentalité et j’ai fait tout le reste selon ma philosophie de jeu. J’analyse les profils de joueurs qui vont correspondre à cette philosophie qu’est quand même essayer de monopoliser le ballon, faire tourner l’adversaire et pouvoir l’exploiter au maximum. Je veux avant tout que les joueurs se fassent plaisir à l’entraînement et en match. »

 Toutes ces expériences à l’étranger vous ont-elles rendu encore plus fort qu’avant ?

« Quand vous êtes tout seul, vous êtes tout seul. Ça vous forge. J’ai vécu beaucoup de moments compliqués, c’était très dur. Des fois on se demande pourquoi on fait ça, on peut se remettre en question mais aujourd’hui j’en retrouve les bénéfices car à chaque fois cela me fait progresser. Par exemple, quand j’arrive à Roeselare j’ai dû préparer le premier match en 3 jours et on l’a gagné. Toute mon expérience me sert au quotidien. On apprend à connaître différents styles de personnes, différents styles de football. C’est génial. On ne parle pas de la même manière si c’est un sud-américain ou un africain, il faut comprendre toutes ces cultures derrière. C’est ce que j’aime dans notre métier. Le football est très dur mais c’est vraiment super pour ça de rassembler les gens. Je suis fier d’avoir fait toutes ces rencontres à tout niveau, aussi haut que bas. C’est que du plus, ça m’a donné une vision globale. J’ai appris beaucoup de choses. »

Vous avez beaucoup vadrouillé. Vous avez disputé des qualifications de Coupe du Monde, des Ligue des Champions et pas mal de championnats nationaux. Y a-t-il une compétition que vous aimeriez revivre en particulier ?

« Les qualifications de Coupe du Monde ce serait à refaire oui. La Ligue des Champions également, et même chez les filles. Cette compétition a une saveur particulière. L’avoir disputé en Océanie tout en atteignant la finale c’était top. Je m’étais mis un challenge de faire plusieurs Ligue des Champions dans chaque continent, c’est déjà fait en Europe et en Océanie. A terme j’aimerais bien tenter cela. J’ai bien aimé les sélections aussi. En équipe nationale on ressent pas mal la pression et ça j’adore. Je me verrais bien reprendre une sélection mais pas maintenant, je veux un club. Je veux exercer et bosser tous les jours. »

Vous exercez depuis 1990 soit depuis 30 ans, comment cette envie de devenir entraîneur vous est venue à l’époque ?

« J’ai commencé depuis que je suis joueur. J’ai toujours adoré ça. Je jouais et à côté je demandais les U9, les U12. J’ai commencé à entraîner les poussins en Seine-et-Marne à la Ferté-sous-Jouarre puis au CS Meaux. »

 

Propos recueillis par Nicolas Issner.