InterviewEntente Sannois Saint-Gratien

Etoundi (ESSG) : « Le résultat n’est pas le seul facteur pour reconnaître la valeur d’un entraîneur »

21/02/2018 à 12:30

La rédaction d'Actufoot95 est partie à la rencontre du coach U19 National de l'Entente Sannois Saint-Gratien, Zacharie Etoundi. Ce dernier est revenu sur les résultats sportifs de ses protégés, son parcours et le rôle d'un entraîneur. Rencontre !

Que pensez-vous de vos résultats sportifs actuels ?

Nous avons eu  une première partie de saison un peu compliquée, parce que j’avais un groupe assez renouvelé avec pas mal de jeunes joueurs 1ère année. Donc il a fallu qu’ils assimilent mon projet, qu’ils se rendent compte du niveau de compétition que représente le championnat u19 national, notamment pour certains venant des U17 Nationaux. Pour ceux-ci, c’était un passage logique, il a donc fallu leur faire comprendre que les U19 ne sont pas après les U17, mais plutôt avant les seniors. Il s’agit donc de préparer le passage aux seniors. Et ce d’autant plus que lorsqu’on évolue dans un championnat avec  8, voire 10 clubs professionnels, nous sommes  régulièrement confrontés à des joueurs qui jouent en national 2 ou 3,  c’est-à-dire face à des séniors. Il y avait par ailleurs une exigence au niveau de l’hygiène de vie (nutrition, récupération), de  la régularité aux séances entrainements, de l’implication aux avec  une mise en pratique en match de ce que l’on travaille aux entrainements.

Aujourd’hui, votre groupe adhère mieux ?

Oui je pense depuis le début 2018, surtout après le match contre Lens qui a été un déclic ; parce que gagner à l’extérieur contre le leader du groupe, demi-finaliste de la dernière Gambardella. Ce match a déclenché une prise de conscience chez  les joueurs, de l’engouement aussi. Actuellement, nous sommes dans une bonne dynamique qui se reflète aussi dans les résultats de l’équipe réserve, mais il faut rester vigilant,  parce que l’on peut rapidement  tomber dans l’excès de confiance.

Est-ce que votre approche technico-tactique et mentale avait été différente pour la Gambardella contre Lens ?

Oui, il faut dire qu’en début de saison, étant donné les difficultés que j’avais rencontrées comme je le disais précédemment, j’avais fait le choix simple de faire un bloc bas avec une rigueur défensive très importante ; un choix qui exigeait de l’abnégation, de gros efforts pour défendre, en essayant de profiter  des situations de contre. Ça nous a réussi à l’extérieur contre Amiens,  alors premier à l’époque, puis aussi contre Valenciennes et Orléans à domicile. Je suis un ancien attaquant donc  je ne suis pas vraiment fan  de ce type de jeu. Les équipes qui m’ont fait rêver, c’est l’Ajax de Van Gaal et le Barça de Guardiola. Et puis contre Lens, nous avions déjà perdu 2-0 au match aller de championnat en essayant de défendre.

Je me suis dit que si je remettais « le bus » face à une équipe pro en « mode Gambardella », l’addition risquait d’être salée. Donc nous avons essayé de jouer un peu plus haut, en bloc médian et de jouer tous les coups à fonds.  On a travaillé sur ces principes de jeu et les joueurs ont adhéré. Ils ont pris du plaisir. Nous avons continué sur cette lancée. Pour le moment et malgré la défaite à domicile contre Lille, ça nous sourit, il n’y a pas de raison que cela change. Il y a aussi eu l’apport de quelques joueurs qui avaient hibernés en début de saison et qui commencent à faire parler  leurs qualités. La concurrence est présente à tous les postes, ce qui crée une vraie émulation.

Quel est votre parcours de joueur et de coach ?

Joueur, j’ai joué à Poissy pendant 5 saisons, dont 2 en National 2 ; c’est là que j’ai commencé à entrainer tout en jouant. J’ai fait les -13 ans, -15 ans et j’ai eu l’opportunité de partir du côté de Plaisir où j’ai connu mes  premières vraies sensations de coach : j’avais les benjamins (u12), en début de saison nous avions pris 6-0 contre le PSG.  En fin de saison, nous remportons la finale de la coupe des Yvelines face au  même PSG. Au-delà du plaisir que j’avais de jouer, j’ai aussi commencé à prendre du plaisir à me trouver sur un banc de touche. J’ai entrainé aussi les seniors au Chesnay pendant mon année de Brevet d’Etat.

