Football

William Longuet (St Leu) « Le foot amateur a changé forcément puisque la société a changé »

16/01/2019 à 12:00

C'est reparti pour la rubrique mensuelle tant attendue des passionnés du football dans le Val d'Oise avec la prise de parole d'un coach sur un sujet de son choix. TotalActutoof95 !!

Pour ce nouvel épisode, c’est William Longuet, coach seniors de St Leu (R1), qui donne son avis sur le sujet de son choix : le foot amateur !

En quoi le football Amateur a-t-il changé depuis vos débuts ?
Le foot amateur a changé forcément puisque la société a changé ! Dans mon enfance, il fallait un ballon pour se faire des potes dans le quartier et ainsi exister vis-à-vis des autres. Avec l’émergence des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, cela n’est plus le cas ! Nous vivons dans un monde plus individualiste. Je me souviens qu’on était tous derrière le minitel jusqu’à 23h pour avoir les résultats de notre championnat. Il nous est arrivé de les apprendre par la presse le lendemain. Aujourd’hui, on a le résultat de nos adversaires avant la fin de notre propre match (Rires).

En quoi le football est- il le sport le plus démocratique ?
Simplement, le foot est accessible pour tous. C’est le sport mondial le plus populaire et il suffit d’un ballon, de bancs ou d’arbres pour faire le but. Que tu sois petit ou grand, gros ou maigre, tu peux jouer ! C’est le sport fédérateur, peu importe la couleur de cheveux ou de peau. Dans ma jeunesse encore, les ballons étaient interdits à l’école, on trouvait pendant les cours le moyen de fabriquer des balles avec du papier, entourées de scotch. On en a pété des carreaux, je ne vous dis pas ! Au foot, la notion d’équipe et de groupe est primordiale. Elle permet de franchir des montagnes.

Le mercato d’hiver est- il une bonne idée pour le foot amateur ?
La fluctuation des joueurs est un casse-tête pour le coach. Avant, quand tu ne jouais pas, il fallait t’accrocher pour gagner ta place dans les 13 (puis les 14) pour enfin finir titulaire. Aujourd’hui, un joueur, dès qu’il ne joue pas un match, il demande indirectement de quitter le club. C’est difficile à gérer pour la continuité du travail mais c’est le règlement donc il faut s’y adapter. A défaut, tu peux vite te retrouver hors-jeu.

L’école de football est-il la base du football amateur ?
De par sa terminologie, « ECOLE », j’aurais tendance à répondre oui. Mais cela dépend de la politique sportive mise en place par le comité directeur du club. Personnellement, je pense que c’est incontournable pour un club amateur à moyen et long terme. Mais vous savez tout comme moi que les présidents sont souvent des hommes pressés et qu’ils veulent des résultats de suite. Beaucoup d’entre eux mettent des moyens financiers donc veulent des résultats probants rapidement. C’est ce qui fait souvent la précarité et la dangerosité du métier de coach ou de manager.

Comment le football amateur peut-il être mis davantage en lumière dans les médias ?
En étant omniprésent. Plus d’articles, pour plus d’infos, pour plus de communication ! Cette idéologie ne date pas d’hier. Il faut aussi que les intervenants ou médias aient un bon réseau. Plus on parle de quelque chose, plus on a envie d’en parler. A l’époque des guerres, cela s’appelait le « bourrage de crâne ». Il faut multiplier les initiatives ou les sites comme les vôtres.

Le football joue-t-il un rôle civique et éducatif ?
Bien entendu, de par son école de foot où sont inculquées les notions d’assiduité, ponctualité et respect. Le football est le meilleur tremplin social, c’est une école de la vie de par tous les leviers évoqués plus hauts. D’ailleurs, de nombreux clubs amateurs mettent en place des chartes comportementales.

Selon vous, le club doit cesser d’être un lieu de tri et de sélection de l’élite ?
Surtout pas, les clubs amateurs doivent prendre tout le monde et ne pas laisser un enfant sur le côté mais il doit en parallèle pérenniser sa préformation qualitative. C’est de la masse qu’on produit l’élite. Ensuite, il faut juste que les éducateurs acceptent de se séparer de l’enfant « doué » afin qu’il bénéficie de meilleures qualités techniques, infrastructurelles et médicales. Le meilleur exemple est la formidable gestion commune de la famille MBappe, de l’AS Bondy et de son club professionnel formateur.

L’éducateur d’aujourd’hui est-il différent de celui d’hier ?
L’éducateur d’aujourd’hui doit se confondre dans son environnement social. Les régions étant différents les unes des autres, les jeunes d’hier n’ont pas les mêmes priorités que ceux d’aujourd’hui. L’éducateur d’aujourd’hui tient davantage un rôle de référent, notamment en région parisienne.

Un club doit-il forcément ressembler à ses habitants ?
C’est une question ambigüe liée une nouvelle fois à la politique sportive du club. Chacun peut prétendre jouer pour un club, même s’il n’en est pas originaire. La promotion du foot passe par là en intégrant des « extérieurs » s’ils sont des plus-values. Concernant l’équipe première où souvent seul le résultat prime, il est vrai que le public aime souvent des joueurs qui leur ressemble et qui « mouillent le maillot.

 

Propos recueillis par Farid Rouas