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Youssouf Touré : « Je les surnomme les Algériens d’Asie »

17/02/2021 à 9:33

Tours, Paris FC, Gazélec Ajaccio, Youssouf Touré (34 ans) a longtemps tutoyé le niveau National ainsi que la Ligue 2 avant de filer au Vietnam. Après 3 années passées là-bas, le joueur formé à Lille s'est engagé avec le club de l’Etoile FC Fréjus Saint-Raphaël en N2. Pour Actufoot, Youssouf Touré est revenu sur son aventure à l'étranger.

Youssouf, après avoir été formé à Lille, vous faites vos débuts en professionnel le 1eraoût 2008 avec le club de Tours. Durant votre carrière, vous tutoyez le niveau national ainsi que la ligue 2, quels souvenirs gardez-vous de vos années football en France ?

Je garde en souvenir de bonnes années, c’est sûr que ça fait toujours plaisir de jouer au foot et de pouvoir faire ce que l’on aime. J’ai eu la chance en Ligue 2 de pouvoir jouer avec des joueurs qui ont eu de très grandes carrières. Je suis content du chemin que j’ai parcouru jusqu’à aujourd’hui.

Pour vous, qu’est-ce qui vous a manqué pour que vous accédiez à un club de Ligue 1 ?

Pour ma part, j’étais jeune et je n’ai pas eu la formation initiale en passant par un centre de formation. Après, certains ont fait de grandes carrières même en ne passant pas par cette case. Je pense que c’est quelque chose qui m’a manqué et qui m’aurait beaucoup appris. Je suis arrivé à Lille à 18 ans et je jouais avec des joueurs qui avaient l’habitude de s’entraîner depuis 2 voire 3 ans déjà alors que moi au FC Mantois 78, je faisais 3 entraînements par semaine, et cela change. Un peu de chance aussi aurait été bien. Mais je suis content de ce que j’ai réalisé même si j’aurais voulu aller plus haut.

Le 1er juillet 2017, vous signez au Khanh Hoa FC, au Vietnam, comment s’est fait le lien ?

Ma dernière saison à Créteil a été un peu compliquée, j’ai eu beaucoup de difficultés et j’avais envie de voir autre chose. Un agent avec qui j’étais en contact depuis deux ans m’a contacté pour aller au Vietnam. J’ai beaucoup hésité mais finalement, ça me semblait comme une évidence d’essayer de découvrir quelque chose de nouveau. Tout s’est fait assez rapidement. Après des tests pour voir si on peut supporter la chaleur et voir surtout notre niveau, j’ai pu signer là-bas.

Quitter la France a été un choix difficile ?

Non, pas du tout. Pour moi, le football reste la même chose partout. Je suis parti pour pouvoir faire ce que je voulais et découvrir une nouvelle culture par la même occasion. J’avais un peu d’appréhension sur le pays mais une fois arrivé là-bas, je me suis demandé pourquoi je n’étais pas venu plus tôt.

« Tout était mis en place pour que je m’épanouisse. »Youssouf Touré

Comment s’est déroulée votre adaptation à votre nouvelle vie ?

Très bien. Avec moi, il y avait Chaher Zarour qui est un joueur français donc ça a facilité mon adaptation même si c’est vrai que les joueurs ne parlaient pas trop anglais donc il a fallu s’adapter. Quelques joueurs qui maitrisaient la langue Shakespeare traduisaient aux autres. Tout était mis en place pour que je m’épanouisse.

La langue était-elle une réelle barrière pour vous ?

Oui, car le vietnamien est une langue difficile avec beaucoup de tonalités différentes. Il n’y a qu’aujourd’hui que j’arrive à comprendre et à discuter avec quelqu’un. La première année était vraiment difficile par rapport à ça. Après, le football se joue avec les pieds même s’il faut communiquer, mais en anglais ça se passait très bien.

Quelles sont les particularités du football vietnamien ?

C’est un championnat technique mais qui pèche dans la tactique et dans le physique. Les équipes aiment bien avoir la conservation du ballon mais à partir de la 60ème minute, c’est un jeu basé sur des contres-attaques parce qu’il y a beaucoup d’espaces et que physiquement ça commence à pencher.

Y a-t-il une réelle ferveur pour le football là-bas ?

Il y a une réelle ferveur surtout pour l’équipe nationale qui est suivie par tout un peuple. Je les surnomme « les Algériens d’Asie » car ils sont vraiment tous derrière leur pays comme les algériens. Au niveau du championnat, il y a 3 voire 4 équipes qui ont un gros public qui peut atteindre 13.000 personnes. Globalement, les affluences sont bonnes.

 » J’ai appris beaucoup de choses concernant le Vietnam. »Youssouf Touré

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette expérience au Vietnam ?

Au niveau du football, c’est le fait d’avoir apporté ma contribution à des joueurs peut-être d’un niveau inférieur par rapport à l’Europe ou d’autres pays d’Asie. J’ai pu apporter mon expérience, mon avis et ma joie de vivre. Au niveau de la culture, j’ai appris beaucoup de choses concernant le Vietnam. C’est un pays qui n’est pas très riche mais les gens gardent le sourire et ce sont ces choses-là qui m’ont surtout touché.

Vous avez connu une saison 2018 très réussie avec 14 buts et 6 passes décisives, votre plus grosse saison en terme de statistiques, vous sentiez que vous étiez à votre apogée ?

Non, parce que lorsque l’on joue c’est pour progresser. Ce que j’ai fait était très bien car je n’avais jamais atteint ce niveau-là. Mais j’essaye toujours de faire plus et de progresser à chaque saison.

Cette année avec le club de Becamex Binh Duong FC, vous avez terminé 6eme du championnat, quel regard portez-vous sur cette saison ?

Sur le plan sportif, même si on a atteint les objectifs du club à savoir être dans la première partie de tableau, on sait que le championnat ne s’est pas déroulé comme on le voulait. A cause de l’épidémie, la saison a été stoppée pour mettre en place la partie play-offs. Je suis mitigé de notre saison car on avait une bonne équipe avec de très bons joueurs et je pense que l’on aurait pu mieux faire. Sur le plan personnel, je pense aussi que j’aurais pu être meilleur et je suis un peu déçu pour ça.

Vous avez 34 ans actuellement, quels sont vos objectifs pour la suite ?

Je viens de m’engager 6 mois avec le club de l’Etoile FC Fréjus Saint-Raphaël en N2. Lorsque l’on est dans le football, on veut y rester le plus longtemps possible et quand on a 34 ans, on se le dit encore plus. Je mets toutes les chances de mon côté pour continuer à faire ce que j’aime. Ce qui est sûr, c’est que je veux profiter le plus longtemps possible de jouer au football.

Propos recueillis par Yanis Ben Messaoud