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De Reims au RFC Argenteuil – L’incroyable parcours d’Eric Akoun

26/06/2019 à 17:00

Plus de 200 matchs joués, des entraîneurs de renom tels que Patrice Ferri, Rudy Garcia, Manu Abreu, Jean Marie Lawniczak. Retour sur le parcours incroyable, la passion de joueur et d'arbitre, d'Eric Akoun (46 ans), aujourd'hui dans le club du RFC Argenteuil.

Eric, pouvez-vous vous présenter à ceux qui ne vous ne connaissent pas encore ?

Je suis dans le milieu du football depuis 30 ans. J’ai commencé ma carrière de footballeur à Sannois, qui n’avait à l’époque pas encore fusionné avec Saint-Gratien. J’ai joué en jeunes aussi à Saint-Leu, puis à Montigny en seniors à l’âge de 18 ans. J’ai fini meilleur buteur et reçu le trophée du soulier d’argent décerné par le journal Le Parisien. Ensuite, j’ai signé à Cergy où j’ai marqué 22 buts. Je gagne le soulier d’or et je pars à Corbeil-Essonnes sous la houlette de Rudy Garcia pendant 2 saisons. On monte de DH à CFA2. J’ai joué ensuite à Poissy, au Racing Club de France. J’ai disputé près de 200 matches….

« J’ai appris une culture enrichissante à travers tous ces pros »

Quels sont vos souvenirs avec le coach Rudy Garcia, le coach de l’Olympique de Marseille, sur la dernière saison ?

Expérience très enrichissante ! J’ai eu cette petite chance de côtoyer de super entraîneurs comme à Poissy avec Patrice Ferri (ancien professionnel de St Etienne, du RC Strasbourg entre autres) à l’Olympique Alès avec Jacky Novi (international Français avec 545 matches en Division 1), connu aussi Jean Marie Lawniczak (meilleur éducateur de France), Éric Renaut à Saint Ouen l’Aumône (joueur passé par le PSG, Sochaux, Sète), Manu Abreu au Stade de Reims (joueur passé par le Red Star, le PSG, Braga entre autres). Que d’anciens professionnels, J’avoue qu’avoir côtoyé tous ces entraîneurs m’a aidé dans mon football. Ça m’a permis de m’adapter plus facilement à chaque nouveau club, aux attentes, aux systèmes de jeu, etc. J’ai appris une culture enrichissante à travers tous ces pros.

Dans votre parcours, avez-vous eu des contacts pour jouer le haut niveau ?

J’ai eu des contacts mais ça ne s’est pas fait. J’ai été mal encadré à l’époque par des agents qui ne pensaient qu’à leur bien plutôt qu’au mien. J’ai eu ce que je mérite. J’ai eu un beau parcours. Pour Rudy Garcia, j’avais les qualités pour jouer peut-être en Ligue 2 voir en Ligue 1. Mais cette déception ne m’a pas impactée. Je continue ma carrière. Je suis content de ce que j’ai fait. J’ai toujours cette passion du football en moi même si, rien n’est facile aussi bien en amateur qu’en professionnel.

« J’ai le numéro de Rudy Garcia »

Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Je me rappelle un match sous les ordres de Rudy Garcia. A l’époque, je composais l’attaque avec Walid Regragui (international marocain, aujourd’hui coach d’un club de D1 au Maroc). A la mi-temps contre Orléans, le coach Garcia était furieux car il voyait qu’on ne jouait pas le jeu ensemble. Pour lui, soit on changeait de comportement soit il faisait un changement puis un deuxième. Au final, on gagne 6-0, je marque un quadruplé et Walid un doublé. Le message est bien passé avec un petit coup de pression. Une anecdote parmi tant d’autres mais celle-ci était marrante (sic).

Pour finir avec le coach Garcia, avez-vous gardé contact lui ?

J’ai son numéro, je lui envoie des messages. Il me répond quand il a le temps. Il a connu une saison difficile la saison dernière. Il se rappelle de moi comme Patrice Ferri (commentateur sur Bein Sports). Il est toujours disponible.

« Olivier Letang, assez technique, assez fin dans le jeu »

Le passé ne s’oublie pas et le lien est resté intact alors ?

Parfois, c’est plus compliqué avec certains, qui occupent des postes importants comme Olivier Letang (aujourd’hui président du Stade Rennais) que j’ai connu au Stade de Reims. J’ai déjà essayé de le joindre mais sans réussite. C’est un peu décevant. J’attends juste de la sympathie et rien d’autre. Ce n’est pas pour autant que je lui en veux. Mais un petit message ne coûte rien.

Parlez-nous du footballeur Olivier Letang (77 matchs de CFA 2 à Ligue 2) ?