A l’Entente je suis arrivé en 2004 ou je suis resté 5 ans. La première année en U19, on a fini 5ème, l’année suivante 4ème ensuite 3ème puis 2ème et la cinquième année, nous avons  fini premier. Mais pour des problèmes administratifs, la montée en 19 Nationaux ne s’est pas faite. Après, je suis parti en Afrique, ou j’ai fait 2 ans en Tunisie ou j’ai entrainé une équipe séniors de 3ème division, et l’année d’après j’ai eu la responsabilité technique de l’AS Marsa, qui évoluait  en première division, avec comme projet la création du centre de formation. Après je suis parti au Cameroun ou j’ai entrainé deux clubs professionnels en 1ère Division.

Je suis revenu en France en 2014, notamment par rapport aux études de mes enfants.

Quelles sont vos relations avec vos joueurs ?

En fait, j’ai la chance d’avoir un staff. Et le staff permet de créer différentes relations avec les joueurs. Moi je suis plutôt le garant des règles de vie, du langage à utiliser, du cadre. Forcément cela nécessite de garder une distance qui  n’est pas forcément propice à des relations d’affection exubérante. J’ai un préparateur physique qui est très jeune, qui est Baptiste Borello. Lui est très proche des joueurs, il parle leur langage ; et j’ai aussi des dirigeants plus âgés (Loulou et Jean-Claude) qui servent aussi de psychologues, car les joueurs en ont besoin. Moi je reste dans mon rôle, responsable du cadre, du terrain et en dehors du terrain par rapport à l’hygiène de vie. Ça ne m’empêche pas d’avoir des relations cordiales avec les joueurs. Ma porte est toujours ouverte.

Après les U19, il y a quoi pour Zacharie ?

J’ai déjà entrainé des seniors, aussi bien à l’étranger qu’en France. J’ai eu mon DEF en 2007. Et là, je suis actuellement entrain de faire le dossier pour l’équivalence au DES. Entraineur de séniors est une suite logique de ce que je suis entrain de faire. Après je ne recherche pas une formation de séniors pour dire que j’entraîne des seniors. Je cherche à m’inscrire dans un projet à long terme. Il faut du temps pour mettre en place une philosophie, un état d’esprit ; pour créer un groupe. L’Entente propose de bonnes conditions de travail, où j’ai plaisir à travailler. Personne  n’intervient dans mon domaine. C’est un club où chacun sait où est sa place et quel est son rôle. C’est important pour que le club avance sur des bases saines. Après je reste toujours ouvert à des opportunités à l’étranger. Je ne suis marié avec personne sauf avec ma femme. C’est aussi la vie qui veut ça. Si on n’a pas les opportunités chez soi, il faut s’ouvrir ailleurs. Je suis très attiré par les pays Anglosaxons. C’est une langue que j’apprécie.

Que pensez-vous du partenariat signé avec Southampton ?

Justement, pour moi, c’est l’avenir des clubs amateurs en France et notamment des clubs franciliens. On a un gros souci en Ile-de-France, à savoir que c’est là que l’on trouve le plus grand nombre de clubs, c’est là que l’on trouve le plus grand vivier de joueurs mais malheureusement, c’est aussi un lieu ou on n’attire pas assez les gens au stade. Ce qui entraîne un déficit de moyens pour les clubs. L’avenir pour ces clubs, c’est de créer des partenariats pros à l’étranger pour profiter d’un apport en matériel, en structures, en culture. Créer des passerelles pour les joueurs, pour les coaches, pour les administrateurs et permettre aux clubs de l’ile de France de franchir un palier ;  parce qu’il reste anormal en Ile-de-France, de n’avoir que le PSG en 1ière Division, pour une grande capitale européenne. Dans la plupart des pays, il y a 2 voir 4 clubs de 1ère Division dans les grandes villes. Pour l’Entente, c’est une belle opportunité. Etant donné l’esprit formateur de l’Entente et de Southampton, ce sont 2 clubs qui ne peuvent que créer des synergies profitables pour tout le monde.

