Portrait Foot Francilien

Youssef Moughfire, le livreur de pizza devenu footballeur pro grâce à Eric Cantona

12/10/2018 à 16:06

Quel fan de foot n’a jamais rêvé de signer professionnel malgré un CV mince comme le poteau de corner ? Youssef Moughfire l’a fait et même mieux... Jouer en Ligue 1, affronter le champion du monde Christian Karembeu et célébrer ses buts dans des stades acquis à sa cause, tout ça il connaît. Mais ce qui le botte encore aujourd’hui, à bientôt 42 ans, c’est de casser des reins sur les terrains franciliens de Régional 2 et accessoirement glaner des étoiles Actufoot. Il en compte déjà 1 cette saison.

Tout commence à l’été 1998. Youssef Moughfire participe à un tournoi de beach soccer à Perpignan. Accompagné de sa bande de potes, ce technicien des prés ensablés se débrouille plutôt bien, son équipe parvient même à se hisser jusqu’en finale. Mais avant la dernière échéance, un duo peu commun l’accoste. « Didier Six et Éric Cantona sont venus me proposer d’intégrer l’équipe de France de beach soccer. Au départ je croyais à une blague, je leur ai donc répondu que j’avais un travail. J’étais livreur de Pizza à l’époque ! ». La bande de potes remporte finalement le tournoi et le lendemain Youssef plie bagage pour participer à la Coupe d’Europe de Beach Soccer.

« À l’époque, je ne jouais pas du tout au foot à 11 »

Si les Bleus ne brillent pas lors du tournoi, Youssef est quant à lui envoyé à Sedan pour faire un essai à la fin de l’été. À 21 ans il signe son premier contrat professionnel sans jamais avoir évolué en club ou presque. « Je ne jouais pas du tout au foot à 11. J’ai dû faire 1 saison sous licence quand j’étais petit. À l’époque je jouais simplement au futsal avec des amis, mais je n’avais strictement aucune formation. » Sous les ordres de Patrick Remy pendant 2 ans, le talentueux milieu gauche fait quelques apparitions en D1 avec les Sangliers, mais joue essentiellement avec la réserve.

Alors il rejoint le National, fait 1 saison à Thouars, puis 6 mois à Noisy-le-Sec, avant de signer en première division grecque au Panachaïkí. « Avant de rentrer sur le terrain on buvait du café froid avec des glaçons, c’était le Red Bull local. Cela a été une super expérience de 2 ans, même s’il y a eu quelques problèmes sur le versement des salaires ». Youssef passe ensuite 3 mois à Cannes (National), puis termine sa saison à Yverdon (D3 Suisse).

« C’était du niveau de la Ligue 1 sauf qu’on était en D3 ! »

Les supporters à Ulm (D3 allemande). 

« À l’été 2004, j’ai eu une bonne proposition de la part d’une club allemand : Ulm. » Là-bas, il « kiffe » l’ambiance, l’organisation et les encadrements. « C’était du niveau de la Ligue 1 sauf qu’on était en D3 ! Les installations étaient même meilleures qu’à Sedan. » Devenu la coqueluche des supporters allemands, il évolue aux côtés d’un attaquant séropositif. « On nous demandait de mettre des claquettes pour prendre nos douches », explique-t-il.

Après des essais à Dubaï, en Chine et en Iran, il reçoit une grosse proposition de la part d’un club de D2 slovaque : le FC Senek. « J’y suis allé à reculons. À part Bratislava, qui était à 15km, il n’y a pas grand-chose dans ce coin-là. J’ai clairement fait un choix financier. » Youssef passe du luxe allemand à un appartement dans une tour de 18 étages. Il monte en D1 avec son équipe et y reste 3 ans, le temps d’être élu meilleur joueur étranger en 2006-2007 et de rejoindre le Viktoria Zizkov, une formation de première division à Prague. « Je m’y suis éclaté. C’est un peu comme Londres : il y a 5 équipes avec des stades ancrés dans la ville. Quand tu joues contre le Sparta ou le Slavia, c’est le top, les stades sont pleins à craquer. »

Hernie discale, ligaments croisés : un Moughfire ne meurt jamais

Mais seulement une saison plus tard, il revient en Slovaquie et se découvre une hernie discale. Il se soigne, puis se fait les ligaments croisés dans la foulée, la faute au « synthétique », alors qu’il était revenu jouer en France à Noisy-le-Sec (CFA). « Stopper ma carrière ? Je n’y ai jamais pensé. J’ai une très bonne hygiène de vie. Je me voyais jouer jusqu’à 40 ans facile. » Il reprend donc le foot en douceur, à Rueil-Malmaison en première division de district. « Le groupe était super sympa, par contre le niveau ne me plaisait pas du tout. J’ai mis 17 buts en une année…» Il s’engage alors avec Issy-les-Moulineaux en DH, mais se rend bien compte que retrouver le foot de haut-niveau ne sera pas possible. « Je sentais que j’avais encore les qualités pour faire de belles choses, mais en France à un moment donné l’âge pose problème, ce qui n’est pas le cas à l’étranger. »

À 37 ans, Youssef Moughfire décide de revenir dans son départemental natal : la Seine-et-Marne. Il rejoint Torcy qui évolue au niveau régional et devient rapidement le capitaine de l’équipe. « La saison dernière on est monté en R1, j’ai terminé meilleur buteur et passeur de l’équipe. Mais l’été dernier j’ai rejoint Ozoir (R2). J’avais besoin d’un nouveau défi après 3 ans dans le même club. Et puis à Ozoir il y a de superbes terrains en herbe, pour moi le football ça se joue sur l’herbe pas sur synthétique ! ». Les mêmes billards sur lesquels se sont entraînés les joueurs la seleçao brésilienne lors du mondial 1998.

Par Julien Guibet.

Crédit Photo : Ahaonline

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