C’était un milieu gauche, il avait une bonne patte gauche, assez technique, assez fin dans le jeu. Il n’était pas puissant, il ne marquait pas beaucoup de buts mais il faisait la bonne passe.

Il était dans son rôle de passeur ?

Oui en effet. A l’époque, le jeu était plus technique alors qu’aujourd’hui, on recherche des ailiers qui débordent, avec du cardio important. Avant, le jeu était plaisant avec moins d’impacts. Dans ce registre, Olivier était à l’aise.

« le football féminin a beaucoup progressé »

Après votre parcours de joueur, quel a été votre parcours de coach ?

J’ai commencé à entraîner en juniors à Mery ou on a terminé champions. Après, on m’a demandé de prendre les féminines que j’ai accepté. Nous sommes montés en Promotion d’Honneur. Ensuite, je suis parti à Herblay (DH) que j’ai fait monter en Ligue 2 avec un beau parcours en Coupe de France et la coupe du Val d’Oise. L’année suivante, on réussit à se maintenir en Ligue 2. Le club de Vendenheim (Alsace) m’a contacté pour me proposer le poste d’adjoint avec Dominique Steinberger. Après 6 mois compliqués, tout le staff a été remercié. Je suis revenu sur Paris et j’ai été contacté par le Racing pour entrainer les féminines (DH). On a gagné la coupe des Hauts-de-Seine, une place de second au classement et une place en finale de la Coupe de Paris. Puis je suis parti à St Denis que j’ai fait monter en Ligue 2 pour la première fois de leur histoire. Après j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour souffler un peu. C’est à ce moment-là que mon ami Alain Lissorgue m’a parlé de devenir arbitre officiel. Je ne regrette pas du tout ! Je perçois des choses différemment dans le rôle de coach que je suis aujourd’hui au RFC Argenteuil. Cette année, j’étais le coach U19 avec Mikael Funes et pour la saison prochaine, je deviens le coach senior pour faire remonter l’équipe en R2 si possible.

« L’arbitrage, ça m’a ouvert les yeux, je l’avoue »

Il y a tellement de choses dans votre parcours, commençons par le football féminin. Nous sommes en pleine Coupe du Monde. Est-ce que cet événement va donner une autre place au football féminin par rapport au football masculin ?

Quoiqu’il arrive, le football féminin restera toujours derrière le football masculin, c’est une certitude. Ce n’est pas une question de machisme. Le football masculin existe depuis toujours. Ça reste le sport numéro 1. Maintenant, le football féminin a beaucoup progressé. Il y a de beaux gestes techniques dans le football féminin. Il s’améliore chaque année, la fédération fait tout en œuvre pour le championnat de Ligue 1 sois plus attractif. Pour un meilleur virage, il va falloir que le football féminin se développe encore plus avec de nouveaux investisseurs. Cet argent manque au football féminin pour permettre aux joueuses d’en vivre. A partir de là, le football féminin sera considéré à sa juste valeur. Le nerf de la guerre reste l’argent. Sinon il va stagner et Lyon continuera à dominer largement le championnat français avec 2-3 clubs capables de rivaliser. Avec cet argent, le championnat sera beaucoup plus homogène, pour le plus grand plaisir des passionnés et des passionnées.

Maintenant, pour votre nouvelle passion, l’arbitrage. En quoi ce rôle a-t-il changé votre regard sur le football ?

Je pense que ça m’a permis de devenir complet. Joueur en National, entraîneur en National (BEF), il me manquait ce rôle important du football. Il permet de mieux percevoir certaines choses sur le terrain. De mieux me canaliser dans mon rôle de coach, de faire passer des messages à mes joueurs si besoin. Ça m’a ouvert les yeux, je l’avoue. La prise de décision de l’arbitre est très rapide (bonne ou pas bonne) et peut avoir des conséquences. Pour être arbitre, il faut être consciencieux, passionné et parfois ce n’est pas partagé par tous, dans le « professionnalisme » dans le comportement. Je parle de la préparation des matches, de la diplomatie, dans l’échange avec les joueurs, avec les entraîneurs. L’arbitre peut être perçu comme un policier s’il abuse de son autoritarisme On fait le même sport et on a la même passion pour le football.

Dans votre club, le RFC Argenteuil, avez-vous envisagé de former les éducateurs sur l’arbitrage ?

J’ai été référent arbitre cette année mais en toute franchise, je n’ai pas eu le temps de m’occuper de formation avec les U19 et les seniors. J’ai fait la passation avec un jeune du club, Abdelaziz. Lui va permettre au club de réunir les jeunes arbitres, de sensibiliser et de former les éducateurs pour avoir le ressenti de chacun.