Que pensez-vous de l’exode des joueurs de l’Entente ?

J’ai déploré le départ de certains U17 Nat qui avaient fait une belle saison l’année dernière mais qui étaient impatients d’être titulaire en U19 Nat. Ils n’ont pas compris qu’il y avait un palier à franchir, à surmonter, une adaptation à faire. Ils ont préféré aller ailleurs. J’attends aussi de la polyvalence de joueurs qui sont aux portes des seniors ; ceci me semble être un bagage indispensable. Certains n’ont pas accepté et ont préféré partir. Je ne suis pas pour retenir, pour les bloquer. Quelquefois on peut mieux s’épanouir sous d’autres cieux.

Les jeunes de nos jours sont-ils impatients ?

De nos jours, il y a beaucoup de marchands de rêve qui gravitent autour des terrains et font miroiter plein de choses. Il arrive que quelques joueurs croient à ces discours et soient abusés. Mon discours a toujours été clair avec les joueurs et les parents en début de saison. Personne n’est indiscutable. Je compte sur tout le monde. Il faut que le joueur se batte tous les jours. Un joueur qui le mérite, jouera. Depuis le début de saison, je démontre que les compositions changent en fonction de l’état de forme, de l’assiduité, de la performance. A notre niveau amateur, on ne peut pas se reposer sur un effectif de 14-15 joueurs. Toutes les saisons, il y a au moins 20-25 joueurs concernés par le groupe u19 National.

Est-ce que Vincent Bordot est déjà venu voir vos séances ou vos matches ?

La relation avec Vincent est très cordiale, très enrichissante. Il vient souvent nous voir. Il a déjà assisté à 5 à 6 matches. J’en profite d’ailleurs quand c’est possible pour avoir son avis extérieur à la mi-temps sur le jeu de l’équipe, son observation du jeu de l’adversaire ; cela me permet de replacer, de recadrer mon équipe. Cette année, il a intégré un U19 dans le groupe National. C’est un vrai choix de sa part, qui démontre son esprit club. Ça fait partie des choses qui se mettent en place, des passerelles qui vont exister entre les U19 et le groupe National. Cela nécessite aussi d’avoir des u19 avec un niveau leur permettant d’intégrer un groupe National. Le lien entre les coaches existe à l’Entente. Je participe aussi régulièrement à des séances de National. Vincent à l’esprit club,  et reste très modeste et simple bien qu’il ait démontré ses grandes compétences. J’ai aussi des échanges très instructifs avec Marc Mohamed, le manager général, et avec l’adjoint de Vincent,  Jimmy Modeste. De façon plus régulière encore, j’échange avec les deux entraîneurs seniors Jonathan (R2) et Brice (D1). Ainsi, il arrive souvent qu’ils prennent un ou 2 joueurs u19 pour jouer le week-end. L’année dernière, en collaboration avec eux, j’ai proposé en fin de saison aux u18 qui passaient u19 et qui avaient peu de chance de jouer en 19 Nationaux, d’intégrer le groupe senior pour commencer à s’aguerrir. Un seul a accepté. Il joue régulièrement. Tout ceci pour corroborer ce que je disais au début sur la liaison étroite u19/seniors.

Un dernier mot ?

Je pense que le résultat sportif n’est pas le seul facteur pour reconnaître la valeur d’un entraineur. C’est vrai que les résultats le mettent en lumière à un moment donné. Je pense qu’il faut voir plus loin. Il faut voir aussi l’investissement de l’entraineur dans un club, dans un projet, dans la formation des joueurs. C’est aussi pour permettre aux entraineurs de travailler sereinement. Pour le président de Sannois, Monsieur Fourcher, on ne vire pas un entraineur de l’ESSG.  Soit ils partent parce qu’ils ont une meilleure opportunité, soit ils démontrent un état d’esprit ou un comportement qui ne correspondent  pas à l’esprit de l’Entente, et dans ce cas, le club attend la fin de saison pour le leur signifier. J’espère que les clubs franciliens ne vont pas tomber dans les travers des clubs français ou anglais de 1ère Division où la durée de vie d’un entraîneur dans un club est fonction de ses résultats.

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