« on a construit un effectif basé sur la jeunesse accompagné de 5-6 joueurs confirmés »

Sur l’arbitrage, quel est votre avis sur cette nouvelle règle de jouer le 6 mètres dans la surface (depuis Juin et la Coupe du Monde féminine) ?

Je la trouve très intéressante et elle va favoriser le côté offensif. Effectivement, si vous interceptez le ballon, vous vous retrouvez tout de suite en face du gardien de but, avec la possibilité de marquer. A contrario, cette règle va demander beaucoup de vigilance aux défenseurs aux abords de la surface. Le football va évoluer et va devenir plus attrayant avec beaucoup plus de buts.

Cette année vous étiez coach des U19. Comment ça s’est passé ?

Nous étions 2 sur la catégorie U19 avec Mikael Funes mais en cours de saison, on m’a demandé de prendre la place du coach sénior mais je n’ai pas voulu. Je n’aime récupérer un groupe en cours de saison. Mais j’ai eu un rôle d’observateur sur les seniors pour laisser le coach travailler jusqu’à la fin de saison. Ça m’a aidé à construire un groupe pour la saison prochaine. J’ai pu les suivre un peu dans le quotidien. Pour les U19, Mikael a très bien assuré, la preuve en est, il a terminé la saison par le trophée de la Coupe du val d’Oise.

« Sarcelles est un bon exemple à suivre »

L’ambition du club est de monter la saison prochaine. Le recrutement a-t-il commencé ?

Nous sommes sur la fin du recrutement. Des bons joueurs sont pressentis mais rien n’est encore signé. Dans le football, tout peut aller très vite. Avec mon adjoint, Morad Diaf, on a construit un effectif basé sur la jeunesse accompagné de 5-6 joueurs confirmés. Nos jeunes ont du talent. Donc on va essayer d’être dans le haut du tableau et décrocher une montée en R2. Si ce n’est pas possible dès la saison prochaine, ce n’est pas grave, il faut quand même construire, ne pas se mettre trop de pression. Beaucoup de joueurs sont partis ou n’ont pas été conservés car ils n’avaient pas l’esprit club. Le président a un projet sur 3 ans. L’effectif sera renouvelé à 90% en A comme en B.

Pourquoi misez-vous sur la jeunesse ?

Il faut être réaliste, nous avons de bons éducateurs qui font du bon travail et pour nos jeunes, il faut donner leur chance au lieu d’aller la chercher ailleurs. Ensuite pour construire une équipe de mercenaires ou de joueurs confirmés, il faut beaucoup d’argent. Aujourd’hui, Argenteuil n’a pas d’argent. Sarcelles a pris le temps de former, de miser sur ses jeunes. Ces derniers signent en pro et le club de Sarcelles touche un peu d’argent sur la formation. Sarcelles est un bon exemple à suivre. Il faut faire remonter Argenteuil à un niveau correspondant à son potentiel.

« à mon époque, on prenait plus de plaisir à se retrouver »

Avec votre carrière, les joueurs viennent-ils plus facilement ?

Grâce à ma carrière, un respect s’installe. Mais la carte de visite ne suffit pas, ne règle pas tout. Un projet sportif fait venir ou faire revenir des joueurs. Pour Argenteuil, le club doit s’appuyer sur ses jeunes pour l’avenir.

Quel est votre regard sur le football amateur du val d’Oise ?

Je trouve que c’est mitigé. Pour certains clubs, c’est positif et pour d’autres, c’est plus compliqué, en perte de vitesse. Les clubs devraient peut-être se pencher davantage sur la formation. Il y a une rivalité entre les clubs alors qu’ils devraient s’entraider comme dans le 93. On se marche dessus alors que tout le monde peut avoir sa place au niveau Ligue.

« J’espère que le football val d’oisien va repartir de plus belle »

Le niveau amateur a-t-il changé aujourd’hui ?

Je trouve qu’à mon époque, on prenait plus de plaisir à se retrouver. Aujourd’hui, ce n’est plus trop le cas. A mon époque, on prenait le temps de rester après l’entrainement alors que maintenant, les joueurs rentrent directement après sans même se laver. C’est peut-être à nous, éducateurs, de ranimer tout ça et imposer cette vision du football amateur.

Un dernier mot ?

La passion a parlé durant cette interview. J’espère que le football val d’oisien va repartir de plus belle, et que les clubs val d’Oisiens comme St Ouen l’Aumône, Cergy Pontoise FC, Sarcelles, Argenteuil, etc vont atteindre le niveau national bientôt. Le but est d’avoir des clubs le plus haut possible pour le bien de notre département. Il faudrait aussi que le district du DVOF se développe un peu plus avec des personnes compétentes ayant connu le niveau national.

Propos recueillis par Farid Rouas.

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